Pis,
de quoi tu vas parler ce
mois-ci?
Des ouragans, tiens! De
toutes ces Katrina et autres
Rita qui massacrent les
côtes américaines
du Golf du Mexique et qui
poussent les prix du pétrole
vers des sommets inhabituels.
Cette flambée des
cours du brut – temporaire,
comme on le verra –
a mis au jour quelque chose
d’inquiétant
: la vulnérabilité
de notre complexe agro-alimentaire.
Si la bouffe est abondante
et diversifiée –
plus de 20 000 produits
sont aujourd’hui disponibles
dans les supermarchés
–, c’est parce
que le pétrole coûte
peu. Bref, il y a dans la
relation pétrole-nourriture
un copinage mortifiant.
Je lisais dans une Terre
de chez nous récente
que la hausse du prix des
carburants pénaliserait
les producteurs du Québec
de 60 millions $. C’est
épouvantable, en
effet, mais ce n’est
que la partie visible. Car
sur une ferme, carburants
et électricité
ne représentent que
40 % des coûts énergétiques.
L’autre partie se
retrouve intégrée
dans le coût de différents
intrants, comme les pesticides,
les pellicules plastiques
et les engrais. Avez-vous
déjà imaginé
la quantité phénoménale
d’énergie qui
est nécessaire pour
extraire, transformer et
transporter de la potasse
ou du phosphate de pays
aussi lointains que la Chine,
la Russie, les États-Unis
et même de l’Ouest
canadien ?
Mais ce n’est pas
tout. Dans un système
alimentaire moderne comme
le nôtre, l’énergie
utilisée à
la ferme ne représente
que 20 % de la facture énergique
totale! C’est la pointe
de l’asperge, comme
disait l’autre. L’autre
80 % sert à transporter,
à transformer, à
emballer, à vendre,
à réfrigérer
et à préparer
la nourriture à la
maison. Et plus les produits
sont sophistiqués,
préemballés,
jazzés, jaune fluo,
suremballés, congelés,
plus la facture d’énergie
est salée. Le pétrole,
c’est le talon d’Achille
de notre système
alimentaire.
Dès lors, trois tendances
s’imposent lorsque
l’énergie devient
dispendieuse : les consommateurs,
moins fortunés, se
rabattent davantage sur
les produits de base : steak,
blé d’Inde,
patate; l’agriculture
de proximité devient
plus attrayante (transporter
des kiwis sur 12 000 km
devient nettement plus coûteux
que de mettre en compote
nos bonnes vieilles pommes
piquées) et la gestion
de ferme et la logistique
de la filière deviennent
plus serrées.
En chinois, le pictogramme
du mot crise comporte deux
volets : d’un côté,
la catastrophe, de l’autre,
l’opportunité.
À toute crise, donc,
il y a des opportunités!
Ce qui n’avait pas
de sens il y a six mois
devient cool aujourd’hui.
Le métier d’agriculteur,
par exemple, est appelé
à évoluer.
Il ne leur suffira plus
de nourrir le monde, il
leur faudra aussi le réchauffer.
Traditionnellement, ils
le faisaient avec du bois
de chauffage, ils le feront
maintenant avec du biodiésel,
de l’éthanol,
des résidus valorisés
et même du vent!
Mais ho, du calme! On n’est
pas encore rendu là.
Notre expert en résidence
chez Sonic croit que la
situation actuelle des prix
aériens du pétrole
est temporaire et que ces
derniers devraient baisser
progressivement au cours
des prochains mois, particulièrement
au cours du premier semestre
2006. Il est rassurant,
monsieur Dupont.
Je vous dis quand même
que, dans une perspective
d’avenir, il est bien
de garder en tête
que la production d’énergie
à la ferme de même
que les programmes de conservation
deviendront incontournables.
On le verra dans les méthodes
de culture moins énergivores,
dans la construction de
bâtiments plus solaires,
dans la production d’éthanol,
dans l’achat de machinerie
plus olé olé
et dans la construction
d’éoliennes
à grandes pales…
Mais je dis ça comme
ça, ne vous sentez
obligés de rien.