Photo : Martine Doyon
 
Imaginez ce qu'on pourrait
réussir ensemble  !


Mars 2014

Thomas Homer-Dixon est professeur de sciences politiques à l'Université de Toronto et fut lauréat du Prix du Gouverneur général en 2001. Dans son livre Le déficit de l'imagination, il s'inquiète du fait que, pour relever les défis du XXIe siècle, beaucoup d'imagination sera requise, beaucoup plus que notre capacité actuelle à en générer. Crises financières, changements climatiques, problèmes de santé publique… aujourd'hui, nos plus grands défis résultent de séries d'évènements qui se déroulent en cascade, interagissant les uns avec les autres. Notre bonne vieille pratique consistant à isoler chaque partie d'un problème pour la soumettre à des spécialistes ne convient plus. Il faut puiser nos solutions ailleurs, en travaillant sur l'interdépendance entre les parties du problème et en faisant davantage appel à l'imagination, alimentée par l'expertise générale, l'expérience et l'intuition. Le professeur Homer-Dixon est formel : le passé n'est plus garant de l'avenir, nous ne sommes plus en mode linéaire. Mais que s'est-il donc passé ?

Il s'est passé que le grand vent de la mondialisation a propulsé notre monde à un niveau de complexité jamais égalé. Faisons ici une brève incursion dans la science de la complexité afin de clarifier ce qu'on entend par « un système complexe ». Le professeur Scott Page, l'une des figures de proue de cette nouvelle science, explique les quatre attributs d'un système complexe : une diversité d'acteurs, une certaine connectivité entre les acteurs, une certaine interdépendance entre les acteurs et une capacité d'adaptation des acteurs. Lorsque ces conditions sont réunies, le système est coévolutif et les évènements deviennent imprévisibles. Voilà pourquoi, dans un monde complexe, l'analyse des parties ne peut suffire : il faut embrasser la globalité pour bien saisir ce qui se passe.

Il est clair que notre monde est devenu très complexe. Les acteurs présentent une grande diversité (de cultures, d'environnements, de moyens…), la mondialisation a multiplié les échanges et les interdépendances, et les acteurs s'adaptent continuellement aux nouvelles donnes. C'est ainsi que, par une chaîne d'évènements souvent imperceptibles, une variation du menu alimentaire à Pékin peut avoir un impact sur les tensions sociales à Tombouctou. Mais ce qu'il faut surtout considérer, à la lumière de la science de la complexité, c'est qu'un système complexe géré sans prise en compte de la perspective globale peut évoluer vers une situation chaotique, incontrôlable. Il est donc impératif de faire appel à toute l'imagination disponible pour bien gérer nos entreprises – et notre petite planète.

Pour Homer-Dixon, « notre quête incessante d'efficacité, de productivité et de rapidité provoque une surspécialisation et une fragmentation de la connaissance, réduisant aussi la disponibilité de l'expertise générale ». Comment alors améliorer la disponibilité de cette expertise générale ? En faisant travailler les gens en collabo­ration, dans une approche systémique. C'est là que l'imagi­nation peut accomplir son œuvre. Homer-Dixon évoque d'ailleurs au passage l'importance des valeurs sociales, notamment celles qui reposent sur la confiance, la réciprocité et l'attachement au bien-être collectif. Ces valeurs-là, dit-il, encouragent la coopération entre les groupes et permettent d'harmoniser la production d'imagination pour résoudre nos problèmes communs.

Comme tout cela est intéressant pour nous, du monde coopératif ! Car n'est-ce pas là notre marque distinctive que cette tradition démocratique où chacun a son mot à dire, que ces valeurs coopératives au service du bien commun ? Oui, le besoin d'imagination est immense et les défis posés aux générations futures sont redoutables, mais les coopératives sont très précisément des outils de réponse aux besoins. Elles constituent un immense réservoir d'imagination, dont nous sommes tous et toutes les fiduciaires. « Imaginez ce qu'on pourrait réussir ensemble », c'est bien plus qu'un slogan pour nous. C'est aussi un devoir.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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