Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves?
mai-juin 2004
Si cette citation du poète québécois Claude Péloquin vous scandalise encore, imaginez ce que c’était en 1970 lorsque l’artiste Jordi Bonnet l’a gravé sur la murale du Grand Théâtre de Québec, alors que le béton était encore frais. À l’époque, un grand nombre de citoyens franchement dégoûtés avaient demandé de faire disparaître cet infâme « graffiti ». En vain : le « poème » est encore bien en évidence sur la murale principale du plus illustre bâtiment de la ville de Québec consacré aux beaux-arts!

Cette citation décapante, qui a le mérite de dire ce qu’elle veut dire, m’est revenue en lisant plusieurs rapports et études américaines qui constatent la baisse dramatique du nombre de « fermes moyennes » aux États-Unis. On parle ici d’entreprises agricoles familiales dont les ventes annuelles se situent entre 100 000 $ et 250 000 $ et où le travail est principalement fourni par les propriétaires.

Dans l’un de ces rapports, des chercheurs de l’université du Wisconsin soulignent que ces « fermes du milieu » sont complètement coincées : elles sont soit trop grosses pour le marché de niche, soit trop petites pour concurrencer les grandes corporations agricoles à la Smithfield. Résultat : la situation financière des « fermes du milieu » ne cesse de se détériorer. Or, affirment les chercheurs, si la tendance se maintient, ces fermes qui génèrent de grands bénéfices sociaux et économiques pour les communautés rurales vont disparaître dans moins de 20 ans!

Ce déclin, d’ailleurs, se voit dans les statistiques. En Iowa, par exemple, il y avait trois fois plus de jeunes agriculteurs que de vieux en 1982. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse! Le secteur agricole américain vieillit et il vieillit mal.

Il y a cependant des voix qui s’élèvent contre ce phénomène hallucinant. Willard Cochrane est l’un de ceux-là. Lui, c’est le plus respecté des économistes agricoles américains, un vieux sage, professeur émérite, qui a déjà conseillé le président Kennedy. Il y a quelques années, il a proposé une ambitieuse réforme des politiques agricoles – un plaidoyer extraordinaire – pour éviter que les fermes familiales disparaissent de la surface de la planète.

Qu’avait-il suggéré au juste, ce célèbre personnage? Deux choses, entre autres : de faire intervenir le ministère de la Justice pour casser le monopole des grandes corporations agricoles et, surtout, de remettre à chaque ferme familiale, une subvention annuelle découplée de 15 000 à 25 000 $US, afin de leur permettre de concurrencer les grandes unités industrielles. Ce n’est pas beau, ça?

D’autres chercheurs sont même allés plus loin : ne serait-il pas temps, ont-ils dit, d’établir des ententes collectives pour équilibrer l’offre et la demande? Une gestion de l’offre à l’américaine, quoi!

En Europe, où la baisse du nombre de paysans est aussi dramatique qu’aux États-Unis, on suggère à peu près la même chose pour juguler l’hémorragie : des subventions ciblées et découplées pour les fermes de petites dimensions, une gestion de l’offre dans certains secteurs sensibles et le renforcement du secteur coopératif.

Le secteur coopératif? Oui, car pour les Européens, les coopératives font partie de la solution : on encourage les producteurs à détenir collectivement des actifs et à contrôler davantage la chaîne de valeur, comme les Danois le font dans le secteur porcin, c’est-à-dire, de la semence à l’assiette. Fini le zigonnage.

Chez nous, drôle de paradoxe, nous avons tous ces outils qui pendent dans le placard – des systèmes de gestion de l’offre, des coopératives d’intrants et de transformation, des sommes d’argent non négligeables versées année après année par les gouvernements – mais, souvent, on les ignore et on continue toujours de chercher ailleurs, dans la pensée magique, les solutions miracles.

Vraiment, des fois, vous me découragez...
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
Courriel : claude.lafleur@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 383-7027
 



Retour



Copyright © 2006 La Coop fédérée | Tous droits réservés