Les nouveaux réseaux
Mars 2010

C'est curieux. On dit que les jeunes, aujourd’hui, sont individualistes. Mais s’ils sont si peu portés sur la chose collective, les jeunes, comment expliquer tout le réseautage qu’ils élaborent et entretiennent à travers les MSN, Facebook et Twitter? Les études portant sur les générations X et Y révèlent que nos jeunes n’ont jamais eu autant d’amis! D’accord. La notion d’ami s’est un peu étiolée dans le jargon des communications à distance et nous, d’un autre âge, avons souvent pris plaisir à nous en moquer. Mais aujourd’hui, on reconnaît la valeur réelle des réseaux sociaux hébergés sur Internet. Ils s’avèrent en effet de véritables précurseurs de relations interpersonnelles authentiques, en facilitant les premiers contacts qui conduisent éventuellement à de vrais rendez-vous, à de vraies rencontres, en chair et en os.

Cet engouement pour les réseaux sociaux chez les jeunes me semble révélateur. Finalement, les jeunes ne sont peut-être pas si individualistes qu’on le dit. Et s’ils se font rares dans nos coopé­ratives agricoles, il se pourrait bien que ça ne soit pas par manque d’intérêt, mais parce qu’ils n’ont pas le temps de suivre nos activités, qu’ils ont des horaires compliqués et peu de marge de manœuvre. Oui, j’ai peine à imaginer que la coopération agricole ne les intéresse pas. Car même si les générations passent, les coopératives s’ajustent. Elles prennent le sens et la forme que les membres veulent bien leur donner. De sorte que tous peuvent y trouver leur compte. Prenez d’abord les fondateurs des coopératives agricoles, dans la première moitié du siècle dernier : ils y ont trouvé une façon bien concrète de se sortir de la misère tout en respectant les valeurs d’équité et de justice sociale prêchées par l’Église. Les baby-boomers, ensuite, ceux qu’on décrit souvent comme des idéalistes ayant un grand besoin de réalisation et de reconnaissance, y ont trouvé – et trouvent encore – une occasion de développement personnel. Vint la génération X, qui valorise particulièrement l’indépendance (à ne pas confondre avec l’individualisme). Cette génération-là, donc, peut retrouver dans la coopération agricole un outil de prise en charge permettant d’éviter la dépendance face aux commerçants qui ne partagent pas les mêmes intérêts que les agriculteurs.

Enfin, la toute dernière génération à se pointer dans nos coopératives : la Y. Ces jeunes, nous disent les sociologues, expriment leur loyauté non plus envers les organisations, mais envers les personnes qu’ils y rencontrent. Ils ont un esprit d’équipe développé. On dit aussi qu’ils ont un grand désir de contribuer et qu’ils souhaitent que leurs idées soient prises en considération. Or voilà des traits de caractère qui s’inscrivent à merveille dans le cadre organisationnel que proposent les coopératives.

Dans l’édition de janvier 2010 du Coopérateur agricole, Diane Parent, professeure et chercheuse à l’Université Laval, présentait les résultats d’une enquête réalisée auprès des jeunes agriculteurs et soulignait l’isolement social dont plusieurs disent souffrir. On aurait tort de ne pas s’en préoccuper. Tout compte fait, peut-être que le véritable défi, pour nos coopératives, sera d’offrir aux jeunes une plate-forme d’échange digne de ce nom, un endroit où ils pourraient, à l’heure qui leur convient et sans quitter la ferme, se mettre en contact avec leurs amis coopérateurs – ceux d’ici, mais également, pourquoi pas, ceux qui sont membres d’autres réseaux coopératifs ailleurs dans le monde?

Lors du colloque des coopératrices du réseau, en novembre dernier, une jeune agricultrice nous mentionnait tout naturellement qu’elle avait parlé, sur Facebook, de notre colloque et de son empressement à venir y assister! Je l’ai remerciée pour sa publicité gratuite et me suis dit qu’il y avait là, certainement, une occasion à saisir. Mais pour en profiter, il faudra arrêter de considérer Internet comme un lieu futile et désincarné. Autres temps, autres mœurs. Ainsi va la vie.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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