Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Propos de paysan
janvier 2005
Du temps de la présidence de Roméo, l’Union paysanne m’énarvait. Dans ma tête, chaque fois qu’il parlait, c’était pesé, classé, fini. La démagogie, les dérapages et les grands coups de gueule, très peu pour moi. Aujourd’hui, c’est plus nuancé. Les dirigeants actuels, Maxime Laplante, le nouveau président, et Benoit Girouard, le secrétaire général, sont d’une autre mouture. J’avoue tout de go que j’ai un faible pour les militants, les intellectuels, les engagés. Je les trouve courageux d’aller à contre-courant.

Alors, de temps en temps, par curiosité aussi bien que par soif d’inspiration, je jette un coup d’œil sur leurs communiqués. Peut-être voient-ils des choses que, le nez écrasé sur la vitre, je ne vois pas? Hélas, à chaque lecture, les bras me tombent de découragement.
C’est le ton qui me fatigue. Vous allez me dire, bof! c’est pas important, c’est le contenu qui compte. Justement pas. L’autre jour, par exemple, s’adressant au journaliste Michel Vastel, qui a osé appuyer la cause des agriculteurs victimes de la crise de la vache folle, Maxime Laplante lui reprochait de mal comprendre la réalité de l’agriculture québécoise.

« Est-il malsain, écrivait-il, de vouloir réimplanter (comme le préconise l’Union paysanne) la transformation et la mise en marché locales au lieu de tout orienter vers l’exportation ». Tout orienter vers l’exportation? Ben voyons donc, Maxime, de quoi parlez-vous? La plus importante de nos productions agricoles, le secteur laitier, a abandonné depuis longtemps toute ambition à l’exportation. Même chose pour la volaille, et les œufs. Le bœuf, l’agneau, les céréales, le maïs, les fruits et les légumes sont dans les mêmes dispositions, à quelques nuances près. On parle ici des trois-quarts de notre production totale, c’est quand même beaucoup.

Reste la production porcine, résolument engagée sur les marchés internationaux. Mais l’exportation dans ce secteur n’est pas un phénomène récent, c’est une réalité depuis 35 ans!

Tout à l’exportation? Depuis plusieurs années, au contraire, les petites fromageries artisanales et locales se multiplient. La coopérative de l’Isle-aux-Grues, avec son Mi-carême et son fameux Riopelle, est en train de redonner espoir et fierté aux habitants de l’île. Pendant ce temps, l’agneau de Charlevoix, le cidre de glace, les produits biologiques gagnent du terrain. Cette grande diversité est quand même étonnante dans un pays où les bonnes terres sont rares et l’hiver si cruel!

Plus loin dans son papier, M. Laplante se plaint du manque d’équité dans l’attribution des subventions agricoles. À la manière de Robin des Bois, il propose de cesser de donner des subventions aux plus gros pour les remettre aux plus petits. Il y a là un débat éthique valable, en effet. Régime universel ou régime ciblé? Enfin, s’il faut faire des choix, qui décide? Sur quels critères? Mais à mon avis, au-delà de ce débat polémique, l’idée n’est pas tant de distribuer les subventions autrement, c’est d’être capable de s’en passer! Je l’ai bien aimé cet agriculteur l’autre jour, à Wendover, qui affirmait à la télévision ne pas vouloir aspirer à devenir les Bougon de la société québécoise.

Enfin, conclut-il d’une manière prévisible, tout ça, c’est la faute au monopole de l’UPA. Cette notion, bien ancrée au sein de l’Union paysanne, relève de l’obsession maladive. Pourtant, tous les chiffres nord-américains – sur le taux de relève, les revenus nets, la capacité de payer les dettes, le nombre d’agriculteurs à temps plein, la taille familiale des fermes – pointent le Québec comme champion toute catégorie. En quoi le monopole est-il si dévastateur? Où est le scandale d’être unique et fort dans un monde où les acheteurs et les fournisseurs sont de plus en plus puissants?

Je suis épouvantable, Maxime, je sais, mais je vais dire quelque chose de déplaisant que vous n’aimerez pas. Dans toute organisation militante, ce n’est pas l’importance du nombre qui compte, c’est la crédibilité et la force du discours. Et à ce chapitre, honnêtement, les agriculteurs du Québec (et votre jeune organisation) méritent mieux que vos discours effrontés qui confinent à la niaiserie.
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
Courriel : claude.lafleur@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 383-7027
 



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