Pour une nouvelle agriculture
Avril 2010

C'est un fait, la population mondiale s’accroît aujourd’hui plus vite que la production agricole. Cela pose désespérément l’ultime question : comment diable va-t-on nourrir tout ce monde-là, tantôt? Les récentes « émeutes de la faim », en 2007-2008, nous ont vite rappelé que le problème mondial de la sécurité alimentaire est loin d’être résolu. C’est d’ailleurs pourquoi les pays populeux s’activent à placer leurs pions. Déjà, on rapporte que des Chinois se promènent dans la région de Saint-Hyacinthe pour acheter des terres. Mais à ce que je sache, on n’en a pas de trop, des terres agricoles! Ni au Québec, ni ailleurs!

C’est d’ailleurs là, le nœud du problème. Pour augmenter la production agricole, l’augmentation des surfaces cultivables a toujours constitué un levier important. Or, déjà tassée par l’urbanisation, l’agriculture se trouve acculée à empiéter sur la forêt, ce qui n’est pas désirable étant donné l’impact négatif de la déforestation sur les changements climatiques, sur la structure des sols réquisitionnés et sur la biodiversité.

On pourrait alors tenter d’augmenter la production agricole en augmentant le rendement ou le nombre de récoltes annuelles, mais ces deux options se trouvent elles aussi limitées – ici, par notre agriculture nordique, et à l’échelle planétaire, par le manque d’eau et les coûts élevés reliés à l’utili­sation massive de produits chimiques, tant sur le plan financier que sur le plan environnemental.

En face d’un mur, il faut amorcer un virage. C’est ce que proposent les tenants de l’agriculture écologiquement intensive (AEI). Basée sur l’optimisation des systèmes écologiques et l’amélioration génétique des cultivars, l’AEI cherche à augmenter la production agricole en tirant le meilleur des deux mondes: une mise à profit des écosystèmes intégraux, avec recours aux intrants chimiques lorsque nécessaire.

À long terme, pour un fournisseur d’intrants, cette nouvelle agriculture fait basculer une offre axée sur la vente de produits vers une offre orientée plutôt vers les services. En effet, ce type d’agriculture fait naître avant tout un besoin de formation et d’accompagnement des agriculteurs qui, en revanche, demandent moins d’intrants. C’est d’ailleurs ce qui en fait une solution universelle : elle sera beaucoup plus accessible aux pays en développement, là où il faut de toute urgence relancer l’agriculture locale.

Mais l’avènement de cette nouvelle agriculture, au Nord, ne doit pas reposer sur les épaules de la classe agricole seule. L’agriculture ne se pratique pas en vase clos. Elle est un service essentiel aux citoyens. Il faudra donc que les citoyens, eux aussi, fassent leur part et que la préservation de l’environnement devienne un choix assumé collectivement. Les habitudes de consommation ne pourront rester les mêmes. On dit souvent qu’il faudra, dans l’avenir, consommer moins de viande. Question de santé personnelle d’abord, mais aussi parce que la conversion des protéines végétales en protéines animales n’est optimale ni sur le plan de l’efficacité énergétique, ni sur le plan de l’utilisation des terres agricoles, ni sur le plan de l’environnement. Fort bien. On dit aussi qu’il faudra privilégier l’achat d’aliments locaux. C’est sûr. Mais au-delà des sondages et des cris du cœur, il faudra que les citoyens donnent un signal fort et traduisent leurs doléances par des choix avisés. Les agriculteurs, quant à eux, sauront bien répondre à la demande, pourvu qu’elle soit claire et conséquente.

Tout compte fait, c’est dans un vaste exercice de dialogue que les communautés devront, loca­lement, intégrer les dimensions sociales et environ­nementales qui scelleront les bases de la nouvelle agriculture. Car les enjeux sont désormais trop importants pour qu’on néglige la mobilisation de tous les acteurs dans ce qui s’avère, finalement, rien de moins qu’un véritable projet de société. Voilà qui nous propulse tous, qu’on le veuille ou non, dans une authentique démarche de développement durable!

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés