Photo : Martine Doyon
 
Quand les coopératives
inspirent les écoles

Septembre 2013

Les Pionniers de Rochdale avaient vu juste. Au moment de la création de leur coopérative, au milieu du 19e siècle, la révolution industrielle battait son plein, laissant tout un pan de la population anglaise sombrer dans une grande pauvreté. Visionnaires, ils avaient inscrit l'éducation au nombre des principes essentiels au bon fonctionnement des coopératives. Pour eux, l'éducation coopérative était une clé pour l'épanouissement des collectivités. Ils étaient convaincus qu'en éduquant les gens à la coopération, on développerait d'autant leur capacité à transformer eux-mêmes leur milieu de vie, selon leurs propres aspirations. Dans l'effervescence du mouvement coopératif naissant, de nombreuses écoles coopératives furent fondées. Puis au 20e siècle, étant universellement reconnue comme un droit pour tous, l'éducation devenait une responsabilité de l'État. Les écoles coopératives ont alors disparu du paysage anglais.

La suite de l'histoire est en train de s'écrire. À bien y penser, notre période est-elle si différente de celle de la révolution industrielle?

L'accroissement des inégalités, l'appauvrissement de l'éthique dans les organisations, la profonde mutation du travail sont autant de points de convergence entre les deux époques. Pas étonnant que la coopération et l'éducation à la coopération reviennent en force dans l'Angleterre du 21e siècle. En première ligne, on note le rôle d'éclaireur qu'a joué The Co-op Group, cette grande coopérative regroupant plusieurs secteurs d'activité sous la signature « The Co-operative ». En 2004, The Co-op Group a lancé une stratégie d'éducation coopérative dans les écoles. À l'instar du mouvement coopératif qué­bécois, The Co-op Group a fait produire du matériel pédago­gique à l'intention des enseignants désireux d'initier leurs élèves aux valeurs coopératives.

Pendant ce temps, dans la mouvance néolibérale, le rôle de l'État britannique se voyait réduit comme peau de chagrin et le secteur privé faisait son entrée dans les écoles. En 2006, coup de théâtre! Une loi des plus controversées était adoptée, permettant aux écoles publiques de se convertir en institutions privées gérées par des trusts à qui l'État allait céder la propriété des actifs, bâtiments et terrains. Le milieu de l'éducation s'en est trouvé bouleversé. Qu'à cela ne tienne! Des trusts coopératifs se sont mis en place, regroupant parents, professeurs, élèves et partenaires locaux. Devant l'urgence de protéger les écoles des intérêts purement financiers des grandes entreprises, des collectivités se sont organisées en coopératives. Ce seraient les gens du quartier, et non le marché, qui allaient être aux commandes de leur école!

Mais ce n'est pas tout. La renaissance des écoles coopératives anglaises s'accompagne maintenant d'une double revendication. On coopère dans la gouvernance de l'institution, mais on coopère aussi dans les classes! En effet, de plus en plus d'enseignants pratiquent avec succès la pédagogie coopérative, une approche qui préconise que l'élève soit actif dans son apprentissage grâce à des travaux lui permettant de développer ses compétences coopératives : l'écoute et le dialogue, l'entraide et la coconstruction. On veut préparer des citoyens autonomes et responsables. Et cela fonctionne merveilleusement bien, tant sur le plan de la persistance que de la réussite scolaires. On ne s'en étonne pas. On évoque le cas de la Finlande, pays mondialement reconnu pour l'excellence de son système scolaire. D'après Pasi Sahlberg, spécialiste de l'éducation et auteur du livre Finnish Lessons, la stratégie pédagogique la plus largement utilisée en Finlande est… la pédagogie coopérative! Or, je me permets de le rap­peler, la Finlande est aussi reconnue pour avoir un mouvement coopératif très développé.

On aurait tort de sous-estimer le rôle des coopératives dans les écoles. Plus que jamais, la coopération deviendra une compétence nécessaire chez nos jeunes, car les grands défis de l'heure sont mondialisés et ne pourront être relevés qu'avec une approche collaborative. Comme mouvement coopératif, il nous appartient de faire valoir l'importance de pratiquer la coopération dès le plus jeune âge. Parce qu'on ne naît pas coopérateur, on le devient.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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