Je viens
de faire le tour du Québec
dans le cadre de nos tournées
annuelles. Vous dire que
nos gens – les leaders
du mouvement coopératif
agricole et les jeunes de
la relève –
ont le moral dans les talons
est un euphémisme.
Ils en ont ras le bol de
la vache folle, des tarifs
hydroélectriques,
des taxes foncières,
des bateaux de maïs
américain, du prix
anémique du porc,
alouette!
Vous me connaissez un peu,
la déprime me vient
aisément lorsque
je vous vois malheureux.
Aussi, pour changer d’air,
je vais vous parler des
choses qui vont bien. Car,
croyez-le ou non, même
en ces temps de crise et
de froidure, il y a quand
même matière
à se réconforter
en agriculture.
Tiens, je cite à
tout hasard la productivité
des fermes. Selon Statistique
Canada, ce ratio a fait
un bond prodigieux de 5,6
% cette année! C’est
si bon que ça? É-coeu-rant!
C’est le chiffre le
plus élevé
de l’économie,
tous secteurs confondus.
Normalement, cette productivité
accrue se traduit par une
baisse des coûts de
production et une augmentation
de la richesse. Encore faut-il
que les prix aux producteurs
se maintiennent et que les
taxes, les dettes, l’environnement
et le pétrole ne
viennent pas tout gruger.
Ce qui n’est pas le
cas ces jours-ci, on en
convient. Enfin bref, je
signale ce fait en illustration
du merdier dans lequel nous
serions si la productivité
n’avait pas progressé.
Par ailleurs, l’économie
roule bien, malgré
quelques ratés malheureux.
Les taux d’intérêt
sont bas, l’inflation
somnole et les taux de croissance
ont des allures de rigodon
un peu partout dans le monde.
Les consommateurs semblent
plus heureux : c’est
bon pour les ventes de nos
poitrines de volaille gratinées,
de nos fromages baveux et
de nos charcuteries fines.
En outre, je vous signale
que dans la crise de la
vache folle, les consommateurs
d’ici ne nous ont
pas abandonnés. Contrairement
à ce que l’on
avait observé en
Europe, ils n’ont
pas cédé à
la panique et ils ont continué
d’acheter des rôtis
et des côtelettes
en abondance. Imaginez la
foire, si la situation inverse
s’était produite!
Une autre chose dont je
me réjouis, je l’avoue,
c’est le retour à
des principes de gestion
plus rigoureux au sein des
exploitations agricoles.
La légion de connards
qui conseillent aux producteurs
de financer du quota sur
25 ans, en affirmant que
sa valeur va continuellement
augmenter, n’a plus
tellement la cote chez les
producteurs. Tant mieux.
L’endettement des
fermes, s’il est nécessaire
pour réaliser des
projets passionnants, doit
être lié à
la capacité de remboursement.
Point final.
Au-delà – j’ai
envie de dire au-dessus
– de ces efforts individuels,
on commence à entendre
des choses intéressantes
dans les assemblées.
Ça bougonne un peu,
certes, mais dans l’ensemble,
les gens proposent des solutions
concrètes pour sortir
plus fort de la crise. Des
exemples? Les coopératives
d’approvisionnement
travaillent activement à
optimiser tout le réseau
de meuneries pour diminuer
le coût de la moulée.
La Fédération
des producteurs de lait
examine des scénarios
pour réduire progressivement
le prix des quotas. Des
producteurs de porcs cherchent
à s’associer
à Olymel pour augmenter
leur rapport de force sur
le marché. La Fédérée
examine, de concert avec
la Fédération
des producteurs de cultures
commerciales du Québec,
des façons de réduire
les importations américaines
de maïs. Ajoutons les
négociations de l’OMC
qui ne vont nulle part,
et le portrait est complet.
Là, vous voyez? Les
choses ne vont pas si mal.
La crise actuelle, même
si elle est profonde, va
bien finir par passer. Comme
les autres que nous avons
connues.
C’est Confucius, un
grand philosophe chinois,
qui disait : « Dans
les périodes d’incertitude
et de déprime, vaut
mieux allumer une petite
chandelle que de maudire
l’obscurité!
»