Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Précis de négociations
septembre 2005
Dans un récent communiqué, envoyé à 56 journaux mais repris par deux hebdos de village, mon bon ami Roméo m’a traité d’hypocrite et de sournois. Il exprimait sa dissidence contre une de mes opinions dans le dossier porcin. Vous pensez que cela m’empêche de dormir? Pas du tout. Moi aussi je rêve d’une retraite isolée où, de ma galerie, pantoufles aux pieds et tue-mouches à la main, je pourrai réinventer le monde. Allez, mon vieux, on fait la paix…

Cela dit, j’ai une furieuse envie de vous parler de l’OMC aujourd’hui. Car, voyez-vous, si les choses ne bougent pas vite à Genève – les négociations sont présentement au neutre – la perspective d’un échec cet automne va ramener tout ce beau monde à la table. Et, encore une fois, l’agriculture (et la gestion de l’offre) sera au coeur de la tourmente.

Je vais prendre l’exemple du lait pour illustrer mon propos, bien que le même raisonnement s’applique à la volaille et aux oeufs. Suivez-moi bien. À la fin des présentes négociations, au mois de décembre prochain, il y a trois scénarios possibles. Le premier, idéal, déboucherait sur une augmentation des tarifs. Pourquoi idéal? Parce que cette protection accrue permettrait d’augmenter les prix du lait au même rythme que les coûts de production. Mais personne ne croit vraiment à cette option. Ce n’est même pas dans l’agenda des négociateurs. Rappelez-vous : l’OMC ne recule jamais. Elle avance inexorablement, même à petits pas, et toujours dans le sens d’une plus grande libéralisation du commerce.

Le deuxième scénario, assez plausible, se termine par une impossibilité de s’entendre à Hong Kong. C’est l’échec. Bonne nouvelle? Oui, bien sûr, car les tarifs ne baisseraient pas. Mais il y aurait quand même un petit problème. Même avec ce tarif stable, les produits étrangers pourraient finir par traverser la frontière si l’une des trois conditions suivantes se réalisait : le dollar canadien continue de s’apprécier (les produits étrangers deviennent ainsi moins coûteux), le prix international des produits laitiers chute brutalement (actuellement, il se situe autour de 40 $/hl à cause d’une sécheresse en Nouvelle-Zélande, mais c’est temporaire, comme on le sait) et, enfin, le prix de nos propres produits continue d’augmenter (ce qui nous rend moins compétitif face aux produits étrangers).

Sous ce scénario, donc, si l’on veut éviter l’envahissement, il faudra modérer sensiblement nos ambitions quant aux augmentations de prix. Ce n’est pas grave à court terme – il y a tout de même une petite marge de manoeuvre – mais sur une longue période, ça va le devenir. C’est malheureux.

Le troisième scénario est plus corsé. Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait pas s’il y aura entente au mois de décembre. Mais on se doute bien qu’un compromis « de dernière minute » ne nous mettrait pas à l’abri d’une baisse des tarifs ou d’une diminution de nos quotas laitiers au profit de l’importation étrangère. Ce ne serait pas dramatique – ce n’est jamais brutal à l’OMC – mais tout de même, cette réduction de quotas combinée à une diminution des tarifs rendrait notre système moins généreux. Vous voyez la tendance d’ici 5 ou 10 ans?

C’est ici que le Canada doit négocier ferme et se battre courageusement. Car l’objectif n’est pas tant de « sauver » la gestion de l’offre – on y arrivera sans doute – mais d’éviter une lente érosion de sa capacité à bien rémunérer les producteurs. Le Canada en est capable. Il l’a fait brillamment pour les produits culturels en négociant une clause d’exception à l’OMC. Entre culture et agriculture, il n’y a qu’un petit préfixe de différence.

D’où l’importance d’appuyer le travail du groupe des GO5 qui continue de faire pression sur nos politiciens et nos négociateurs et qui verra cet automne à sensibiliser la population sur la gestion de l’offre. C’est une belle opération, cette histoire-là. Un grand rassemblement est d’ailleurs prévu à Montréal à la fin d’octobre avec le soutien de centaines d’intervenants. J’en fais partie. Il me fera grand plaisir de vous saluer.
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
Courriel : claude.lafleur@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 383-7027
 



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