Photo : Martine Doyon
 
À la recherche du
commerce équitable

Avril 2013

En février dernier, j'ai eu l'occasion d'accom­pagner une délégation de la coopérative américaine Just Coffee, engagée dans le commerce équitable, qui allait rendre visite à ses partenaires du Nicaragua. J'ai rencontré là‑bas des productrices de café regroupées en coopé­ratives. Des femmes fières, courageuses et en paix avec elles-mêmes. C'est leur quotidien qu'elles ont bien voulu nous faire partager. Le commerce équitable, pour elles, c'est un premium. Ça sert à l'éducation des enfants, entre autres. Mais quand la récolte n'est pas au rendez-vous, c'est toujours triste. Voyez-vous, il n'y a pas d'assurance récolte là-bas. Et cette année, il y a eu de la rouille dans leur café. Roja. Mauvais. Elles auront besoin du soutien de Just Coffee.

Selon Wikipédia, « il n'y a pas de définition juridique du commerce équitable. Par contre, précise-t-on, plusieurs démarches commerciales différentes peuvent se revendiquer du commerce équitable. » En effet. Autrefois, le commerce équitable n'intéressait qu'une poignée de gens épris de justice sociale. Aujourd'hui, il se voit investi par la grande distribution. D'après le rapport 2013 de Fairtrade International, le commerce équitable enregistre une croissance soutenue. Depuis 2008, les volumes négociés ont augmenté d'environ 10 % annuellement. Évidemment, en proportion du commerce mondial, c'est bien peu. Mais c'est un segment de marché qu'on aurait tort d'ignorer.

Toujours est-il que l'appellation « commerce équitable » perd de la substance, d'après Just Coffee. Plusieurs certifications existent et on peine à s'y retrouver. D'importantes plantations de café se trouvent certifiées, mais ne respectent pas l'esprit à la base du concept. Les grandes entre­prises qui, par exemple, demandent une certifi­cation pour un petit volume, juste assez pour pouvoir l'afficher et ainsi dorer leur image. Une question de marketing. Sait‑on que la majeure partie de leur volume est encore réalisée au moyen de l'exploi­tation des travailleurs ou des petits producteurs ? Just Coffee s'inquiète aussi du fait que certaines plantations pourraient être certifiées sans nécessairement faire affaire avec des coopératives de producteurs. C'est pourtant à la base même de l'idée du commerce équitable. La prise en charge et l'autonomie des partenaires, au Sud, doivent absolument faire partie de l'équation. Il faut encourager, dans les petites collectivités, la démocratie et le partage de la richesse. C'est là-dessus que se bâtit le mieux-vivre pour tous. Vrai. C'est pareil chez nous : ce sont des organi­sations démo­cra­tiques, syndicats et coopé­ratives, qui ont amené les agriculteurs vers la modernité et qui canalisent encore aujourd'hui la force de leur solidarité.

Just Coffee a abandonné la certification. En revanche, la coopérative s'est associée à la Fair Trade Federation. Cette fédération n'accepte que des entreprises ou organisations dont le commerce équitable est inscrit dans la mission. C'est le cas de Just Coffee. Elle est vouée au commerce équitable. Sans certification, elle mise sur la transparence totale. Elle présente donc, sur son site Internet, toutes les coopératives avec lesquelles elle fait affaire ainsi que le prix du café qui a été payé à chacune. Et elle ouvre ses délégations aux âmes curieuses désireuses d'aller vérifier sur place ce qui se passe vraiment.

Je reviens de ce voyage avec plus de questions que de réponses, mais conquise par l'authenticité du partenariat que la coopérative Just Coffee a su bâtir avec ces coopératives de femmes. J'ai aimé le ton des échanges. Égalitaire, affable, extrêmement respectueux. J'ai été touchée par la qualité des liens que la responsable de la délégation, Julia Baumgartner, du Wisconsin, entretient avec toutes ces femmes. Il s'en dégage une belle énergie tranquille, de la tendresse, de l'affection. Je les ai bien observées. J'ai dit à Julia : « Tu es des leurs, maintenant; ça se voit ! » C'est peut-être cela, l'essentiel : la qualité de la relation entre les partenaires. Une relation qu'on ne saurait réduire à sa dimension commerciale... à moins qu'on y ajoute le qualificatif d'« équitable ».

Je remercie l'Association des communicateurs et rédacteurs de l'agroalimentaire (ACRA) pour le prix Moïse-Cossette, sans lequel je n'aurais pu vivre cette belle expérience.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés