Photo : Martine Doyon
 
Le capitalisme Gucci :
la fin d'une époque

Avril 2012

Le capitalisme est menacé. Ce n'est pas moi qui le dis. L'idée rallie de plus en plus d'experts, des spécialistes en gestion qui publient dans le Harvard Business Review jusqu'aux écono­mistes les plus influents. Oui, le modèle capitaliste est déficient et a besoin de transformations majeures. Au cours des dernières années, le monde s'est enfoncé lentement mais sûrement dans une spirale de consommation et d'endettement. Tant le milieu des affaires que les simples citoyens ont cru à la manne : on a pris des risques audacieux en négligeant d'assumer les responsabilités qui venaient avec. Et puis tout à coup, une fois de plus, la crise. Mais cette fois-ci, ce pourrait bien être la fin d'une époque.

Le capitalisme Gucci. C'est l'expression de Noreena Hertz, économiste des plus respectées au Royaume-Uni, pour désigner cette idéologie qui a placé les actionnaires au centre de toute l'activité économique pour laisser « la main invisible » s'occuper du reste. Le capitalisme Gucci, c'est l'avidité pour l'enrichissement sans limites, nourrie par une consommation boulimique et osten­tatoire. Hertz signale qu'aux États-Unis le consom­mateur possède en moyenne neuf cartes de crédit. Servant à payer des achats de consom­mation le plus souvent insignifiants et superficiels, dans le but d'afficher un prétendu statut social.

Pour Hertz, ce type de capitalisme est à l'agonie. D'un côté, il y a le besoin pressant d'adopter une approche systémique de l'économie, qui devra tenir compte de préoccu­pations sociales et environ­ne­mentales. Car cette crise économique que nous vivons est aussi une crise écolo­gique dont les effets en cascade ne semblent vouloir s'arrêter, ce qui compromet au passage notre qualité de vie à tous. De plus, il y a la perte de confiance dans les marchés. Trop volatils. Dans la tourmente, on invoque l'intervention de l'État : on reconnaît qu'il doit jouer un rôle d'encadrement, ce rôle tristement déserté par « la main invisible ».

Mais surtout, et c'est là que Hertz apporte un nouveau point de vue, il y a les effets de la mondialisation et de la nouvelle configuration géopolitique qui en résulte. La mondialisation a propulsé des pays émergents au rang de nouvelles locomotives, qui viennent redéfinir la dynamique du grand échiquier mondial. Ces pays, rappelle Hertz, ont des cultures tout à fait différentes des nôtres. Le Brésil, par exemple, qui s'est donné comme objectif de réduire les grandes inégalités au sein de sa population, ou la Chine, qui conserve malgré son ouverture un appareil étatique puissant, s'inscrivent plutôt mal dans le capitalisme Gucci et pourraient bien lui mettre du plomb dans l'aile.

Détail intéressant : Hertz mentionne que, dans les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), 15 % des habitants sont membres d'entreprises coopératives, alors que seulement 4 % d'entre eux sont actionnaires d'entreprises capitalistes. Le nouveau paradigme d'affaires sera-t-il davantage coopé­ratif? Grand bien nous fasse! Car dans une économie mondialisée, nous sommes tous liés. La dégringolade de l'un n'est plus sans conséquence pour l'autre. L'idée d'une économie davantage coopé­rative a de quoi nous réjouir. La coopération vise à améliorer la qualité de vie des gens plutôt que de les inciter à surconsommer pour accroître un PIB qui, dans le fond, n'indique rien d'autre que l'intensité d'une production nationale.

Hertz annonce un capitalisme réformé, qu'elle appelle le capitalisme coopératif. Un bel oxymoron! Il demeure néanmoins qu'une économie coopé­rative est faite de relations gagnant-gagnant et que cela peut contribuer à la stabilité des marchés internationaux. Il demeure aussi que l'économie coopérative est patiente et prudente, qu'elle garde le cap sur les véritables besoins des gens au lieu de s'ingénier à leur en créer de nouveaux. Et ça, c'est bon pour la planète. Alors, va pour un capitalisme coopératif. C'est tout de même mieux qu'un capitalisme… capitaliste, non?

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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