Photo : Martine Doyon
 
Coopération à la ferme :
la nouvelle frontière

Janvier 2014

C'était l'automne dernier, au cours d'une conférence à l'Université Laval. J'évoquais les défis que devra relever le réseau La Coop au cours des prochaines années. J'expliquais notamment que la coopération agricole subissait une double pression quant à sa relève. Tout d'abord, en agriculture comme dans la société en général, la courbe démographique présente un déséquilibre entre une population toujours vieillissante et des jeunes de moins en moins nombreux. Mais en plus, le milieu agricole est fortement touché par la consolidation du secteur : selon Mario Handfield (ARUC, 2011), le milieu rural a vu disparaître 77 % de ses fermes de 1951 à 2001. Les fermes sont plus grandes, donc plus difficiles à acquérir pour un jeune – et particulièrement lorsqu'il ne vient pas du milieu.

Pendant la période de questions, un étudiant m'a interpellée : « Si c'est difficile de trouver de la relève dans les fermes, pourquoi La Coop fédérée ne soutient-elle pas les initiatives visant à former des coopératives pour assurer cette relève ? » J'ai rappelé que notre réseau se positionne avec succès en amont et en aval de la ferme, et que c'est là d'ailleurs que s'inscrit la mission de La Coop fédérée. Mais j'ai dû reconnaître aussi que nous n'avons jamais vraiment exploré et promu la coopération à la ferme.

Je connais pourtant plusieurs fermes coopé­ratives. Celle dont j'entends le plus parler, peut-être parce qu'elle se situe près de chez moi, c'est la Ferme coopérative Tourne-Sol, aux Cèdres. Elle est constituée en coopérative de travailleurs regroupant cinq membres, qui trouvent de nombreux avantages au modèle : un investissement individuel moins lourd, une meilleure qualité de vie grâce à un horaire plus souple, et un cadre favorisant la durabilité de l'entreprise.

Nul doute que la coopérative de travailleurs est un modèle qui gagnerait à être connu davantage. Il y a quelques années, j'ai eu le plaisir de m'entretenir avec Henry Mintzberg, une sommité en sciences de la gestion, et il avait démontré un intérêt tout particulier pour les coopératives de travailleurs. D'après lui, ce sont celles qui offriraient le plus de potentiel sous l'angle organisationnel, car les travailleurs étant aussi les propriétaires, leur intérêt pour le succès de l'entreprise est tout naturel et ils s'en trouvent fortement mobilisés.

Il y a aussi d'autres modèles de fermes coopératives : la coopérative de solidarité, qui permet d'inclure différents partenaires de soutien ; la coopérative de travailleurs actionnaires, qui facilite le transfert de propriété d'une partie de l'entreprise vers ses travailleurs ; il y a aussi la coopérative adossée à une fiducie foncière agricole, une option fort intéressante lorsqu'on veut protéger le patrimoine foncier de la spéculation. Sous ce dernier modèle, on donne souvent en exemple la Ferme Cadet-Roussel, en Montérégie, et la Ferme de la Colline du chêne, à Bromont.

Bref, différents modèles de fermes coopératives existent et des ressources d'accompagnement peuvent guider les intéressés : le Groupe Coop Relève (GCR), du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, de même que les coopératives de développement régional. La véritable question cependant, au-delà des choix de structure, se rapporte à l'attrait de la coopération pour les jeunes. Les valeurs coopératives rejoignent-elles les jeunes ? À supposer que la relève agricole est à l'image de la jeunesse québécoise en général, il est intéressant de prendre connaissance des travaux réalisés en 2011 par Chantal Royer, professeure à l'UQTR, sur les valeurs de nos jeunes. Selon elle, lorsqu'ils atteignent 19, 20 ans, ces jeunes accordent beaucoup d'importance à l'entraide, au respect et à la solidarité. Voilà certes des valeurs coopératives. En somme, même si le Québec n'a pas une longue tradition de fermes coopératives, le modèle devrait aujourd'hui prendre sa place dans notre coffre à outils. Car les temps changent. Et les besoins aussi.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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