Photo : Martine Doyon
 
Le devoir d'optimisme
Octobre 2012

Quand j'étais plus jeune, mon inébranlable optimisme quant à l'avenir passait pour de la naïveté. « Tu vas voir, dans la vraie vie, c'est pas tout à fait comme ça », qu'on me disait. J'ai vieilli, mais ne suis toujours pas guérie de mon optimisme. Encore aujourd'hui, je préfère miser sur le cheval que je pense être le meilleur – même s'il ne finit pas toujours gagnant. C'est simple : je carbure à l'énergie que me donnent les meilleurs scénarios. Est-ce encore de la naïveté à mon âge, docteur ?

N'en déplaise aux rabat-joie, plus je vieillis et plus je crois que l'optimisme est un devoir. Bien sûr, il faut voir la réalité telle qu'elle est. Les changements climatiques, les récessions économiques, le désarroi des démunis, il faut reconnaître que tout cela existe. Mais comment sortir de l'impasse sans imaginer un scénario gagnant ? Comment élaborer un plan d'action sans avoir en tête une vision de la situation idéale vers laquelle s'aligner ? N'est-ce pas cela, le premier pas de toute stratégie : visualiser d'abord la situation que l'on désire pour l'avenir ? En ce sens, nous avons tous un devoir d'optimisme, particulièrement envers les générations futures. Nous sommes responsables d'imaginer et de formuler des visions d'avenir prometteuses. Nous ne pouvons pas présenter que des scénarios désastreux.

On conviendra que le véritable ennemi, aujourd'hui, c'est l'individualisme. Exacerbé, l'individualisme se transforme en éteignoir. Il fragilise l'homme en nourrissant ce pernicieux sentiment d'impuissance qui nous envahit parfois. « Tout cela est bien triste, mais je ne peux rien y changer », se dit-on. Assurément, la problématique est trop globale pour un homme seul ! C'est tous ensemble qu'il nous faudra relever les grands défis de l'ère postmoderne.

Nous vivons dans un monde complexe où toutes les choses existantes dépendent les unes des autres. Tous les gestes que nous accomplissons, petits ou grands, modifient de quelque façon le résultat final. D'innombrables possibilités s'ouvrent encore à nous. Nous devons y croire. Imaginons un seul instant que nous puissions nous concerter et nous donner une même vision d'avenir. Quelle force nous aurions alors ! Que de beaux scénarios possibles ! Mais on n'a rien pour rien et, pour pouvoir léguer un avenir à la hauteur de nos aspirations, il nous faudra certainement apprendre à coopérer davantage.

L'humanité est à une croisée des chemins et elle doit savoir où elle loge. À quoi aura servi d'aller sur la Lune, à quoi bon chercher des traces de vie ancienne sur Mars, si on ne prend même pas soin de sa propre maison et de ceux que le destin nous a donnés comme colocataires ? Voilà le véritable enjeu du développement durable. Se développer, oui, mais tous ensemble et en fournissant chacun sa part pour l'entretien de la maison. C'est possible. Et dans ce scénario, les coopératives ont un beau rôle. Elles sont un formidable véhicule pour les gens qui veulent agir ensemble, créer de la richesse, vivre une bonne vie et puis léguer au suivant.

Avec le recul et quelques rides, je me dis que l'optimisme flirte sans doute un peu avec la naïveté, mais qu'il procède aussi d'une certaine sagesse. En canalisant les énergies positives, l'optimisme réunit les meilleures conditions pour mener à bien des projets d'envergure. Il mobilise, donne confiance, pousse à agir. L'optimisme, je crois, est une attitude pragmatique et un devoir de solidarité que nous devons cultiver. Et je rêve que les générations futures, en lisant l'histoire de ce début du 21e siècle, puissent dire, comme Mark Twain jadis dans un trait d'humour : « Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait ! »

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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