Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Un « rotteux » avec ça?
novembre-décembre 2004
Nous sommes de plus en plus épais. Pas dans le sens du mot stupide – bien que parfois, lorsque je vois des émissions comme La vie rurale, j’en doute – mais dans le sens du mot embonpoint. Un embonpoint grandissant, qui se manifeste par de petits riens : la multiplication des vêtements pour « personnes fortes », les sièges de cinéma ou d’aréna qui se font plus larges, la taille standard des cercueils qui augmente.

Les statistiques donnent mal au coeur : un Américain sur trois est obèse. Les Canadiens, les Européens et même les Asiatiques y viennent aussi, progressivement. Un phénomène planétaire qui se répand insidieusement. Certains parlent d’une pandémie mondiale, d’une sorte de « globésité » morbide qui détruit la qualité de vie, qui hausse le taux de mortalité et qui gruge des ressources déjà trop rares des systèmes de santé. Pour la première fois de l’histoire humaine, il y a plus de gens dans le monde qui souffrent de suralimentation que de faim.

C’est David Landes, un économiste, qui a déjà écrit qu’il existe trois types de pays sur la planète : ceux, nombreux, dont les habitants s’inquiètent du prochain repas, ceux dont les habitants mangent pour vivre, et les autres, les pays industrialisés, où des hordes de Michèle Richard dépensent des sommes astronomiques pour perdre du poids!

Le phénomène de l’obésité prend de l’ampleur (!) et on cherche des coupables. Sans surprise, l’industrie agroalimentaire est pointée du doigt : trop de sucre, trop de sel, trop de gras, trop de toutes sortes de cochonneries. La chaîne McDonald se débat comme un diable dans l’eau bénite depuis que certains avocats, spécialisés dans la lutte contre les cigarettiers, sont sur l’affaire. Il y a des milliards de dollars en jeu.

La plupart des études, cependant, identifient une multitude de causes. Des facteurs génétiques, sociologiques, culturels, bien sûr, mais aussi et surtout des comportements déséquilibrés et troublants. Prenez un papier et un crayon et faites le calcul : d’une part, une consommation d’énergie toujours en hausse – grosse poutine, Big Mac, pizza, chips, double portion – de l’autre, une dépense d’énergie toujours en baisse – ascenseur, automobile, télécommande, ordinateur. Le résultat est facile à deviner : en 30 ans, la consommation moyenne de calories est passée de 2 080 à 2 347! Ce phénomène, à lui seul, explique l’augmentation des tours de taille que l’on observe aux États-unis.

Interpellés, les pouvoirs publics commencent à s’emparer de la question. On étudie toutes sortes de projets : programme d’éducation pour les jeunes familles, amélioration de l’étiquetage, taxe spéciale sur la malbouffe, interdiction de frites et de Pepsi dans les cafétérias d’écoles, obligation pour les grandes entreprises de faire de la publicité négative (que diriez-vous d’une photo d’un beau jeune homme avec une grosse bedaine rebondissante sur chaque sac de chips?).

J’avoue mon grand malaise avec une intervention massive du gouvernement en matière d’alimentation. On ne parle pas ici de contrôle de salubrité – qui a pour but d’empêcher les gens de se faire empoisonner – mais de changement de comportement qui reste une affaire très délicate.

Il est vrai que la consommation de cigarettes a baissé parce que l’État y a joué un grand rôle. Même chose pour la consommation d’alcool. Mais où s’arrête-t-on? Que fait-on avec la responsabilité individuelle? Va-t-on bientôt exiger l’obligation de jeûner une fois par semaine? De se brosser les dents trois fois par jour?

Ne riez pas!

La ligne de démarcation entre un gouvernement à la Ponce Pilate – qui s’en lave les mains – et un autre à la Big Brother – qui s’occupe de TOUT – est bien mince. Chaque fois, il faut se demander si le bénéfice collectif est vraiment supérieur à la perte d’autonomie et de libertés individuelles. En cette matière, ce n’est jamais blanc ou noir.

Cela dit, pour en revenir à nos poignées d’amour, la recette est connue : consommez mieux, consommez moins et faites un peu plus d’exercice. Le seul hic, auprès du consommateur-roi d’aujourd’hui, c’est que cette formule demande beaucoup d’effort, ce qui n’est pas très vendable.

Tout compte fait, attendez-vous à voir le gouvernement débarquer dans votre salle à manger.
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
Courriel : claude.lafleur@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 383-7027
 



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