Du temps
de la présidence
de Roméo, l’Union
paysanne m’énarvait.
Dans ma tête, chaque
fois qu’il parlait,
c’était pesé,
classé, fini. La
démagogie, les dérapages
et les grands coups de gueule,
très peu pour moi.
Aujourd’hui, c’est
plus nuancé. Les
dirigeants actuels, Maxime
Laplante, le nouveau président,
et Benoit Girouard, le secrétaire
général, sont
d’une autre mouture.
J’avoue tout de go
que j’ai un faible
pour les militants, les
intellectuels, les engagés.
Je les trouve courageux
d’aller à contre-courant.
Alors, de temps en temps,
par curiosité aussi
bien que par soif d’inspiration,
je jette un coup d’œil
sur leurs communiqués.
Peut-être voient-ils
des choses que, le nez écrasé
sur la vitre, je ne vois
pas? Hélas, à
chaque lecture, les bras
me tombent de découragement.
C’est le ton qui me
fatigue. Vous allez me dire,
bof! c’est pas important,
c’est le contenu qui
compte. Justement pas. L’autre
jour, par exemple, s’adressant
au journaliste Michel Vastel,
qui a osé appuyer
la cause des agriculteurs
victimes de la crise de
la vache folle, Maxime Laplante
lui reprochait de mal comprendre
la réalité
de l’agriculture québécoise.
« Est-il malsain,
écrivait-il, de vouloir
réimplanter (comme
le préconise l’Union
paysanne) la transformation
et la mise en marché
locales au lieu de tout
orienter vers l’exportation
». Tout orienter vers
l’exportation? Ben
voyons donc, Maxime, de
quoi parlez-vous? La plus
importante de nos productions
agricoles, le secteur laitier,
a abandonné depuis
longtemps toute ambition
à l’exportation.
Même chose pour la
volaille, et les œufs.
Le bœuf, l’agneau,
les céréales,
le maïs, les fruits
et les légumes sont
dans les mêmes dispositions,
à quelques nuances
près. On parle ici
des trois-quarts de notre
production totale, c’est
quand même beaucoup.
Reste la production porcine,
résolument engagée
sur les marchés internationaux.
Mais l’exportation
dans ce secteur n’est
pas un phénomène
récent, c’est
une réalité
depuis 35 ans!
Tout à l’exportation?
Depuis plusieurs années,
au contraire, les petites
fromageries artisanales
et locales se multiplient.
La coopérative de
l’Isle-aux-Grues,
avec son Mi-carême
et son fameux Riopelle,
est en train de redonner
espoir et fierté
aux habitants de l’île.
Pendant ce temps, l’agneau
de Charlevoix, le cidre
de glace, les produits biologiques
gagnent du terrain. Cette
grande diversité
est quand même étonnante
dans un pays où les
bonnes terres sont rares
et l’hiver si cruel!
Plus loin dans son papier,
M. Laplante se plaint du
manque d’équité
dans l’attribution
des subventions agricoles.
À la manière
de Robin des Bois, il propose
de cesser de donner des
subventions aux plus gros
pour les remettre aux plus
petits. Il y a là
un débat éthique
valable, en effet. Régime
universel ou régime
ciblé? Enfin, s’il
faut faire des choix, qui
décide? Sur quels
critères? Mais à
mon avis, au-delà
de ce débat polémique,
l’idée n’est
pas tant de distribuer les
subventions autrement, c’est
d’être capable
de s’en passer! Je
l’ai bien aimé
cet agriculteur l’autre
jour, à Wendover,
qui affirmait à la
télévision
ne pas vouloir aspirer à
devenir les Bougon de la
société québécoise.
Enfin, conclut-il d’une
manière prévisible,
tout ça, c’est
la faute au monopole de
l’UPA. Cette notion,
bien ancrée au sein
de l’Union paysanne,
relève de l’obsession
maladive. Pourtant, tous
les chiffres nord-américains
– sur le taux de relève,
les revenus nets, la capacité
de payer les dettes, le
nombre d’agriculteurs
à temps plein, la
taille familiale des fermes
– pointent le Québec
comme champion toute catégorie.
En quoi le monopole est-il
si dévastateur? Où
est le scandale d’être
unique et fort dans un monde
où les acheteurs
et les fournisseurs sont
de plus en plus puissants?
Je suis épouvantable,
Maxime, je sais, mais je
vais dire quelque chose
de déplaisant que
vous n’aimerez pas.
Dans toute organisation
militante, ce n’est
pas l’importance du
nombre qui compte, c’est
la crédibilité
et la force du discours.
Et à ce chapitre,
honnêtement, les agriculteurs
du Québec (et votre
jeune organisation) méritent
mieux que vos discours effrontés
qui confinent à la
niaiserie.