Photo : Martine Doyon
 
L'étonnant pouvoir
des coopératives

Janvier 2013

On peut dresser un bilan très positif du Sommet international des coopératives, qui s'est tenu en octobre dernier à Québec. Les parti­cipants sont venus nombreux, de partout dans le monde et de toutes les disciplines. Deux mille huit cents participants, 91 pays, quelque 150 conférenciers. Des chefs d'entreprise, des économistes, des professeurs et des chercheurs, des politiciens, des activistes – et j'en passe. C'est un signe qui ne ment pas : ça va mal dans le monde. Très mal. Les gens sont à la recherche de solutions. Et tout à coup, voilà qu'ils découvrent l'étonnant pouvoir des coopératives.

Pour nous, l'occasion était unique : ce grand rassemblement aura permis de raffermir nos liens internationaux, de consolider le capital social de notre mouvement et de prendre enfin la mesure de son importance. Mais les véritables retombées, à mon avis, se situeront encore davantage du côté des conférenciers d'influence qui ne sont pas associés au monde coopératif. Ceux-là qui, rattachés à de prestigieuses écoles ou à des organisations de grande renommée, nous ont clairement livré leurs espoirs d'un monde meilleur, plus équitable, plus durable, plus coopérateur. Ceux-là qui, par leur regard externe et indépendant, nous ont rappelé candidement que nous avions un trésor entre les mains. Ceux-là, encore, pour qui notre Sommet fut une formidable occasion de mieux nous connaître.

Ces conférenciers venus d'ailleurs ont su pratiquer des brèches dans le cocon étanche de notre univers. Ils nous ont apporté une bouffée d'air frais et une bonne dose de fierté. Et de retour dans leurs officines, forts de leur expérience du Sommet et des rencontres qu'ils y ont faites, ils continueront à porter le message coopératif hors les murs. Au nombre des conférenciers de renom, Jacques Attali, économiste et ancien conseiller spécial auprès de François Mitterand, a livré des propos particulièrement percutants.

Attali prévoit que nous passerons progressivement d'une économie matérielle à une économie immatérielle où, finitude des ressources exige, on vendra davantage de services que de produits. Or, lorsqu'on vend des services, note-t-il avec justesse, c'est la qualité relationnelle qui est recherchée, c'est la capacité d'empathie qui devient l'atout stratégique, l'avantage concurrentiel. C'est pourquoi, d'après Attali, cette profonde mutation de la fonction marchande fera passer l'humanité d'une ère de l'individualisme vers une ère d'altruisme. Voici donc venir un nouveau contexte d'affaires tout à fait propice au succès des coopératives. Ainsi, loin d'être dépassées, celles-ci seraient en avance sur leur temps !

Vera Negri Zamagni, professeure d'histoire économique à l'Université de Bologne, a aussi présenté des perspectives d'avenir très favo­rables aux coopé­ratives, à l'occasion de l'événement pré-Sommet, Imaginons 2012. Comme Attali, elle entrevoit l'émergence d'une économie de services, basée sur la qualité des relations interpersonnelles. La demande glissera donc du côté de la qualité plutôt que du côté de la quantité. Or, a-t-elle rappelé, la qualité ne bénéficie pas d'économies d'échelle – au contraire, c'est la proximité qui la valorise. Plusieurs paradigmes managériaux s'en trouveront donc bouleversés. Par exemple, dans ce contexte où les économies d'échelle ne constitueront plus un avantage, la croissance extraorganisationnelle perdra son attrait. On lui préférera plutôt la mise en place de réseaux, horizontaux et verticaux, comme les coopératives savent si bien le faire.

Tout porte à croire que la meilleure façon de préparer l'avenir, c'est de préserver et de consolider notre distinction coopé­rative, basée sur un ancrage local fort et des partenariats de qualité avec d'autres coopé­ratives. Finalement, il est peut-être là, l'étonnant pouvoir des coopé­ratives : bâtir la nouvelle économie en restant fidèles à nous-mêmes et à notre modèle d'affaires. Car nous sommes assez nombreux pour changer les choses : on dit que l'économie de marché compte trois fois plus de membres de coopératives que d'actionnaires d'entreprises ! Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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