L’économie revisitée
Novembre - décembre 2010

J'ai toujours déploré qu’on considère l’entreprise coopérative comme une curiosité, comme un épiphénomène qui apparaîtrait spontanément dans les situations désespérées. Je me réjouis maintenant. Car ce temps-là est bel et bien révolu. Devant les crises récurrentes, les inégalités toujours croissantes et l’incapacité de prévoir convenablement, les économistes s’affairent à réviser leurs théories. On remarquera d’ailleurs que les prix Nobel d’économie, au cours de la dernière décennie, ont surtout été remportés pour des travaux visant à mieux cerner le fonctionnement réel des entreprises, notamment par l’économie expérimentale, souvent basée sur la théorie des jeux.

J’ai eu la chance d’assister récemment à une formation où on présentait quelques résultats de ces récentes recherches, plus particulièrement ceux d’une branche de l’économie expérimentale qu’on appelle l’économie comportementale. En laboratoire ou sur le terrain, on étudie la dimension psychologique de la prise de décision. De nombreuses expériences sont ainsi traduites en équations, régressions et tableaux statistiques afin de mieux comprendre les différentes motivations qui poussent les gens à agir dans un sens plutôt que dans un autre. On est loin de l’économie, vous me direz? Mais pas du tout.

Si les prétendues lois de l’économie ne fonctionnent pas, c’est justement parce qu’on a négligé le côté humain de l’entreprise. Ces lois, basées sur la prémisse que l’homme agit exclusivement dans son propre intérêt et que la recherche du profit conduit à l’efficacité de l’entreprise, ne tiennent pas la route. Le comportement humain, dans la vie réelle, vient chambouler cette perspective figée. Comme le démontrent clairement les nombreuses expériences de l’économie comportementale, l’homme n’est que rarement égoïste. En fait, il a une nette préférence pour la coopération, particulièrement quand il envisage un horizon de long terme. L’importance de la confiance, des valeurs, des structures organisationnelles, tout vient influencer le comportement de l’homme, tant au sein de l’entreprise que dans sa vie privée.

Au terme de cette fascinante formation, on en arrivait à la conclusion qu’on avait mal compris l’entreprise jusqu’à maintenant et qu’il fallait désormais un nouveau modèle. Un nouveau modèle qui permettrait de faire de meilleures prédictions. Un modèle… auquel une composante sociale devait être ajoutée. Tiens, tiens. C’est alors qu’on a introduit la coopérative. Source d’inspiration pour les chercheurs, la coopérative étonne, car pendant que les crises économiques secouent durement les entreprises capitalistes, le mouvement coopératif, lui, semble toujours poursuivre son développement. On a cherché une explication. On croit l’avoir trouvée : le succès des coopératives serait lié à son volet social. Désormais, il faudra en tenir compte, l’efficacité de l’entreprise passant aussi par son volet social.

Sur la diapositive du formateur, la coopérative apparaissait là, bien en vue. Il y avait une ligne à laquelle venaient s’accrocher, dans un long continuum, différents types d’entreprises. D’un côté, l’entreprise capitaliste, dont la mission est, assurément, le profit, mais où la composante sociale devient le moyen d’y arriver (n’est-ce pas ce qu’on observe actuellement, avec l’engouement soudain du monde des affaires pour la responsabilité sociale?). Et de l’autre côté, il y avait la coopérative, dont la mission est, assurément, sociale – puisqu’elle vise à répondre aux besoins de ses membres –, mais qui a besoin du capital pour y arriver. Et entre les deux, une multitude de possibilités. Selon la nature de l’entreprise, mais aussi selon le contexte. Les entreprises, y compris les coopératives, peuvent se déplacer sur cette ligne afin de s’adapter aux conditions ambiantes.

Voilà enfin la place de la coopérative confirmée! Celle-ci n’est plus une étrange créature. Elle n’est plus le miracle des pauvres. Elle apparaît aujourd’hui d’une étonnante actualité, parfaitement intégrée dans l’économie de marché, faisant la preuve de sa grande pertinence. Et nous, du monde coopératif, nous avons enfin des outils scientifiques sur lesquels appuyer nos efforts d’éducation coopérative.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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