Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Tête chercheuse
février 2005
Je viens de finir La gestion de l’offre dans le secteur laitier, un mode de régulation toujours pertinent, une étude de Daniel-Mercier Gouin, professeur à l’Université Laval. C’est vraiment très bon. Le titre dit tout du sujet – un mode de régulation toujours pertinent – mais rien du style, qui n’est pas américain du tout.

Il est complètement français, le style, comme Daniel-Mercier Gouin. Du haut de ses 6 pieds qui n’en finissent plus, ce petit-fils de deux premiers ministres québécois (il est de la lignée d’Honoré Mercier et de Lomer Gouin, ce qui explique le trait d’union, la particule aristocratique, qui unit dans son nom le Daniel au Mercier), ce fils de bonne famille, donc, revient d’une année d’étude à Paris avec du matériel qui n’est pas piqué des vers. J’aime bien cette façon qu’il a de dominer son sujet avec un rien d’insolence. Très français, vous dis-je, comme style.

Alors, quoi de neuf dans son papier? Trois choses. Il répond d’abord à la question qui chiffonne bien des consommateurs depuis longtemps : est-ce que le monopole des producteurs laitiers les exploite honteusement? La réponse est non. Avec quelques tableaux éclairants pour illustrer la chose, le professeur affirme que c’est en Nouvelle-Zélande et en Australie – pays de la liberté de produire et du libre marché - que les prix aux consommateurs ont le plus augmenté depuis 20 ans! Et comme de raison, c’est dans les trois pays où il y a de la gestion de l’offre – Canada, France, Pays-Bas – que les prix à la consommation ont le moins augmenté depuis 20 ans!

Un peu plus loin dans son étude, M. Gouin confirme sobrement ce que nous savions depuis longtemps : les producteurs laitiers canadiens, comparés aux autres dans le monde, obtiennent de meilleurs prix et surtout, des revenus plus stables, ce qui est l’objectif de toute bonne politique laitière.

Enfin, le professeur compare les sommes d’argent consacrées par différents pays au soutien de leur secteur laitier. Le nôtre, le plus beau pays du monde, dépense-t-il trop? Pantoute! Non seulement les revenus des producteurs canadiens sont les mieux protégés, mais le Canada est l’un des pays où la contribution financière du gouvernement est la plus faible. De quoi guérir certaines têtes-de-vaches de leur bouton sur le nez.

Après une telle démonstration, ça me laisse quoi à vous raconter? Pas grand-chose. Mais dans cette mer de joyeuses nouvelles, j’ai quand même envie de semer un doute, un tout petit crabe dans votre tête. Ce n’est pas parce que la poule est belle et en santé qu’elle pondra toujours de beaux gros œufs.

Car il y a beaucoup de renards qui rôdent autour du poulailler. La mode dans nos sociétés occidentales est à la déréglementation et à la mondialisation. Quelques pas-d’allure, comme l’Institut économique de Montréal, multiplient les efforts pour discréditer le système canadien, au nom de la libre concurrence et des consommateurs abusés. Ils sont dangereux et influents.

L’OMC, aussi, pourrait gâcher la sauce. Elle n’a pas dit son dernier mot dans son projet d’ouvrir davantage les marchés au commerce international. Les dernières nouvelles de Genève ne sont pas rassurantes. Les tarifs qui protègent nos frontières sont toujours à risque.

Et il y a la question du prix des quotas, justement soulevé par Robert Fournier, l’analyste de Solidarité rurale. Il a raison, le mec. Je sais qu’il vous a tapé sur les nerfs avec cette histoire, mais la question se pose : est-ce bien raisonnable cette valeur des quotas qui se nourrit d’endettement massif? À tout investir dans du papier, et peu dans les nouvelles technologies, notre compétitivité future risque d’en souffrir terriblement.

Mais j’arrête là. Je ne veux pas gâcher votre plaisir : pour une fois qu’un universitaire de haut niveau appuie votre cause, profitez-en, ils ne sont pas nombreux.
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
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Télécopieur : (514) 383-7027
 



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