Photo : Martine Doyon
 
Une cure
à la campagne

Mai-Juin 2012
Samedi matin. Un bon café et mon journal. Un entrefilet attire mon attention. On propose d'ajouter des sels de lithium dans l'eau d'aqueducs municipaux en Irlande afin de réduire le taux de suicide. Quoi? Je poursuis ma lecture : des essais fructueux ont déjà été effectués au Texas et au Japon. Ciel! On sait bien que la consommation de médicaments est en hausse vertigineuse, que la vie devient complexe, que les gens sont stressés... Mais en sommes-nous rendus au point d'administrer systématiquement du lithium, cette substance qui traite la dépression, dans notre eau de tous les jours? Quel est donc ce mal de vivre?

Il y a quelques années, une enquête commandée par La Coop fédérée avait mis en évidence la détresse vécue par de nombreux agriculteurs québécois. L'analyse, bien documentée, avait mis le doigt sur les principales causes de cette détresse : l'insécurité financière, le manque de reconnaissance, l'isolement social. On comprend, certes, que tout cela est dur pour le moral. Mais nos agriculteurs ne sont pas malades – sauf exceptions. Leurs problèmes, bien concrets, devraient d'ailleurs interpeller tous ceux qui prennent part aux réflexions entourant l'avenir de l'agriculture. Toutes ces gens, aussi, qui défendent haut et fort – avec raison – le bien-être des animaux devraient a priori se préoccuper du bien-être de ceux qui produisent leur nourriture. Il y a là des choix de société à assumer. Mais je m'éloigne de mon propos.

Je ne connais pas la situation de ces municipalités irlandaises où on s'inquiète du taux de suicide. Mais si on estime que toute la population devrait prendre des sels de lithium, peut-être devrait-on scruter aussi l'environnement dans lequel elle évolue. On a la fâcheuse tendance à aborder les problèmes un par un, à traiter l'homme morceau par morceau, à la manière d'un mécanicien automobile. Chaque partie du corps ou de l'esprit doit être traitée illico pour dissimuler au plus vite tout symptôme de dysfonctionnement. Une approche, d'ailleurs, qui est devenue la norme dans tous les domaines. Chaque spécialiste traite ou gère son champ d'action comme s'il était en vase clos, isolé du reste de la collectivité.

Autrefois, quand la science n'avait pas encore tout fragmenté pour mieux comprendre, on allait faire une cure à la campagne pour se retaper une santé. Un traitement simple, mais qui ne faisait que du bien. L'air frais du matin, le contact avec les animaux, le rythme des saisons, l'odeur de la terre au printemps, c'est bien vrai que tout cela revigore à la fois le corps et l'âme. J'ai le bonheur d'avoir accès à une petite presqu'île, grouillante de vie, à quelques pas de chez nous. J'y vais aussi souvent que je le peux, promener mon chien et recharger mes batteries. Si j'en perdais l'accès, ma qualité de vie serait dramatiquement amputée. La cure à la campagne, j'y crois. C'est une approche globale de la santé. Trop globale, hélas, pour que les médecins la prescrivent.

Mais les temps changent. La vision fragmentée de notre monde se dissipe peu à peu au profit d'une vision de développement durable. On prend désormais en compte l'environnement global, on reconnaît que tout est lié, que jouer sur un élément entraîne inéluctablement une conséquence sur un autre. Il ne serait pas étonnant, dès lors, que l'on revienne à une approche plus globale de la santé et que la cure à la campagne redevienne très tendance. Oui, avis aux agriculteurs qui cherchent des occasions d'affaires : z'auriez pas quelques chambres à louer pour citadins en mal de vivre? Ils sont de plus en plus nombreux, vous savez. Je parie qu'il y a de l'avenir là-dedans.
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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