Photo : Martine Doyon
 
L'intelligence collective
Février 2014

Il s'en est dit beaucoup sur le comportement supposément stupide des foules. Les films catastrophe nous en mettent plein la vue : une foule en panique, des gens qui hurlent et courent de tous côtés, piétinant leurs semblables sans ménagement. Or, de nombreux psychologues disent au contraire qu'une foule, le plus souvent, réagit avec calme et s'assure de soutenir ceux qui en ont besoin. Les évènements du 11 septembre 2001 en ont d'ailleurs fourni une belle démonstration : même s'ils se savaient en danger, la grande majorité des gens se sont comportés de manière respon­sable et courageuse.

Non seulement les foules ne sont pas stupides, mais il semble qu'elles génèrent, sous certaines conditions, une intelligence collective. C'est ce qu'on a découvert, de façon officielle pour la première fois, en 1906. Pendant une exposition agricole, le statisticien Francis Galton analysa les résultats d'un concours consistant à faire évaluer par les visiteurs le poids d'un bœuf. À son grand étonnement, il constata que la moyenne des estimations des visiteurs se situait à 1197 lb, alors que le poids réel du bœuf était de 1198 lb ! Cette remarquable estimation collective, réalisée par de simples visiteurs, avait nettement battu l'estimation effectuée par des experts présents à l'exposition.

Plusieurs expériences semblables ont été menées par la suite, ce qui a permis de vérifier à nouveau l'intelligence des groupes. Une importante contribution scientifique fut certainement celle de Scott Page, spécialiste de la complexité à l'Université du Michigan, qui a établi la première condition d'émergence d'une intelligence collective. Il s'agit de la diversité. Selon Page, quand vient le temps de prendre une décision éclairée, la diversité est tout aussi importante que la compétence. Ainsi, un groupe présentant une grande diversité cognitive (connaissances, perspectives, modèles mentaux, etc.) aura d'excellentes chances de produire la solution optimale à un problème donné.

Les travaux de Page, s'appuyant sur des théorèmes et réflexions d'autres chercheurs, ont permis d'établir aussi certains effets de groupe pouvant détruire l'intelligence collective. Par exemple, le pire ennemi de l'intelligence collective semble être le conformisme dans lequel les individus peuvent se camper, par crainte de déplaire au groupe ou d'avoir l'air idiot. Il faut donc que les individus puissent assumer leur indépendance les uns des autres, dans un environnement où ils se sentent en confiance.

C'est à travers ce prisme de considérations que je vous invite à examiner l'intelligence de votre assemblée générale cette année. Quelle diversité observez-vous ? Voyez-vous un beau mélange de jeunes, de femmes, de gens de différentes productions, de partenaires d'affaires ? Ces participants s'expriment-ils objectivement, sont-ils capables de faire part de leurs opinions personnelles ? A-t-on su créer pour cette grande réunion une ambiance conviviale et respectueuse, où chacun est à l'aise d'intervenir ?

La réponse à ces questions vous indiquera si votre assemblée générale a des chances de faire émerger cette intelligence collective qui augmente la créativité de votre coopérative. En fait, on le souhaite ardemment… Quelle belle valeur ajoutée est ainsi rendue disponible, tout à fait gratuitement ! On serait fou de s'en passer. Quand on y pense bien, la meilleure stratégie, pour le bien commun de l'entre­prise, c'est de rendre cette assemblée toujours plus intelligente, en encourageant le plus grand nombre de membres à venir et en intera­gissant les uns avec les autres de façon si chaleureuse que tout un chacun saura que sa participation est unique, importante et, surtout, appréciée.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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