Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Une énergie dans l’air du temps
mars 2005
Patrick, le rédacteur en chef du magazine, m’a appelé et m’a dit : « Pis, ta chronique, penses-tu être capable de me la remettre demain? » Demain! Misère, je viens à peine de sortir d’une assemblée annuelle crevante et voilà que je dois me gratter la tête pour pondre un papier qui a de l’allure.

Bon, avec le peu de temps qu’il me reste avant l’heure de tombée, ça exclut immédiatement tous les sujets de controverse qui demandent quelques vérifications. Donc, pas question de parler de l’Union paysanne, ni de la valeur des quotas, encore moins de l’abattoir Colbex. Il y aurait peut-être le nouveau ministre, M. Yvon Vallières, dont on dit beaucoup de bien et qui ferait sûrement un bon sujet, mais il vient tout juste d’arriver, le pauvre, et il n’a pas encore reçu son cercueil de l’UPA.

Devant tant de contraintes, et plutôt que d’écrire n’importe quoi, je vais vous parler d’un sujet dont tout le monde parle et qui risque de faire couler beaucoup d’encre au cours des prochaines années : l’énergie éolienne.

Hydro-Québec, qui a longtemps résisté à cette mode verte, vient tout juste de signer des accords définitifs avec deux compagnies pour la construction de huit parcs d’éoliennes dans la péninsule de Gaspé. Les deux entreprises en question sont la Cartier Wind Energy, une compagnie de Calgary, et la Northland Power, une autre compagnie canadienne.

Pour tout vous dire, cette signature me chagrine. D’abord, elle confirme la stratégie de développement de notre grande société d’État qui est de faire affaire avec des promoteurs extérieurs plutôt qu’avec des entrepreneurs locaux. C’est épouvantable, car au-delà des redevances négociées, les profits générés par les turbines sortiront de la région pour trouver refuge dans les bas de laine des actionnaires urbains. Comme dans le secteur forestier.

Cette signature confirme aussi que les propriétaires de lots situés dans les corridors de vent – des agriculteurs et des forestiers pour la plupart – ne seront que des acteurs passifs de tout ce développement. Les municipalités, elles non plus, n’auront pas grand-chose à dire. Les décisions, pour la plupart, seront imposées de l’extérieur.

Ce type de développement, qui favorise la colonisation d’une région plutôt que la concertation, est malsain. Attendez-vous à du mécontentement, Monsieur Caillé. Les citoyens risquent de virer leur capot de bord. Vous allez voir : aux effets bénéfiques d’une énergie renouvelable et d’une production moindre de gaz à effet de serre, on opposera la laideur des grandes éoliennes – comparable aux affreuses lignes à haute tension qui défigurent des sites remarquables au Québec – leur bruit harassant de ron-ron-petit-patapon, 24 heures par jour, qui s’accentue par grand vent, l’envahissement des fils et des pylônes nécessaires pour les raccorder au réseau principal et la dévaluation des propriétés qui ont le malheur d’être à proximité.

Pourtant, il y a moyen de faire autrement. L’exemple du Danemark – encore lui – est aussi révélateur que singulier. Plus de 20 pourcent de l’énergie consommée par les 5,3 millions de Danois ont été produits par les quelque 5 400 éoliennes qui se dressent dans les campagnes et au large du littoral de ce petit pays. Le plus extraordinaire, c’est que 80% de ces machines appartiennent à des agriculteurs ou à des coopératives! En effet, ce sont les citoyens du royaume qui, grâce à un généreux programme d’aides aux investissements privés, ont dès les années 1970 constitué le gros des propriétaires d’éoliennes. Aujourd’hui, plus de 150 000 familles danoises sont propriétaires ou détiennent des parts dans ces coopératives. Ça aide quand les prix du porc et des céréales sont déprimés.

Heureusement, il y a des gens au Québec qui se battent pour faire les choses autrement. L’ingénieur Louis Drainville en est un. Il est le président d’une petite corporation dans le Bas-du-Fleuve qui milite en faveur d’une gestion intégrée de cette nouvelle source d’énergie. Sa mission? Redonner le contrôle aux régions et favoriser la création d’entreprises régionales (coopératives notamment) de production électrique à partir du vent.

Mais les gens d’Hydro-Québec ont la tête dure et le portefeuille lourd. Le combat sera difficile. Mais, à ce qu’on me dit, Louis, qui est le frère de François Drainville (président d’Agrivert, coopérative agricole régionale) et donc neveu de l’illustre Monseigneur du même nom, a la tête aussi dure. C’est dans la famille, me dit-on, c’est génétique. Tant mieux pour nous.
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
Courriel : claude.lafleur@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 383-7027
 



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