Célébrons la diversité
Decembre 2009

« Je suis les liens que je tisse. » C’est la vision de l’humanité que nous proposait Albert Jacquard, généticien, ingénieur et philosophe, lors du récent colloque sur l’éducation à la coopération et à la mutualité, le 9 octobre dernier. « Je suis les liens que je tisse » nous rappelle que l’Homme évolue par et à travers ses relations avec les autres. Soumis à la grande loterie de la génétique, venu au monde avant même de pouvoir affronter la vie de façon autonome, le petit d’Homme est un être incomplet, un être en devenir, qui a besoin de l’autre pour se réaliser.

Une leçon toute simple. On le sait en effet, un bébé doté des gènes les plus remarquables, mais qui serait privé du contact humain resterait à l’état animal ou presque. C’est donc la part envi­ronnementale qui permet le développement du potentiel. C’est dans ma rencontre avec l’autre que je me construis et cela, parce qu’il m’oblige à revoir constamment mes représentations personnelles, mes demi-vérités, mes fragments d’information. Ma rencontre avec l’autre est d’autant plus riche qu’il diffère de moi et me permet de remettre en question pour conforter ou, au contraire, infirmer mes idées faites. Saint-Exupéry disait, dans le même sens : « Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente. » Voilà un formidable plaidoyer pour l’approche réseau et la promotion de la diversité.

Je me rappelle cependant m’être butée, pendant un cours auquel je m’étais inscrite, à un texte qui incluait le réseau parmi les compétences personnelles. J’ai toujours considéré le réseau comme étant un outil inestimable, mais l’ériger au rang de compétence personnelle m’apparaissait exagéré. C’est que la notion de « réseau de contacts », vous admettrez, est souvent réduite à sa composante politique… ce qui amène parfois à juger une personne d’après ses contacts avec des personnes influentes, dans une perspective purement utilitariste. Cette attitude me répugne.

Heureusement, mon expérience à La Coop fédérée a été éclairante à cet égard. Pour avoir été témoin des nombreuses consultations, forums de discussions et rencontres sociales qui animent la vie associative de notre réseau, je suis aujourd’hui totalement d’accord avec l’idée que le réseau peut constituer, pour chacun de ses membres, une compétence personnelle. C’est que, voyez-vous, le réseau oblige à développer des habiletés d’écoute, d’empathie, de rétroaction, d’intégration, de synthèse, de coopération… toutes habiletés fort utiles pour appréhender la complexité du monde qui est le nôtre.

Car il s’agit effectivement d’un monde complexe. De plus en plus complexe. Un monde où, sans aucun doute, il vaut mieux s’associer pour faire son bout de chemin. Ensemble, en partageant nos talents, nos expériences et nos connaissances, il nous est encore possible d’améliorer notre environnement, nos conditions de vie, notre devenir. L’Homme est un animal grégaire, après tout. Un animal pensant qui s’organise autour d’un collectif : sa communauté.

Dans un très beau livre sur l’Afrique, j’avais relevé il y a quelques années deux petites phrases d’un dénommé Sobonfu Somé. Il disait : « Sans la communauté, l’individu n’a plus d’endroit où offrir sa contribution. La communauté est ce lieu d’enracinement où les gens viennent pour partager leurs dons et recevoir ceux des autres. » J’avais noté et conservé la citation. J’aimais cette façon toute simple, mais combien juste d’exprimer la fonction structurante et signifiante du collectif chez l’Homme. Oui, nous sommes tous différents et c’est heureux : de là découle l’infinie richesse de notre collectif – qu’il s’agisse de notre communauté, de notre village ou de notre réseau coopératif.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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