Les coopératives et le développement durable
mars 2011

Quand on brasse des affaires, il faut une fois l'an fermer les comptes et préparer un rapport afin d'informer les propriétaires de l'état de l'entreprise. Les coopératives n'y échappent pas. Les conseils d'administration du réseau La Coop présentent à chaque année, comme il se doit, le bilan de leurs activités lors des assemblées générales annuelles des membres. Et dans plusieurs coopé­ratives, ce bilan des activités inclut également un aperçu des retombées sociales de l'entreprise dans son milieu. Il s'agit d'une excellente pratique.

Mais il semble que cela ne suffit plus. Trop d'abus, de négligence, et même de scandales, ont miné la confiance des citoyens à l'égard du monde entrepreneurial. Désormais, ils ne veulent plus seulement savoir combien l'entreprise a fait d'argent, ils veulent aussi savoir comment les affaires ont été menées et avec quels impacts sociaux et environnementaux. C'est l'ère de la triple reddition de comptes -qui n'est pas obligatoire par la loi, mais qui traduit une attente sociétale qu'on ne saurait ignorer.

La commande est imposante, mais les coopératives s'y feront! Le volet social ne leur pose aucun problème : elles ont l'habitude et savent que c'est là leur force. Le bilan social, déjà en place, est un excellent point de départ. Pour le volet de l'environnement, lorsqu'il s'agit d'évaluer les émissions de GES, d'analyser le cycle de vie des produits, de mesurer l'impact sur la biodiversité… on cherche encore comment naviguer dans ces eaux nouvelles. Voilà pourquoi La Coop fédérée a initié deux projets-pilotes de notation en développement durable, auxquels participent La Coop des deux rives et Nutrinor.

Dans une démarche inspirée de celle de nouricia, une coopérative agricole française, les deux coopératives, en dialogue avec leurs partenaires, feront le diagnostic de la situation à l'égard de 34 enjeux relatifs au développement durable et choisiront des indicateurs de performance pertinents pour leur collectivité. Elles se donneront par la suite un plan d'action pour mieux aligner les efforts d'amélioration et, enfin, se feront évaluer par une société externe qui leur accordera une note. C'est ce qu'on appelle la notation en développement durable DeeppCoop.

La notation DeeppCoop est en fait une adaptation coopérative du Global Reporting Initiative (GRI), un outil reconnu de par le monde et qui propose des lignes directrices pour les rapports de développement durable. La notation DeeppCoop est certainement perfectible. On pourrait l'ajuster encore davantage pour valoriser les particularités coopératives. Mais il faut bien commencer quelque part! De toute façon, le résultat d'une reddition de comptes, qu'elle soit simple, double ou triple, demeurera toujours une collection de données brutes qui ne renseignent aucunement sur le fond.

Le fond, véritablement, c'est l'éthique à la base des actions. À ce chapitre, il est clair que la motivation des entreprises à souscrire au développement durable n'est pas la même partout. Plusieurs grandes sociétés produisent de séduisants rapports de développement durable, mais leur motivation venant de l'extérieur, de la pression citoyenne, des risques à gérer, ils peuvent être tentés de rester dans le cosmétique, dans le green washing. Une voie dangereuse... La situation est différente pour les coopératives, parce que leur éthique repose sur la responsabilité sociale. Or l'engagement à l'égard du développement durable n'est, essentiellement, qu'une manifestation bien concrète d'une responsabilité sociale bien assumée.

Rappelons d'ailleurs que le principe de l'engagement dans le milieu, dans la Déclaration sur l'identité coopérative, débute ainsi : « Les coopératives contribuent au développement durable de leur communauté…» On ne peut être plus clair. C'est que, soudées à jamais au territoire qu'elles habitent, leur sort intimement lié à celui des collectivités qu'elles desservent, les coopé­ratives trouvent naturellement leurs intérêts… au même endroit que ceux qu'il convient désormais d'appeler leurs « parties prenantes ». Simple logique.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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