Si cette
citation du poète
québécois
Claude Péloquin vous
scandalise encore, imaginez
ce que c’était
en 1970 lorsque l’artiste
Jordi Bonnet l’a gravé
sur la murale du Grand Théâtre
de Québec, alors
que le béton était
encore frais. À l’époque,
un grand nombre de citoyens
franchement dégoûtés
avaient demandé de
faire disparaître
cet infâme «
graffiti ». En vain
: le « poème
» est encore bien
en évidence sur la
murale principale du plus
illustre bâtiment
de la ville de Québec
consacré aux beaux-arts!
Cette citation décapante,
qui a le mérite de
dire ce qu’elle veut
dire, m’est revenue
en lisant plusieurs rapports
et études américaines
qui constatent la baisse
dramatique du nombre de
« fermes moyennes
» aux États-Unis.
On parle ici d’entreprises
agricoles familiales dont
les ventes annuelles se
situent entre 100 000 $
et 250 000 $ et où
le travail est principalement
fourni par les propriétaires.
Dans l’un de ces rapports,
des chercheurs de l’université
du Wisconsin soulignent
que ces « fermes du
milieu » sont complètement
coincées : elles
sont soit trop grosses pour
le marché de niche,
soit trop petites pour concurrencer
les grandes corporations
agricoles à la Smithfield.
Résultat : la situation
financière des «
fermes du milieu »
ne cesse de se détériorer.
Or, affirment les chercheurs,
si la tendance se maintient,
ces fermes qui génèrent
de grands bénéfices
sociaux et économiques
pour les communautés
rurales vont disparaître
dans moins de 20 ans!
Ce déclin, d’ailleurs,
se voit dans les statistiques.
En Iowa, par exemple, il
y avait trois fois plus
de jeunes agriculteurs que
de vieux en 1982. Aujourd’hui,
c’est exactement l’inverse!
Le secteur agricole américain
vieillit et il vieillit
mal.
Il y a cependant des voix
qui s’élèvent
contre ce phénomène
hallucinant. Willard Cochrane
est l’un de ceux-là.
Lui, c’est le plus
respecté des économistes
agricoles américains,
un vieux sage, professeur
émérite, qui
a déjà conseillé
le président Kennedy.
Il y a quelques années,
il a proposé une
ambitieuse réforme
des politiques agricoles
– un plaidoyer extraordinaire
– pour éviter
que les fermes familiales
disparaissent de la surface
de la planète.
Qu’avait-il suggéré
au juste, ce célèbre
personnage? Deux choses,
entre autres : de faire
intervenir le ministère
de la Justice pour casser
le monopole des grandes
corporations agricoles et,
surtout, de remettre à
chaque ferme familiale,
une subvention annuelle
découplée
de 15 000 à 25 000
$US, afin de leur permettre
de concurrencer les grandes
unités industrielles.
Ce n’est pas beau,
ça?
D’autres chercheurs
sont même allés
plus loin : ne serait-il
pas temps, ont-ils dit,
d’établir des
ententes collectives pour
équilibrer l’offre
et la demande? Une gestion
de l’offre à
l’américaine,
quoi!
En Europe, où la
baisse du nombre de paysans
est aussi dramatique qu’aux
États-Unis, on suggère
à peu près
la même chose pour
juguler l’hémorragie
: des subventions ciblées
et découplées
pour les fermes de petites
dimensions, une gestion
de l’offre dans certains
secteurs sensibles et le
renforcement du secteur
coopératif.
Le secteur coopératif?
Oui, car pour les Européens,
les coopératives
font partie de la solution
: on encourage les producteurs
à détenir
collectivement des actifs
et à contrôler
davantage la chaîne
de valeur, comme les Danois
le font dans le secteur
porcin, c’est-à-dire,
de la semence à l’assiette.
Fini le zigonnage.
Chez nous, drôle de
paradoxe, nous avons tous
ces outils qui pendent dans
le placard – des systèmes
de gestion de l’offre,
des coopératives
d’intrants et de transformation,
des sommes d’argent
non négligeables
versées année
après année
par les gouvernements –
mais, souvent, on les ignore
et on continue toujours
de chercher ailleurs, dans
la pensée magique,
les solutions miracles.
Vraiment, des fois, vous
me découragez...