Et le temps… ça va?
Septembre 2010

« Vite, vite, vite! » Jamais on n’a eu autant de formation sur la gestion du temps, et pourtant, il fuit toujours plus en avant. Pas étonnant que de nombreux auteurs se penchent sur la question. Et leurs conclusions se rejoignent : ils plaident pour une meilleure hygiène de vie et recommandent une consommation plus modérée… des technologies. Oui, des technologies. Surtout celles de l’information. Bien qu’elles nous rendent de formidables services, elles nous volent un temps fou. Mais pire encore, elles auraient de redoutables effets pervers quand on s’y adonne avec trop d’empressement. Voici comment.

Lorsqu’on est branché longuement au téléviseur, à l’ordinateur, au téléphone ou au i-quelque-chose du dernier cri, notre cerveau se trouve littéralement inondé de stimuli électroniques. Le cerveau, ainsi soumis à de longues heures de réception-transmission de fragments d’information, se maintient dans un état d’alerte continu, ce qui provoque chez la personne un sentiment de fébrilité et d’urgence à réagir. Il nous faut prendre nos courriels en temps réel, ajouter un commentaire sur notre page Facebook, suivre l’actualité en clips continus pour ne pas avoir l’impression de rater quelque chose... Le cerveau devient, pour ainsi dire, assiégé par les stimuli électroniques qui nous bombardent. Or cette frénésie n’est pas sans conséquence.

Dans un article du magazine Business Week paru le mois dernier, on évoquait par exemple les effets sournois d’Internet sur notre cerveau. Il faut savoir que l’architecture de neurones dans le cerveau humain se développe en fonction de l’usage. Or cette architecture, dit-on, prendrait peu à peu une allure différente : les terminaisons nerveuses semblent désormais délaisser les régions nécessaires à la capacité de concentration, à la mémoire et au développement d’une réflexion longue. Bel avenir pour le Ritalin! Avouons que, pour ce qui concerne le progrès évolutif, l’homme aura connu de meilleures périodes. Comme s’en inquiète avec raison Jean-Claude Guillebaud, dans son livre Le principe d’humanité, la technologie se développe aujourd’hui plus vite que la capacité de l’homme à la réflexion... « Allô, y a-t-il un pilote dans l’avion? Et quelle est la destination? »

D’après Claudio Magris, écrivain, un des problèmes centraux de notre temps, c’est que nous vivons toujours en nous projetant vers l’avenir. Nous attendons en permanence des réponses, le résultat d’une analyse, celui des élections, l’issue d’une crise économique… Trop d’information – souvent impertinente – engendre peu à peu un épuisement et mine notre bien-être. « La vitesse toujours croissante de notre organisation sociale, dit-il, nous arrache le présent comme un tapis sous les pieds! Or le présent est tout ce que nous avons, c’est maintenant que nous pouvons voir, toucher, goûter, aimer… » Faudra-t-il donc réapprendre à vivre?

Dans un dossier de la revue Philosophie, on distingue trois temps : celui de la nature, celui du collectif et celui de la conscience. Un bon équilibre entre les trois, dit-on, permet de bien vivre sa vie. Le gros bon sens, quoi. Pas d’excès et tout va bien! Vue sous cet angle, l’agriculture m’apparaît un excellent choix de vie. Le temps de la nature, ça se passe d’explication : les agriculteurs le connaissent et le vivent mieux que quiconque. Le temps collectif, que l’auteur définit comme celui de la communauté, c’est le temps que des individus se donnent ensemble pour se synchroniser, fixer des repères et créer une certaine unité, une certaine permanence dans une collectivité. Les coopératives, j’ose le croire, sont au nombre de ces repères rassurants qui offrent aux agriculteurs du temps collectif de qualité. Bref, une fois qu’ils ont bien vécu le temps de la nature et le temps collectif, il ne reste aux agriculteurs que le temps de la conscience à gérer. Ça, ça les regarde. Mais entre nous, je n’ai pas d’inquiétude de ce côté : ne sont-ils pas reconnus, justement, pour leur gros bon sens?

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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