Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
L’agriculture au temps des ouragans
octobre 2005
Pis, de quoi tu vas parler ce mois-ci?

Des ouragans, tiens! De toutes ces Katrina et autres Rita qui massacrent les côtes américaines du Golf du Mexique et qui poussent les prix du pétrole vers des sommets inhabituels. Cette flambée des cours du brut – temporaire, comme on le verra – a mis au jour quelque chose d’inquiétant : la vulnérabilité de notre complexe agro-alimentaire. Si la bouffe est abondante et diversifiée – plus de 20 000 produits sont aujourd’hui disponibles dans les supermarchés –, c’est parce que le pétrole coûte peu. Bref, il y a dans la relation pétrole-nourriture un copinage mortifiant.

Je lisais dans une Terre de chez nous récente que la hausse du prix des carburants pénaliserait les producteurs du Québec de 60 millions $. C’est épouvantable, en effet, mais ce n’est que la partie visible. Car sur une ferme, carburants et électricité ne représentent que 40 % des coûts énergétiques. L’autre partie se retrouve intégrée dans le coût de différents intrants, comme les pesticides, les pellicules plastiques et les engrais. Avez-vous déjà imaginé la quantité phénoménale d’énergie qui est nécessaire pour extraire, transformer et transporter de la potasse ou du phosphate de pays aussi lointains que la Chine, la Russie, les États-Unis et même de l’Ouest canadien ?

Mais ce n’est pas tout. Dans un système alimentaire moderne comme le nôtre, l’énergie utilisée à la ferme ne représente que 20 % de la facture énergique totale! C’est la pointe de l’asperge, comme disait l’autre. L’autre 80 % sert à transporter, à transformer, à emballer, à vendre, à réfrigérer et à préparer la nourriture à la maison. Et plus les produits sont sophistiqués, préemballés, jazzés, jaune fluo, suremballés, congelés, plus la facture d’énergie est salée. Le pétrole, c’est le talon d’Achille de notre système alimentaire.

Dès lors, trois tendances s’imposent lorsque l’énergie devient dispendieuse : les consommateurs, moins fortunés, se rabattent davantage sur les produits de base : steak, blé d’Inde, patate; l’agriculture de proximité devient plus attrayante (transporter des kiwis sur 12 000 km devient nettement plus coûteux que de mettre en compote nos bonnes vieilles pommes piquées) et la gestion de ferme et la logistique de la filière deviennent plus serrées.

En chinois, le pictogramme du mot crise comporte deux volets : d’un côté, la catastrophe, de l’autre, l’opportunité. À toute crise, donc, il y a des opportunités! Ce qui n’avait pas de sens il y a six mois devient cool aujourd’hui. Le métier d’agriculteur, par exemple, est appelé à évoluer. Il ne leur suffira plus de nourrir le monde, il leur faudra aussi le réchauffer. Traditionnellement, ils le faisaient avec du bois de chauffage, ils le feront maintenant avec du biodiésel, de l’éthanol, des résidus valorisés et même du vent!

Mais ho, du calme! On n’est pas encore rendu là. Notre expert en résidence chez Sonic croit que la situation actuelle des prix aériens du pétrole est temporaire et que ces derniers devraient baisser progressivement au cours des prochains mois, particulièrement au cours du premier semestre 2006. Il est rassurant, monsieur Dupont.

Je vous dis quand même que, dans une perspective d’avenir, il est bien de garder en tête que la production d’énergie à la ferme de même que les programmes de conservation deviendront incontournables. On le verra dans les méthodes de culture moins énergivores, dans la construction de bâtiments plus solaires, dans la production d’éthanol, dans l’achat de machinerie plus olé olé et dans la construction d’éoliennes à grandes pales…

Mais je dis ça comme ça, ne vous sentez obligés de rien.
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
Courriel : claude.lafleur@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 383-7027
 



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