Photo : Martine Doyon
 
La crise de la cinquantaine
Mai-juin 2014

Précisons-le tout de suite, ce n'est pas de moi qu'il s'agit. Je parle plutôt des grandes surfaces de distribution où on trouve de tout : aliments, vêtements, accessoires divers. Ce modèle d'affaires, propulsé depuis les années 1960 par une consommation de masse, montre aujourd'hui des signes d'essoufflement. C'est la crise de la cinquantaine, dit-on. En France, les géants de l'alimentation Casino et Carrefour ont commencé à réduire la surface de leurs plus grands magasins. Et ils mettent beaucoup d'efforts à rendre l'expérience du magasinage plus agréable pour le consommateur. Ils choisissent de belles couleurs et prévoient des espaces repos avec des bancs.

La menace, c'est le retour en grâce du commerce de proximité. Car les temps ont changé. Les grandes surfaces, c'était parfait pour les familles avec enfants. On se déplaçait tous en voiture pour aller faire les emplettes de produits grands formats bon marché. Aujourd'hui, la taille des ménages est réduite et la population, vieillissante, est de moins en moins désireuse (et capable) de se déplacer. Et puis il y a les problématiques de santé, d'environnement et d'éthique, qui sont désormais à l'ordre du jour et avec lesquelles les grandes surfaces, perçues comme sans cœur et sans âme, entrent en dissonance.

La menace est si grande que Starbucks, cette multinationale du café, est en train d'expérimenter une stratégie de « debranding » au Royaume-Uni. Après avoir investi des sommes colossales pour imposer sa marque comme une image forte, voilà que l'entreprise retire son nom de ses produits et tente de renouer avec ses clients sous un rapport plus intime. Dans les cafés britanniques, on demande maintenant au client son nom lors de la commande, afin de pouvoir l'écrire sur la tasse qu'on lui remet. À New York, Starbucks a même ouvert un café sous un autre nom, incognito, afin de se donner une allure de « petit café du coin ».

Qu'on se le tienne pour dit : la recherche de la proximité est désormais un enjeu de taille. Heureusement, la proximité a toujours été un atout dans nos coopératives. Dans nos magasins, on ne se perd pas dans les allées. De plus, on y est connu, et reconnu – enfin… pour peu qu'on les fréquente assez souvent ! C'est cette belle proximité qu'il nous faut donc préserver, particulièrement en ces temps de consolidation et d'expansion. Un comité de réflexion a été mis sur pied pour faire suite à la planification stratégique du réseau, l'an dernier. Ce comité se penchera bientôt sur le concept de proximité pour en examiner les tenants et aboutissants et proposer ensuite des pistes de renforcement. C'est la vitalité de notre démocratie coopérative qui en dépend.

Oui, les grandes surfaces sont devenues suspectes. C'est trop grand, c'est trop loin, c'est déshumanisé… et déshumanisant. Mais ce n'est pas tout : la consommation est devenue pour les gens une façon d'exprimer leur personnalité tout autant qu'un moyen de répondre à leurs besoins. Or, avouez qu'il est bien plus sympathique de dire : « Je l'ai acheté à la coop » que de dire : « Je l'ai acheté chez Walmart. » Bien sûr, on pourra toujours faire valoir que les grandes surfaces offrent un plus grand choix de produits. Soit. Mais parfois, trop de choix provoque de la confusion. Ne trouvez-vous pas que choisir un simple shampooing dans un grand magasin est devenu un vrai casse-tête ? Et qu'arpenter les rayons infinis de sacs de croustilles est tétanisant ? Entre nous, bien franchement, a‑t‑on vraiment besoin des saveurs buffalo, nacho, aneth à la crème, cornichons et pizza ?

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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