Nous
sommes de plus en plus épais.
Pas dans le sens du mot
stupide – bien que
parfois, lorsque je vois
des émissions comme
La vie rurale, j’en
doute – mais dans
le sens du mot embonpoint.
Un embonpoint grandissant,
qui se manifeste par de
petits riens : la multiplication
des vêtements pour
« personnes fortes
», les sièges
de cinéma ou d’aréna
qui se font plus larges,
la taille standard des cercueils
qui augmente.
Les statistiques donnent
mal au coeur : un Américain
sur trois est obèse.
Les Canadiens, les Européens
et même les Asiatiques
y viennent aussi, progressivement.
Un phénomène
planétaire qui se
répand insidieusement.
Certains parlent d’une
pandémie mondiale,
d’une sorte de «
globésité
» morbide qui détruit
la qualité de vie,
qui hausse le taux de mortalité
et qui gruge des ressources
déjà trop
rares des systèmes
de santé. Pour la
première fois de
l’histoire humaine,
il y a plus de gens dans
le monde qui souffrent de
suralimentation que de faim.
C’est David Landes,
un économiste, qui
a déjà écrit
qu’il existe trois
types de pays sur la planète
: ceux, nombreux, dont les
habitants s’inquiètent
du prochain repas, ceux
dont les habitants mangent
pour vivre, et les autres,
les pays industrialisés,
où des hordes de
Michèle Richard dépensent
des sommes astronomiques
pour perdre du poids!
Le phénomène
de l’obésité
prend de l’ampleur
(!) et on cherche des coupables.
Sans surprise, l’industrie
agroalimentaire est pointée
du doigt : trop de sucre,
trop de sel, trop de gras,
trop de toutes sortes de
cochonneries. La chaîne
McDonald se débat
comme un diable dans l’eau
bénite depuis que
certains avocats, spécialisés
dans la lutte contre les
cigarettiers, sont sur l’affaire.
Il y a des milliards de
dollars en jeu.
La plupart des études,
cependant, identifient une
multitude de causes. Des
facteurs génétiques,
sociologiques, culturels,
bien sûr, mais aussi
et surtout des comportements
déséquilibrés
et troublants. Prenez un
papier et un crayon et faites
le calcul : d’une
part, une consommation d’énergie
toujours en hausse –
grosse poutine, Big Mac,
pizza, chips, double portion
– de l’autre,
une dépense d’énergie
toujours en baisse –
ascenseur, automobile, télécommande,
ordinateur. Le résultat
est facile à deviner
: en 30 ans, la consommation
moyenne de calories est
passée de 2 080 à
2 347! Ce phénomène,
à lui seul, explique
l’augmentation des
tours de taille que l’on
observe aux États-unis.
Interpellés, les
pouvoirs publics commencent
à s’emparer
de la question. On étudie
toutes sortes de projets
: programme d’éducation
pour les jeunes familles,
amélioration de l’étiquetage,
taxe spéciale sur
la malbouffe, interdiction
de frites et de Pepsi dans
les cafétérias
d’écoles, obligation
pour les grandes entreprises
de faire de la publicité
négative (que diriez-vous
d’une photo d’un
beau jeune homme avec une
grosse bedaine rebondissante
sur chaque sac de chips?).
J’avoue mon grand
malaise avec une intervention
massive du gouvernement
en matière d’alimentation.
On ne parle pas ici de contrôle
de salubrité –
qui a pour but d’empêcher
les gens de se faire empoisonner
– mais de changement
de comportement qui reste
une affaire très
délicate.
Il est vrai que la consommation
de cigarettes a baissé
parce que l’État
y a joué un grand
rôle. Même chose
pour la consommation d’alcool.
Mais où s’arrête-t-on?
Que fait-on avec la responsabilité
individuelle? Va-t-on bientôt
exiger l’obligation
de jeûner une fois
par semaine? De se brosser
les dents trois fois par
jour?
Ne riez pas!
La ligne de démarcation
entre un gouvernement à
la Ponce Pilate –
qui s’en lave les
mains – et un autre
à la Big Brother
– qui s’occupe
de TOUT – est bien
mince. Chaque fois, il faut
se demander si le bénéfice
collectif est vraiment supérieur
à la perte d’autonomie
et de libertés individuelles.
En cette matière,
ce n’est jamais blanc
ou noir.
Cela dit, pour en revenir
à nos poignées
d’amour, la recette
est connue : consommez mieux,
consommez moins et faites
un peu plus d’exercice.
Le seul hic, auprès
du consommateur-roi d’aujourd’hui,
c’est que cette formule
demande beaucoup d’effort,
ce qui n’est pas très
vendable.
Tout compte fait, attendez-vous
à voir le gouvernement
débarquer dans votre
salle à manger.