Photo : Martine Doyon
 
Beau, bon, gratuit!
Novembre - Décembre 2011

Dans un monde où le marché fait loi, le bénévolat envoie joyeusement un pied de nez au système. Purement gratuit, il échappe au PIB – qui ne s'en préoccupe guère, d'ailleurs! – et il percole dans toutes les couches de la société. Ses adeptes disent qu'il leur procure du plaisir, du réconfort, et donne du sens à leur quotidien. Le bénévolat est universel et existe depuis toujours, mais ces dernières années, il connaît un regain d'intérêt.

En l'occurrence, on remarque l'intérêt grandis­sant des entreprises à l'égard du bénévolat de leurs employés. De plus en plus d'entre elles les libèrent quelques heures par année, afin de les encourager à s'engager dans une activité de bénévolat au profit d'organisations de bienfaisance. C'est une nouvelle manifestation de la responsabilité sociale des entreprises. Évidemment, il se trouvera des gens pour objecter que les actionnaires – ou les membres, s'il s'agit d'une coopérative – n'ont pas à payer des heures données en bénévolat par des employés. Mais c'est sous-estimer toutes les retombées positives d'une telle pratique pour les entreprises.

Aucun gestionnaire n'oserait remettre en question, aujourd'hui, l'importance de la formation pour le succès de l'entreprise. Or, au-delà de la formation, il y a l'éducation, il y a la manière de penser et de se comporter, qui influent considérablement sur la bonne marche de l'entreprise. Les sommes investies dans le bénévolat des employés doivent donc être considérées comme des investissements dans leur éducation. Car l'expérience est, à tout coup, éducative. Elle ouvre la voie à des découvertes, à de nouvelles rencontres, à des cadres d'interaction inédits.

D'après une enquête canadienne réalisée en 2000 auprès de bénévoles, 79 % des répondants estimaient que leurs activités bénévoles leur permettaient d'améliorer leurs compétences en matière de relations interpersonnelles, notamment leur capacité de mieux comprendre les gens, de motiver les autres et de composer avec des situations délicates. Voilà un exemple bien concret de la grande valeur éducative du bénévolat. Les entreprises ont donc beaucoup à gagner en encourageant leurs employés à mettre la main à la pâte!

Et que dire des effets du bénévolat sur la santé? Quand on fait du bénévolat, on s'oublie soi-même, on n'aspire qu'à être utile, qu'à servir les gens à qui on donne du temps. Le bénévolat fait appel aux sentiments d'empathie et de générosité. Or, des travaux réalisés à l'Université Harvard ont permis de découvrir que le fait de se dévouer pour les autres accroît l'efficacité du système immunitaire, diminue la pression artérielle et ralentit le rythme cardiaque. Pas mal comme programme de prévention des maladies en entreprise!

Mais encore : le bénévolat rend heureux, dit-on. Dans le milieu des bénévoles, on utilise l'expression « euphorie de l'aidant » pour évoquer le sentiment de bonheur que l'on ressent lorsqu'on aide les autres. C'est biochimique, explique-t-on. Une question d'hormones! Se trouvera-t-il quelqu'un pour nier que des employés heureux sont plus productifs?

Bref, le bénévolat, pour qui donne et pour qui reçoit, c'est beau, bon et gratuit. Et pour les employeurs, c'est beau, bon… et pas cher, tout compte fait. Il faut se réjouir de l'intérêt grandissant des entreprises à l'égard du bénévolat de leurs employés. En particulier lorsqu'il s'agit des coopé­ratives : quel bel alignement de valeurs, quelle cohérence! Car l'entraide, l'altruisme et la solidarité, auxquels fait appel le bénévolat, sont également des valeurs de base de l'éthique coopérative. De plus, le bénévolat constitue un formidable manifeste contre l'indi­vi­dualisme. Faire du bénévolat, c'est exprimer un rejet de l'indifférence, c'est recon­naître la valeur de l'autre et la responsabilité que nous avons tous les uns à l'égard des autres. C'est, finalement, une actualisation des valeurs coopératives, dans ce qu'elles ont de plus noble et de plus précieux. En d'autres termes, c'est une éducation à la coopération.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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