Dans
un récent communiqué,
envoyé à 56
journaux mais repris par
deux hebdos de village,
mon bon ami Roméo
m’a traité
d’hypocrite et de
sournois. Il exprimait sa
dissidence contre une de
mes opinions dans le dossier
porcin. Vous pensez que
cela m’empêche
de dormir? Pas du tout.
Moi aussi je rêve
d’une retraite isolée
où, de ma galerie,
pantoufles aux pieds et
tue-mouches à la
main, je pourrai réinventer
le monde. Allez, mon vieux,
on fait la paix…
Cela dit, j’ai une
furieuse envie de vous parler
de l’OMC aujourd’hui.
Car, voyez-vous, si les
choses ne bougent pas vite
à Genève –
les négociations
sont présentement
au neutre – la perspective
d’un échec
cet automne va ramener tout
ce beau monde à la
table. Et, encore une fois,
l’agriculture (et
la gestion de l’offre)
sera au coeur de la tourmente.
Je vais prendre l’exemple
du lait pour illustrer mon
propos, bien que le même
raisonnement s’applique
à la volaille et
aux oeufs. Suivez-moi bien.
À la fin des présentes
négociations, au
mois de décembre
prochain, il y a trois scénarios
possibles. Le premier, idéal,
déboucherait sur
une augmentation des tarifs.
Pourquoi idéal? Parce
que cette protection accrue
permettrait d’augmenter
les prix du lait au même
rythme que les coûts
de production. Mais personne
ne croit vraiment à
cette option. Ce n’est
même pas dans l’agenda
des négociateurs.
Rappelez-vous : l’OMC
ne recule jamais. Elle avance
inexorablement, même
à petits pas, et
toujours dans le sens d’une
plus grande libéralisation
du commerce.
Le deuxième scénario,
assez plausible, se termine
par une impossibilité
de s’entendre à
Hong Kong. C’est l’échec.
Bonne nouvelle? Oui, bien
sûr, car les tarifs
ne baisseraient pas. Mais
il y aurait quand même
un petit problème.
Même avec ce tarif
stable, les produits étrangers
pourraient finir par traverser
la frontière si l’une
des trois conditions suivantes
se réalisait : le
dollar canadien continue
de s’apprécier
(les produits étrangers
deviennent ainsi moins coûteux),
le prix international des
produits laitiers chute
brutalement (actuellement,
il se situe autour de 40
$/hl à cause d’une
sécheresse en Nouvelle-Zélande,
mais c’est temporaire,
comme on le sait) et, enfin,
le prix de nos propres produits
continue d’augmenter
(ce qui nous rend moins
compétitif face aux
produits étrangers).
Sous ce scénario,
donc, si l’on veut
éviter l’envahissement,
il faudra modérer
sensiblement nos ambitions
quant aux augmentations
de prix. Ce n’est
pas grave à court
terme – il y a tout
de même une petite
marge de manoeuvre –
mais sur une longue période,
ça va le devenir.
C’est malheureux.
Le troisième scénario
est plus corsé. Au
moment d’écrire
ces lignes, on ne sait pas
s’il y aura entente
au mois de décembre.
Mais on se doute bien qu’un
compromis « de dernière
minute » ne nous mettrait
pas à l’abri
d’une baisse des tarifs
ou d’une diminution
de nos quotas laitiers au
profit de l’importation
étrangère.
Ce ne serait pas dramatique
– ce n’est jamais
brutal à l’OMC
– mais tout de même,
cette réduction de
quotas combinée à
une diminution des tarifs
rendrait notre système
moins généreux.
Vous voyez la tendance d’ici
5 ou 10 ans?
C’est ici que le Canada
doit négocier ferme
et se battre courageusement.
Car l’objectif n’est
pas tant de « sauver
» la gestion de l’offre
– on y arrivera sans
doute – mais d’éviter
une lente érosion
de sa capacité à
bien rémunérer
les producteurs. Le Canada
en est capable. Il l’a
fait brillamment pour les
produits culturels en négociant
une clause d’exception
à l’OMC. Entre
culture et agriculture,
il n’y a qu’un
petit préfixe de
différence.
D’où l’importance
d’appuyer le travail
du groupe des GO5 qui continue
de faire pression sur nos
politiciens et nos négociateurs
et qui verra cet automne
à sensibiliser la
population sur la gestion
de l’offre. C’est
une belle opération,
cette histoire-là.
Un grand rassemblement est
d’ailleurs prévu
à Montréal
à la fin d’octobre
avec le soutien de centaines
d’intervenants. J’en
fais partie. Il me fera
grand plaisir de vous saluer.