Photo : Martine Doyon
 
Vivement l'innovation!
Septembre 2011

Dans le monde des affaires, deux grandes tendances se dessinent. D'un côté, on dit qu'il faut faire grandir son entreprise, exporter, profiter des nouveaux marchés qui s'ouvrent et, surtout, abaisser ses coûts d'exploitation en les amortissant sur des volumes plus grands. De l'autre côté, on dit qu'il faut trouver une niche inoccupée et ensuite miser sur le caractère local de son produit et sur les relations presque personnelles qu'on noue avec ses clients. Quelle est donc la bonne échelle?

Dans la réflexion entourant le choix d'échelle qui lui convient le mieux, un entrepreneur serait avisé de lire The Small-Mart Revolution, un livre qui soulève bien des questions quant aux nombreux avantages que l'on prête généralement aux grandes multinationales. Son auteur, l'économiste Michael Shuman, a été directeur de l'Institut pour les études politiques, à Washington, et aujourd'hui il se range davantage du côté des petites entreprises à propriété locale – comme les coopératives, même s'il n'en parle pas. Voyons comment il déboulonne tous ces mythes au sujet des grandes multinationales.

Tout d'abord, Shuman affirme que la production de masse n'est pas aussi efficace qu'on le croit. Les gens oublient, dit-il, que les produits de masse s'adressent à une foule de marchés différents, où les consommateurs finaux ont des habitudes et des goûts différents. Ces produits doivent donc être fabriqués et vendus en tenant compte de ces différences, ce qui revient à sectionner la grande production en une foule de niches spécialisées. Cela mine grandement l'efficacité que l'on tient pour acquise.

De plus, Shuman soutient que la distribution de masse non plus n'est pas efficace. Il donne en exemple le secteur de l'alimentation. Il rappelle qu'aux États-Unis, en 1910, pour chaque dollar dépensé en nourriture, 40 cents revenaient à l'agriculteur et le reste allait en amont et en aval de la production. Aujourd'hui, 8 cents vont à l'agriculteur, 19 aux fournisseurs d'intrants et 73 aux distributeurs. C'est que les distributeurs doivent assumer des dépenses d'emballage, de réfrigération et de transport – dans un contexte où l'énergie coûte de plus en plus cher –, de publicité, de supermarché et aussi, puisque la filière est longue et les produits périssables, beaucoup de pertes.

Par ailleurs, Shuman rapporte que la contribution relative des employés est moins bonne dans les grandes entreprises : plus d'absentéisme, des communications moins efficaces, moins de loyauté, moins de productivité… et même moins d'innovation. En effet, une recherche aurait démontré que l'efficacité de la recherche est inversement proportionnelle à la dimension du groupe au sein duquel elle se réalise. Et enfin, comme perspective d'avenir, Shuman note la tendance des économies modernes à fabriquer moins de produits pour s'adonner davan­tage à l'offre de services. Or, en matière de services, une grande entreprise gérée de l'extérieur est nettement désavantagée : c'est la relation de proximité, rendue possible par l'administration locale, qui permet de gagner la confiance des consommateurs.

Tout cela confirme, à mon avis, l'extraordinaire potentiel du chantier Chrysalide : on assure la proximité en maintenant des unités relativement petites, à propriété et gouvernance locales, sans toutefois se priver des économies d'échelle, par la mise en commun d'actifs d'arrière-boutique. Ingénieux. Shuman aimerait! Car il reconnaît que, petit ou grand, chaque modèle a ses avantages et qu'il n'y a pas d'échelle idéale. Il faut simplement savoir, rappelle-t-il, que la diminution des coûts par l'expansion de l'entreprise a des limites, et qu'au-delà de ces limites, la complexité s'installe, l'inefficacité apparaît et les coûts recommencent à grimper. C'est pourquoi Shuman suggère de trouver l'échelle optimale pour son entreprise et de compter ensuite sur l'innovation, plutôt que sur l'expansion, pour diminuer ses coûts et augmenter ses profits. Pas fou. Vivement l'innovation!

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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