Photo : Martine Doyon
 
Un (autre) géant dans la tourmente
Novembre-décembre 2014

La JA-Zenchu. Vous ne la connaissez peut-être pas, mais elle mérite certainement de vous être présentée. C'est l'organisation faîtière des coopératives agricoles japonaises. C'est celle qui compte en ses rangs le plus grand groupe coopératif agricole au monde, la Zen-Noh, dont le chiffre d'affaires annuel s'élève à 62 milliards $ US.

Traditionnellement, la JA-Zenchu a été un instrument de développement de l'agriculture au Japon. Elle est la voix officielle des agriculteurs et jouit d'une influence politique incontournable. Elle figure expressément, d'ailleurs, dans la loi du pays et s'en trouve protégée. Quelque 700 coopératives agricoles locales se réfèrent à la JA-Zenchu pour guider leur gestion, s'offrir des programmes d'éducation et de formation ainsi que promouvoir leurs intérêts politiques. La JA-Zenchu compte 224 000 salariés. De nature plutôt conservatrice, elle représente environ la moitié de la production agricole du pays et regroupe 90 % des agriculteurs. Elle s'oppose fermement aux négociations de l'accord du Partenariat transpacifique, qui vise l'établissement d'une zone de libre-échange autour de l'océan Pacifique.

On comprendra que le premier ministre, Shinzo Abe, qui souhaite l'adhésion du pays à cet accord commercial, n'apprécie guère la JA-Zenchu. Prônant la dérégulation des marchés et l'abrogation du statut légal qui protège le puissant groupe coopératif, il a mis en place un comité de réforme réglementaire devant examiner la situation et faire des recommandations. Le rapport a été déposé en mai dernier. On y proposait rien de moins que le démantèlement des coopératives agricoles et la transformation de la JA-Zenchu en un simple groupe de réflexion sur l'agriculture.

Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage… Un vent de critiques s'est tout à coup abattu sur le réseau des coopératives agricoles. On a dit qu'elles vendaient leurs produits trop cher. Qu'elles n'étaient pas compétitives. Que les membres subissaient de la pression pour acheter des produits dont ils n'avaient pas besoin. Que la JA-Zenchu était devenue une organisation existant exclusivement pour elle-même et qu'elle n'écoutait plus les agriculteurs... Difficile de porter un jugement, vu d'ici. Mais il reste que la mauvaise performance du secteur agricole de la JA-Zenchu est une réalité. L'équilibre financier du groupe, ai-je pu lire dans une étude publiée en 2012, est assuré par sa branche d'activités bancaires, qui essuie régulièrement les pertes du secteur agricole.

Quoi qu'il en soit, la réforme proposée est draconienne et présente des enjeux extrêmement importants pour tout le mouvement coopératif. Selon le vice-président du groupe, Mitsuo Murakami, cette réforme permettrait que plus de la moitié des administrateurs des coopératives ne soient pas des membres du groupe coopératif. Elle permettrait également que des sociétés anonymes possèdent des terres agricoles. Murakami estime que cette réforme menacerait l'existence des coopératives agricoles au Japon. Même l'Alliance coopérative internationale (ACI), en la personne de sa présidente, Dame Pauline Green, s'est insurgée : « Cette proposition, a-t-elle déclaré, bafoue les valeurs et les principes coopératifs. »

On dit souvent que le mouvement coopératif mondial est une force économique incroyable, mais un nain lamentable sur le plan politique. C'est pour cela que l'ACI s'est donné l'objectif de prendre davantage sa place sur la scène publique. Et on dirait bien que ça sera plus qu'un vœu pieux. Dame Pauline Green y veille de près. L'ACI s'est mise en branle et a dépêché une délégation au Japon, afin de mieux comprendre l'état des lieux et de tempérer les positions.

Finalement, la proposition gouvernementale a évolué et s'est passablement adoucie. On accepte que la JA-Zenchu entreprenne elle-même sa transformation. Après tout, l'autonomie est un des principes de la coopération et le sens des responsabilités, une de ses valeurs. D'ici cinq ans, donc, la JA-Zenchu amorcera une profonde réorganisation qui la transformera en un groupe coopératif efficace et compétitif, bien centré sur les agriculteurs. Dans un monde en perpétuel changement, il faut toujours se renouveler. Mieux vaut prendre les devants.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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