Photo : Martine Doyon
 
Quand les capitalistes coopèrent
Septembre 2014

Ne trouvez-vous pas que les stratégies d'affaires de nombreuses entreprises à capital-actions commencent à ressembler à celles des coopératives ? L'une après l'autre, les idées de responsabilité sociale, de développement durable, d'éthique d'entreprise ont fait leur chemin dans le monde des affaires, promues par des entreprises dites « citoyennes ». Une image bien léchée, des dons aux bonnes œuvres, un marketing qui met l'humain au premier plan, rien ne semble retrousser. Nourrie par les médias de tous genres, la reconnaissance du public est manifeste. Évidemment, on ne connaît pas toujours les motivations profondes derrière les bonnes pratiques, mais pour le consommateur final comme pour l'environnement, le résultat est bel et bien là. J'imagine qu'on devrait s'en réjouir.

En mai dernier, j'ai eu la chance d'assister à la conférence C2MTL, qui célèbre la créativité en entreprise. Deux mille participants de par le monde. Devinez ce qu'on y a mis à l'honneur ? L'entre­prise sociale. Eh oui. Pas la coopérative, mais l'entreprise sociale. On a présenté de beaux exemples d'entreprises qui s'engagent socia­lement par l'inter­médiaire de fondations ou d'organismes de bienfaisance. One Drop, fondée par Guy Laliberté et vouée à des projets d'accès à l'eau, y occupait une place de choix. Bravo. Mais je n'ai pu m'empêcher de me dire : coudonc, est-ce que le mouvement coopératif est vraiment invisible ou est-ce qu'on nous ignore délibérément ? Les coopératives sont engagées dans leurs collectivités depuis toujours, mais la reconnaissance publique ne semble jamais au rendez-vous...

Voilà que je tombe ensuite sur le dernier numéro d'Alternatives économiques. Dans un article portant sur la gestion, on évoque une stratégie à exploiter lorsqu'on cherche à réduire ses coûts : la collaboration horizontale. Tiens, tiens. Pour en savoir davantage, je fais un peu de recherche sur la collaboration horizontale.

Présentée comme un élément clé d'une croissance durable, la collaboration horizontale consiste à conclure des alliances avec d'autres entreprises actives dans le même cœur de métier. Le groupe Ferrero et Hershey, par exemple, bien qu'en concurrence pour les mêmes dollars du consommateur, collaborent dans l'entreposage, le transport et la distribution de leurs produits chocolatés. Ils réalisent ainsi des économies substantielles, tout en diminuant leur empreinte écologique. Et comme la collaboration horizontale n'est pas toujours facile, de nouvelles boîtes de consultants se mettent sur pied pour guider les entreprises sur la bonne voie. L'une d'entre elles, Tri-Visor, prodigue ses judicieux conseils pour choisir le partenaire qu'il vous faut : alignement des visions d'entreprise, masse critique, volonté de partager les gains…

Bravo encore, mais rien de très nouveau pour nous, du monde coopératif. Chez nous, l'inter­coopé­ration se pratique depuis des lunes et se renouvelle constamment. N'est-ce pas l'idée à la base même de la création de nos nombreuses coopé­ratives agricoles, au siècle dernier ? N'est-ce pas aussi l'idée derrière nos multiples alliances et partenariats ? N'est-ce pas encore l'idée à la base de notre chantier Chrysalide, qui dotera le grand réseau La Coop d'une armature commerciale digne du 21e siècle ?

C'est fascinant : on dirait que les entreprises à capital-actions découvrent peu à peu le potentiel de la coopération… mais en pièces détachées ! On a même inventé le terme « coopétition » pour exprimer la coopération entre des entreprises qui se font normalement compétition. Ne serait-il pas plus simple de prendre le modèle coopératif en exemple, puisqu'il intègre harmonieusement toutes ces bonnes pratiques ?

Ça viendra peut-être. Sur le site de Tri-Visor, j'ai remarqué une diapo proclamant : « Si vous voulez vous améliorer de façon constante, compé­titionnez ! Si vous voulez vous améliorer de façon exponentielle, coopérez ! » Voilà. Ne resterait qu'à dire qu'il existe des entreprises qui s'adonnent régu­lièrement à cet exercice et qui s'en portent fort bien. On les appelle les coopératives.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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