Photo : Martine Doyon
 
Agriculture, coopération et santé
Octobre 2013

On peut établir plusieurs liens entre l'agriculture et la santé. Tout d'abord, on sait que les enfants élevés à la ferme bénéficient d'un système immunitaire plus fort que ceux ayant grandi en ville, grâce aux nombreux micro-organismes avec lesquels ils ont été en contact depuis leur jeune âge. Pensons seulement à la petite bactérie du sol Mycobacterium vaccæ : on a découvert récemment qu'elle joue un rôle protecteur contre la dépression, le cancer, l'asthme et l'eczéma. Ce n'est pas rien ! Et puis il y a l'exercice, le grand air et l'accès à des aliments frais qui contribuent aussi à la santé de la famille agricole.

En revanche, impossible d'ignorer les risques sani­taires associés à l'agriculture moderne. Ainsi, l'an dernier, la France a reconnu le parkinson comme maladie profes­sionnelle chez les agriculteurs, en raison de son lien avec l'usage des pesticides. Il faut donc être conscient des risques de la profession et redoubler de prudence afin de ne pas y laisser sa santé.

Mais la santé, c'est bien plus que l'absence de maladies. Selon l'Organisation mondiale de la santé, être en bonne santé sous-entend que tous nos besoins fondamentaux sont satisfaits, y compris nos besoins affectifs et sociaux. La santé est donc liée à l'expérience subjective des personnes : comment on se sent dans son milieu a des effets directs sur sa santé. Plusieurs chercheurs ont abordé le sujet et nous permettent d'entrevoir, encore une fois, de nouveaux avantages à la formule coopérative.

Il y a d'abord eu le sociologue Robert Putnam. Celui-ci a remarqué, après avoir analysé une grande quantité de données, qu'adhérer à une association faisait diminuer de moitié le risque de mourir dans l'année suivante ! En effet, faire partie d'un groupe satisfait le besoin d'appartenance et a des incidences positives sur la santé. On peut donc supposer que faire partie d'une coopérative et participer à sa vie associative est, de la même façon, bénéfique à la santé des membres.

Il y a aussi eu le professeur Spencer Kagan. Sommité en apprentissage coopératif, Kagan fait grande promotion du dialogue car, explique-t-il, le dialogue exerce un effet calmant sur l'amygdale, la partie du cerveau qui produit les hormones du stress. Puisque le dialogue diminue le stress, toutes les occasions de le pratiquer sont autant d'occasions d'améliorer sa santé globale. Ainsi, les coopé­rateurs tirent bénéfice des rencontres sociales ou de formation proposées par le réseau La Coop, grâce aux discussions informelles qui s'y tiennent ou aux interactions entre pairs qui y sont suscitées.

Et puis il y a eu Richard Wilkinson, médecin et conférencier au congrès Imaginons 2012. Depuis plus de 25 ans, Wilkinson étudie le fossé qui se creuse toujours davantage entre les indicateurs de croissance économique et le niveau de bien-être. La pauvreté relative, note-t-il, a des effets bien plus grands que la pauvreté absolue sur la santé des gens. Car les inégalités économiques empoisonnent la qualité des relations sociales dans une collectivité – ce qu'on appelle le « capital social », défini par le degré de confiance entre les gens, le niveau d'entraide, le sentiment de sécurité, etc. Les jeux de position et de pouvoir engendrent des rapports sociaux plus tendus, qui minent la santé et la qualité de vie. Les modèles d'entreprises permettant de diminuer les inégalités écono­miques, comme la coopérative, contribuent donc de façon très concrète à la santé publique.

Tiré par les cheveux ? Pas du tout. Dans un monde interconnecté, la relation à l'autre est primordiale. Je vous le dis : de plus en plus de recherches viendront documenter les bienfaits psycho­logiques de la coopération. Car s'intéresser à la santé, c'est aussi dégager les facteurs sociaux sous-jacents qui améliorent ou perturbent l'état de bien-être des gens. Et c'est là que la coopération sera appréciée à sa juste valeur, comme une structure sociale efficace et avantageuse à encourager et à promouvoir.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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