Apprivoiser la lenteur
Janvier 2010

Ô temps, suspends ton vol! implorait Lamartine dans son fameux poème, Le Lac. On était en 1850. Amoureux, Lamartine rêvait d’arrêter le temps pour savourer les trop rapides délices des plus beaux de ses jours... Je me demande comment il survivrait au rythme effréné des années 2000. Aujourd’hui, il nous faut des experts de la gestion du temps pour nous donner l’impression de contrôler un tant soit peu notre agenda. Moi la première, je ne suis pas très reposante, à ce qu’on dit. Depuis ma mère qui m’appelait sa « petite girouette » jusqu’à ma collègue de bureau qui rigole : « Je crois que j’ai vu passer une tornade », je le sais… j’ai du mal à ralentir. Mais je me soigne. Et je ne suis pas la seule. Il y a tout un mouvement de résistance qui s’organise aujourd’hui pour rappeler aux gens qu’il est bon, qu’il est sain et utile même, de prendre son temps. C’est le slow movement.

Le mouvement a commencé en Italie par le slow food qui, en opposition au fast food, célèbre la bonne bouffe dans laquelle on a laissé le temps faire son oeuvre. Le concept de slow food s’est élargi pour englober également, en amont, les relations de proximité entre les consommateurs et les agriculteurs à l’origine des bons produits. Et les coopératives, disons-le en passant, occupent une place de choix dans le mouvement du slow food, car elles permettent aux individus de tisser des liens privilégiés entre eux, au sein d’une collectivité bien organisée.

Mais le slow food n’était qu’un prélude au grand mouvement qui s’amorçait. Aujourd’hui, la lenteur a gagné des secteurs de plus en plus nombreux. Ainsi, on a vu s’organiser le mouvement slow cities, qui valorise les villes où il y a moins de circulation, moins de bruit, moins de foules. Sont ensuite apparues les slow schools où l’approche pédagogique respecte davantage le rythme et les différences entre les enfants et où l’aspect relationnel est particulièrement encouragé. Le slow travel a aussi été mis de l’avant. Il propose aux touristes de rester au moins une semaine au même endroit, pour se connecter à la culture locale. Fait intéressant, c’est souvent en agrotourisme que ça se passe. Et puis enfin, voici le dernier-né : le mouvement slow money. Pour en savoir plus long, je suis allée fureter il y a plusieurs mois sur le site Internet du slow movement. La section slow money était en construction. Je viens d’y retourner : il est toujours en construction. It is a slow process, précise-t-on!

Personnellement, je trouve tout cela fort sympathique. Le but du slow movement, c’est de connecter les gens entre eux et de les amener à distinguer l’essentiel du superflu, de les inciter à apprécier le moment présent. Il est vrai que nous sommes tous égaux devant le temps. Nous disposons tous de 24 heures dans une journée. À chacun de les occuper selon ses valeurs. Un philosophe dont j’oublie le nom avait écrit que la seule chose qui soit éternelle, c’est le moment présent. Avouez que, vu sous cet angle, ça donne au moment présent un intérêt particulier.

J’aime tellement le concept que j’ai inventé, l’été dernier, le slow vacation. Pendant mes vacances, je suis restée chez moi et me suis rigoureusement disciplinée à ne rien faire, assise dans ma chaise de parterre, à contempler mes fleurs s’épanouir et à écouter les oiseaux se faire la cour. Ceux à qui j’en ai parlé n’ont pas manifesté d’enthousiasme. Je crois même qu’ils m’ont un peu plainte d’avoir si peu accompli pendant mes vacances. Pas grave. J’ai goûté une part d’éternité.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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