Je viens
de finir La gestion de l’offre
dans le secteur laitier,
un mode de régulation
toujours pertinent, une
étude de Daniel-Mercier
Gouin, professeur à
l’Université
Laval. C’est vraiment
très bon. Le titre
dit tout du sujet –
un mode de régulation
toujours pertinent –
mais rien du style, qui
n’est pas américain
du tout.
Il est complètement
français, le style,
comme Daniel-Mercier Gouin.
Du haut de ses 6 pieds qui
n’en finissent plus,
ce petit-fils de deux premiers
ministres québécois
(il est de la lignée
d’Honoré Mercier
et de Lomer Gouin, ce qui
explique le trait d’union,
la particule aristocratique,
qui unit dans son nom le
Daniel au Mercier), ce fils
de bonne famille, donc,
revient d’une année
d’étude à
Paris avec du matériel
qui n’est pas piqué
des vers. J’aime bien
cette façon qu’il
a de dominer son sujet avec
un rien d’insolence.
Très français,
vous dis-je, comme style.
Alors, quoi de neuf dans
son papier? Trois choses.
Il répond d’abord
à la question qui
chiffonne bien des consommateurs
depuis longtemps : est-ce
que le monopole des producteurs
laitiers les exploite honteusement?
La réponse est non.
Avec quelques tableaux éclairants
pour illustrer la chose,
le professeur affirme que
c’est en Nouvelle-Zélande
et en Australie –
pays de la liberté
de produire et du libre
marché - que les
prix aux consommateurs ont
le plus augmenté
depuis 20 ans! Et comme
de raison, c’est dans
les trois pays où
il y a de la gestion de
l’offre – Canada,
France, Pays-Bas –
que les prix à la
consommation ont le moins
augmenté depuis 20
ans!
Un peu plus loin dans son
étude, M. Gouin confirme
sobrement ce que nous savions
depuis longtemps : les producteurs
laitiers canadiens, comparés
aux autres dans le monde,
obtiennent de meilleurs
prix et surtout, des revenus
plus stables, ce qui est
l’objectif de toute
bonne politique laitière.
Enfin, le professeur compare
les sommes d’argent
consacrées par différents
pays au soutien de leur
secteur laitier. Le nôtre,
le plus beau pays du monde,
dépense-t-il trop?
Pantoute! Non seulement
les revenus des producteurs
canadiens sont les mieux
protégés,
mais le Canada est l’un
des pays où la contribution
financière du gouvernement
est la plus faible. De quoi
guérir certaines
têtes-de-vaches de
leur bouton sur le nez.
Après une telle démonstration,
ça me laisse quoi
à vous raconter?
Pas grand-chose. Mais dans
cette mer de joyeuses nouvelles,
j’ai quand même
envie de semer un doute,
un tout petit crabe dans
votre tête. Ce n’est
pas parce que la poule est
belle et en santé
qu’elle pondra toujours
de beaux gros œufs.
Car il y a beaucoup de renards
qui rôdent autour
du poulailler. La mode dans
nos sociétés
occidentales est à
la déréglementation
et à la mondialisation.
Quelques pas-d’allure,
comme l’Institut économique
de Montréal, multiplient
les efforts pour discréditer
le système canadien,
au nom de la libre concurrence
et des consommateurs abusés.
Ils sont dangereux et influents.
L’OMC, aussi, pourrait
gâcher la sauce. Elle
n’a pas dit son dernier
mot dans son projet d’ouvrir
davantage les marchés
au commerce international.
Les dernières nouvelles
de Genève ne sont
pas rassurantes. Les tarifs
qui protègent nos
frontières sont toujours
à risque.
Et il y a la question du
prix des quotas, justement
soulevé par Robert
Fournier, l’analyste
de Solidarité rurale.
Il a raison, le mec. Je
sais qu’il vous a
tapé sur les nerfs
avec cette histoire, mais
la question se pose : est-ce
bien raisonnable cette valeur
des quotas qui se nourrit
d’endettement massif?
À tout investir dans
du papier, et peu dans les
nouvelles technologies,
notre compétitivité
future risque d’en
souffrir terriblement.
Mais j’arrête
là. Je ne veux pas
gâcher votre plaisir
: pour une fois qu’un
universitaire de haut niveau
appuie votre cause, profitez-en,
ils ne sont pas nombreux.