Photo : Martine Doyon
 
La nature comme maître à penser
Avril 2015

DEPUIS UNE TRENTAINE D'ANNÉES, de fascinantes recherches en biologie végétale ne cessent de bousculer nos croyances à l'égard du monde des plantes. Nous avons peine à intégrer objectivement les résultats surprenants découlant de ces recherches.
Nous tenons le règne animal et l'homme, en particulier, pour tellement supérieurs que nous avons peut-être tardé à nous intéresser aux prodigieux mécanismes issus du monde végétal.
Et pourtant… Pourtant, les plantes se révèlent très sophistiquées. Bien plus qu'on ne l'imagine. On croit maintenant qu'elles peuvent compter sur quelque 700 types de capteurs sensoriels différents. Je me souviens des premiers articles où on a osé parler de communication entre les plantes. Ils avaient fait réagir bon nombre de sceptiques. Depuis, on a démontré clairement que les feuilles de plantes subissant l'attaque de prédateurs pouvaient, en réaction, produire et émettre des composés organiques volatils (COV) toxiques, qui non seulement indisposaient l'ennemi afin de le repousser, mais rejoignaient aussi les capteurs foliaires des plantes voisines, lesquelles, alertées, entreprenaient à leur tour la production de l'arme chimique, avant même d'être attaquées.
Des chercheurs se sont par la suite intéressés à ce qui se passait dans le sol. Tout aussi surprenant. On sait maintenant que les plantes sont bien plus que des individus qui se font concurrence pour la survie du plus fort. Bien au contraire : dans le sol, les plantes forment des communautés de soutien. Par exemple, on a observé que d'intimes connexions entre les racines d'individus de même espèce leur permettent de partager des compétences génétiques différentes, de mieux résister aux vents et aux fortes pluies et d'améliorer leur résilience après un évènement traumatique.

Et cela ne s'arrête pas là. Les communautés peuvent aussi intégrer des espèces différentes. On a observé, dans le sous-sol forestier, un grand réseau de filaments, tel un Internet souterrain, qui permet aux arbres de communiquer par des interfaces formées de minuscules champignons. Grâce à ce réseau de communication, les arbres s'échangent du carbone et de l'azote et, au besoin, des messages d'alerte. Susan Simard, professeure à l'Université de Colombie-Britannique, va même jusqu'à comparer cet incroyable réseau souterrain à un immense cerveau, où radicelles et champignons coopèrent au sein d'un système extrêmement complexe, à la manière dont les axones et neurones agissent dans notre cerveau ! Non, ce n'est pas de la science-fiction.

L'homme, malgré sa formidable machine à penser, ne détient pas le monopole de l'intelligence.

Ce n'est pas par hasard que, depuis toujours, il se tourne intuitivement vers la nature pour s'en inspirer, résoudre ses problèmes et réaliser ses rêves les plus fous. Edgar Morin, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et docteur honoris causa de plusieurs universités dans le monde, l'exprime très clairement : « L'homme ne fait que remettre partiellement en activité une intelligence qui avait déjà organisé et créé les êtres vivants, y compris lui-même : son intelligence redécouvre les inventions, processus, techniques, trouvailles qui, il y a deux milliards d'années, ont déjà constitué l'organisation cellulaire. »

Voilà qui fait réfléchir. La nature regorge d'exemples de coopération intra et interespèces. On l'avait déjà observé dans le règne animal. Les observations du règne végétal viennent encore confirmer la tendance. Certes, la compétition a sa place : une légitime défense s'impose parfois. Mais il semble que c'est davantage par la coopération, l'organisation en réseau et la valorisation du potentiel de chaque composante que se maintient l'équilibre des systèmes. Autrement dit, coopérer… c'est naturel !

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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