Quel avenir pour Fannie et Freddie?
février 2011

Vous les avez probablement mieux connus à l'occasion de la dernière crise financière. Il s'agit de la Federal National Mortgage Association (Fannie Mae) et de la Federal Home Loan Mortgage Corporation (Freddie Mac), deux instruments de financement hypothécaire sauvés de la faillite par le gouvernement américain en 2008. En septembre dernier, celui-ci en était déjà rendu à 150 milliards de dollars (US) de fonds injectés pour renflouer Fannie et Freddie, aux prises avec des actifs vérolés. Le Congrès des États-Unis estime que le coût total du sauvetage, payé par les contribuables, s'élèvera à près de 400 milliards de dollars sur une période de 10 ans. C'est le « tout-privé » quand les affaires sont bonnes, mais la nationalisation quand rien ne va plus. On connaît la manœuvre.

Intéressant, tout de même, d'y apposer une perspective historique. Il y a une vingtaine d'années, dans notre milieu même, nous étions coopérateurs, mais nous ne le disions pas trop. Nous étions des gens d'affaires, et la coopération était un outil qui nous permettait de faire de meilleures affaires, simplement. L'idée d'avoir une économie basée essentiellement sur les coopératives nous paraissait exagérée, voire dangereuse… Le coopératisme et le communisme n'avaient-ils pas quelque lien idéologique?

Avec le recul, nous pouvons nous demander s'il y avait réellement matière à s'inquiéter d'une trop grande part des coopératives dans le monde des affaires. Au contraire, il semble que nous aurions dû craindre la domination des entreprises capitalistes dans notre économie! Elles occupent tout l'espace marchand et leurs déboires cycliques n'en finissent plus de provoquer crise après crise. De plus en plus d'experts dénoncent la « monoculture » entrepreneuriale dans laquelle nous baignons aujourd'hui. Car le système capitaliste, acclamé en dogme depuis la chute du communisme soviétique, ne parvient manifestement pas à assurer un développement harmonieux et pérenne des collectivités.

« Il faut sortir du capitalisme », nous dit Hervé Kempf, écrivain et journaliste au Monde. Rester dans l'économie de marché, mais trouver d'autres façons de faire des affaires, d'autres modèles qui permettraient à la fois un développement économique et une justice sociale. De son côté, Louis Favreau, sociologue et professeur à l'Université du Québec en Outaouais, consacre tout un chapitre de son dernier livre au thème Mouvement coopératif et projet de société : pistes de sortie du capitalisme. C'est clair : les coopératives font désormais partie de la solution.

Retour à Fannie et Freddie, maintenant. Tenez-vous bien : l'organisme de vérification, d'évaluation et d'investigation du Congrès des États-Unis, le Government Accountability Office, vient de publier un rapport étoffé proposant la restructuration de Fannie et Freddie… en coopératives. Différentes options sont envisagées, mais on juge que le modèle coopératif est celui qui offre la meilleure solution globale. D'ailleurs, un peu plus tôt l'automne dernier, la section de New York de la Réserve fédérale (communément appelée la Fed) des États-Unis recommandait elle aussi le modèle coopératif : la réorganisation de Fannie et Freddie, pouvait-on lire dans son communiqué, devrait permettre d'assurer la disponibilité et la stabilité du financement hypothécaire, tout en réduisant les risques et les coûts pour les contribuables. Il faut un modèle d'entreprise résilient et stable, qui peut survivre aux cycles économiques. Or, explique-t-on, c'est la coopérative qui rassemble le mieux tous ces atouts.

Reste à voir comment la grande transformation pourrait se réaliser : on ne commande pas d'en haut la formation d'une coopérative; cela doit émaner de la base. Mais l'histoire est chargée d'ironie. Dans une analyse économique de Susan Woodward et Robert Hall, on apprend que Fannie et Freddie ont toutes deux été, au cours de leur longue existence… des coopératives. Vraiment, si la proposition de les reconvertir en coopératives est choisie, quel long détour ç'aura été pour apprécier les bienfaits de la coopération – et surtout, à quel coût!

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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