Un juste équilibre
Janvier 2011

Lors du colloque des coopératrices, en novembre dernier, j’ai retrouvé avec plaisir ce formidable réseau de femmes qui, année après année, répondent à notre invitation. Heureuses de renouer entre elles, les habituées avaient le cœur en fête et, telles de parfaites hôtesses, accueillaient chaleureusement celles qui se joignaient au groupe pour la première fois. Quelques heures plus tard, on ne distinguait plus les nouvelles des anciennes. Je me suis dit que j’avais là, sous les yeux, l’éclatante expression d’une compétence que le monde des affaires reconnaît désormais comme essentielle, à savoir la capacité de produire un climat de bien-être et de confiance, propice à l’établissement de relations constructives et durables. Et j’ai pensé au livre The Great Turning, de David Korten.

En retraçant la suite d’événements qui ont permis à quelques superpuissances de dominer le monde d’aujourd’hui, au profit d’une petite élite richissime, Korten en appelle à la résistance. Une résistance qui devra se bâtir, prétend-il, sur une meilleure prise en charge des collectivités et… sur une plus grande présence des femmes dans l’organisation de la vie citoyenne. Eh oui! c’est bien ce qu’il dit.

Dans une rétrospective fascinante, Korten décrit notre long parcours depuis l’émergence de l’Homo sapiens. Dans les sociétés primitives, rappelle-t-il, pendant que les hommes étaient occupés à la chasse, toute l’organisation de la collec­tivité était assurée par les femmes. Les qualités valorisées étaient alors celles dont le groupe avait besoin pour assurer sa cohésion : la capacité de donner la vie, de nourrir, de soigner, de rassembler, de protéger l’environnement. Les qualités dites « fémi­nines » étaient célébrées et c’était le règne du dieu féminin, de la Terre mère, de la Mère féconde et nourricière.

Les collectivités ont grandi, elles ont découvert l’agriculture et se sont installées à demeure sur des territoires. Elles ont mis en place une organisation sociale complexe, ont cultivé les arts, accumulé des richesses. Les cités-nations sont nées, faisant émerger de nouveaux besoins : protéger les populations et s’approprier davantage de terri­toires. La force, l’ambition, le goût du risque et le sang-froid sont devenus désirables. Peu à peu, les qualités dites « masculines » ont supplanté les féminines dans la reconnaissance des leaders. Le dieu mâle et guerrier, le conquérant, le dominateur ont modelé notre conception désormais masculine du pouvoir.

Korten raconte comment, par la suite, les cités-nations ont fait place aux États-nations, puis aux royaumes, lesquels ont poursuivi leur expansion vers de nouvelles colonies. Enfin, tout a été réquisitionné, peuplé, exploité, souvent asservi, puis mondialisé. Plus d’expansion possible. Korten dresse un bilan désastreux de la situation et note que des besoins que l’on croyait caducs réappa­raissent peu à peu. Entre autres, celui d’appartenir à une collectivité qui prend soin de son monde, une collectivité accueillante et diversifiée, où chacun se sent responsable de la qualité de vie dans son milieu. Pour satisfaire les besoins humains dans leur globalité, suggère-t-il, un nouvel équilibre des pouvoirs devra s’installer et mettre à profit la complémentarité des qualités masculines et féminines.

C’est à cela que je pensais en observant les femmes lors du colloque. Il n’y a pas de doute : nombre d’entre elles feraient d’excellentes administratrices dans nos coopératives. Moins nombreuses, cependant, sont celles qui désirent vraiment investir le pouvoir officiel... Mais qu’à cela ne tienne : il reste tout de même le pouvoir d’influence, ce pouvoir que partagent tous les membres au sein d’une coopérative et qui répond également à l’appel de Korten par la prise en charge qu’il sous-tend.

Je profite donc de cette période de l’année pour inviter aux assemblées générales de nos coopératives non seulement les femmes, mais tous les membres, de tout âge et de toute production. Comme Korten, je crois que la prise en charge et l’équilibre des pouvoirs sont en effet d’excellentes pistes pour garantir le bien-être de tout un chacun.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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