Les CUMA et le développement durable
Juillet-août 2010

Nos coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) sont jeunes et encore peu nombreuses, c’est vrai. Mais elles méritent quand même qu’on s’y intéresse, qu’on en parle et qu’on les soutienne, car elles s’inscrivent en droite ligne dans la vision d’un développement durable. Basées sur le partage, elles amènent naturellement l’exploitation agricole dans une logique d’économie, de préservation de l’environnement et de bon voisinage.

La question économique est, on ne s’en surprendra guère, celle qui a été le plus documentée. Et probablement celle qui a motivé le plus d’agriculteurs à adhérer aux CUMA. En effet, l’impact budgétaire du choix de la formule est facile à prouver : en parta­geant la propriété du matériel, on en partage aussi les coûts d’utilisation. Ce qui améliore directement les résultats d’exploitation, lesquels présentent une meilleure rentabilité, laissant ainsi une plus grande marge de manœuvre pour les autres postes budgétaires.

Du côté environnemental, les CUMA favorisent une consommation responsable. En effet, le cycle de vie entier des équipements agricoles nous indique que leur production requiert beaucoup d’énergie et que, lorsqu’ils sont désuets, leur mise au rancart encombre le paysage. Limiter sa consommation individuelle en partageant du matériel, c’est donc un geste responsable sur le plan environnemental. Mais il y a plus.

Le regroupement d’agriculteurs au sein d’une petite équipe locale permet l’émergence d’ingénieux projets, pour lesquels la CUMA peut tenir lieu d’incubateur. Ainsi, j’ai récemment découvert que la CUMA d’Abitibi-Ouest était engagée depuis 2007 dans un projet-pilote visant à valoriser les dépôts de vieux parcs d’écorce de la région. En effet, de nombreuses usines de sciage approvisionnaient auparavant les agriculteurs en résidus forestiers, leur donnant ainsi accès à de bonnes quantités de litière à faible coût. Malheureusement, comme on sait, la crise qui sévit depuis quelques années dans le secteur forestier a provoqué la fermeture de plusieurs de ces usines. Les centres hospitaliers de La Sarre et de Macamic ont aussi souffert de ne plus disposer de ces mêmes résidus forestiers, qui alimentaient leur chaudière à biomasse pour le chauffage des bâtiments. C’est donc pour répondre à ce besoin précis dans sa collectivité que la CUMA d’Abitibi-Ouest s’est lancée dans le projet-pilote de récupération et de valorisation des parcs d’écorce de la région. Voilà, certes, un bel exemple d’initiative à portée environnementale.

Enfin, sur le plan social, les contributions d’une CUMA ne se comptent pas. Tantôt c’est un coup de main qu’on se donne, tantôt c’est un renseignement utile qu’on communique, tantôt c’est un contact qu’on offre. Mine de rien, la CUMA brise l’isolement et crée un réseau d’entraide. Car en CUMA, on n’a pas le choix : il faut se parler, il faut faire des compromis, il faut se montrer respectueux et responsable. C’est un apprentissage qui participe au développement personnel du membre, mais qui profite aussi à tout le groupe, la CUMA devenant ainsi un levier facilement accessible, qui peut répondre à d’autres besoins non comblés au sein du groupe. Or tout cela, évidemment, augmente la qualité de vie.

Bien sûr, la plupart de ces remarques pourraient aussi s’appliquer à toutes les autres coopé­ratives, puisqu’en coopération il est toujours question de partage. Soyons quand même réalistes : partager une meunerie ou une quincaillerie, c’est excellent, mais en matière de proximité entre les membres, partager de la machinerie qu’on utilise à la ferme nous amène dans une tout autre dimension. Cela demande une très grande capacité à vivre la coopé­ration au quotidien. Voilà donc le défi relevé par quelque 1750 agricultrices et agriculteurs membres de nos CUMA lorsque revient, chaque printemps, la belle saison des travaux des champs.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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