Photo : Martine Doyon
 
Une force tranquille
Juillet-Août 2012

Le gouvernement Harper a décidé de sabrer dans le soutien fédéral aux coopératives. Le personnel de son Secrétariat rural, dont les politiques et programmes visaient l'amé­lioration de la qualité de vie des collectivités rurales, se trouvera diminué de 92 à seulement 15 employés. De plus, le seul programme du gouvernement fédéral consacré aux coopératives, l'Initiative de développement coopératif, ne sera pas renouvelé. Comble de l'ironie, l'annonce est faite au moment même où les coopé­ratives sont célébrées partout dans le monde en cette Année internationale des coopératives.

Voilà donc que notre gouvernement canadien abandonne son appui au développement coopé­ratif. C'est tout de même étonnant. S'il est un modèle peu coûteux pour un gouvernement, c'est bien la formule coopérative : elle incite les gens à fournir leur part, à se prendre en charge, à se responsabiliser pour répondre eux-mêmes à leurs besoins. Mieux encore, nous savons aujourd'hui que les coopératives sont, parmi les entreprises privées, les plus durables et les plus responsables.

En effet, grâce aux enquêtes réalisées en 1999 puis en 2008 par le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation du Québec, on sait que les coopératives sont deux fois plus durables que l'ensemble des autres types d'entreprises. De plus, chaque année, elles brillent à la tête du classement des meilleures entreprises citoyennes établi par la société indépendante Corporate Knights. Tout cela est désormais du domaine public.

Mais paraît-il qu'il y a des hommes politiques, là-bas, qui ne lisent pas beaucoup. Manifestement, ils n'ont pas encore compris tout l'apport des coopératives dans le développement d'une éco­nomie non seulement forte, mais également bonne et profitable à tous. Qu'à cela ne tienne. Les coopé­rateurs se serreront les coudes encore plus. Car nous sommes nombreux et tenaces. D'ailleurs, les coopératives sont désormais sur l'écran radar.

Outre cette Année internationale des coopé­ratives, qui a le mérite d'attirer l'attention des médias de masse, il y a aussi de nombreux scientifiques qui fouillent d'un regard nouveau tout le champ de la coopération. Apparemment, le comportement coopératif est devenu un sujet incon­tournable. Selon les éditeurs de la revue Science, il figure parmi les 25 grandes questions auxquelles s'attaquent les scientifiques aujourd'hui. Les sciences sociales, la biologie, l'économie, la philosophie : on n'en a plus que pour la coopé­ration, ce comportement vieux comme le monde, qui apparaît de plus en plus comme le fruit d'une adaptation évolutive.

On pense d'abord à l'homme, bien sûr, qui a dû coopérer pour survivre et se développer dans un environnement souvent hostile. Mais l'homme n'a pas l'exclusivité du comportement coopératif. Les exemples sont nombreux et de mieux en mieux documentés. Les insectes, les oiseaux, les singes comptent dans leurs familles de nombreux coopérateurs! Dans un article paru en avril dernier, le primatologue Frans de Waal va même encore plus loin en affirmant, sur la base de ses travaux les plus récents, que les primates présentent des compor­tements d'équité et de justice. Ce n'est pas banal.

Nul doute que la coopération est à la base de l'évolution et du maintien de nombreuses espèces. Pour nous, représentants de l'espèce humaine qui avons inventé l'économie, la coopérative s'avère donc un lieu de transaction parfaitement adapté à notre nature profonde. Elle nous permet de réaliser nos activités économiques et, ce faisant, de satisfaire nos grandes aspirations existentielles : participer et être respectés. Voilà ce que signifie vraiment coopérer. Mais cela, notre gouvernement canadien ne l'a pas compris encore.

Heureusement, les gouvernements passent et les coopératives durent.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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