Photo : Martine Doyon
 
La Machine du Voisin
Juillet-août 2014

Quand j'étais jeune, on lavait son linge sale en famille. Bien sûr, il y avait des lavoirs en libre-service, mais c'était seulement pour dépanner quelques infortunés. Or il semble qu'aujourd'hui on ne se formalise plus avec son linge sale. En faisant une recherche sur l'économie collaborative, je suis tombée sur La Machine du Voisin, un site Internet français. En naviguant sur ce site, on peut trouver quelqu'un, près de chez soi, qui veut bien partager son lave-linge en échange d'un beau sourire ou d'une somme modique.

Étonnant. C'est pourtant l'une des dernières variations sur le thème de l'économie collaborative, ou économie de partage, comme on l'appelle souvent. On repousse toutes les limites ! On partage des autos, des machines agricoles, de la main-d'œuvre, des maisons, des bureaux, du financement, des expertises, des entrepôts, des repas, et puis maintenant des lave-linge. L'économie collaborative est vraiment en explosion : un récent rapport indique que 40 % des Canadiens, dont la moitié appartient à la tranche d'âge des 18-34 ans, souscrivent à l'un ou l'autre de ces nouveaux modèles économiques qui permettent d'utiliser sans nécessairement devenir propriétaire.

Voilà une révolution qui demande à repenser les modèles d'affaires. Car il semble que le partage et la collaboration sont devenus un courant dominant, surtout chez les jeunes. Plusieurs facteurs expliquent ce nouvel engouement. Tout d'abord, c'est moins lourd pour le portefeuille personnel. Ensuite, grâce aux nombreuses plateformes Internet accessibles aujourd'hui, trouver des partenaires et prendre des arrangements est devenu un jeu d'enfant. Ajoutons encore la fierté de fournir sa part pour la planète en n'achetant pas d'articles voués à rester sous-utilisés, le sentiment de faire partie d'une communauté d'entraide et, disons-le, le plaisir de faire un pied de nez aux grandes entreprises qui vendent des biens… alors que, de plus en plus, on préfère des liens !

Diane Bérard, du journal Les Affaires, parle d'un « mouvement exponentiel qui défie les stratégies traditionnelles » des entreprises. « L'heure est venue de réagir », lance-t-elle dans un article paru l'automne dernier. De son côté, Joe Kraus, un des directeurs du fonds d'investissement de Google, se fait tout aussi catégorique dans le magazine Forbes de février dernier : « L'économie collaborative est une tendance bien réelle. Je ne pense pas que ce ne soit qu'une mode passagère. Les gens sont vraiment à la recherche de ces systèmes par souci environnemental et éthique. »

Dans un tel contexte, il m'apparaît clair que les coopératives sont résolument de leur temps. Elles proposent aux usagers de se regrouper pour s'offrir ensemble des services, des infrastructures, des réponses à leurs besoins communs, tout en créant des liens et un sens communautaire. L'heure est venue, nous dit Diane Bérard. Certes. Et je renchéris : l'heure est venue, pour les coopératives, de repousser leurs frontières. Intercoopération, partenariats dans le milieu, réseaux collaboratifs, la coopération doit s'éclater, gagner du terrain et transformer les usages.

Car la véritable richesse ne se mesure pas à la quantité des avoirs, mais à la qualité des liens qu'on a su tisser. À tous ces liens qui offrent tantôt un lieu d'échange de biens et de services, tantôt un point de rencontre pour le simple plaisir de fraterniser, et tantôt encore un filet de sécurité et un peu de réconfort lorsque l'épreuve frappe. Oui, il est temps de retrouver le sens communautaire, de réaménager les bases de notre vivre-ensemble. C'est dans l'ordre des choses : l'homme est un animal social, l'avions-nous donc oublié ?

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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