Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Chronique littéraire
novembre-décembre 2005
C'est pas pour m’excuser, mais je deviens franchement pleurnichard quand je circule sur les routes de campagne, l’automne, à la brunante, et que j’aperçois vos lumières de batteuses au loin, ou vos étables bien éclairées, le long des rangs. Je ressens toujours beaucoup de fierté et d’émotion à observer la beauté du pays, à imaginer la félicité de ses habitants et à apprécier la sérénité du moment.

Dans ces moments-là, j’entreprends avec vous un discours intérieur. Nous sommes là, vous et moi, comme de la vieille parenté, à chercher du sens et à se parler de tout et de rien : de la prochaine récolte qui s’affiche moyenne, de l’endettement qui pèse lourd, des négociations de l’OMC à Hong Kong, où va se décider le sort de notre agriculture, des voisins qui pensent à vendre leur quota, de cette autre énervée dans le Haut-Richelieu qui terrorise les producteurs de porc, d’André Boisclair, ce jeune politicien un peu fendant, prochain chef du Parti Québécois, qui n’entend rien à l’agriculture mais qui la trouve bien commode dans son rôle de repoussoir.

Je l’ai repris, ce discours intérieur, avec vous, quand j’ai lu le dernier livre d’André Beaudoin, La grosse ferme d’à coté. Cette fois-ci, c’est vous qui me parliez : de vos misères, bien sûr, mais aussi de la splendeur de votre métier.

Il ne gagnera pas de prix littéraire, ce livre-là, car ce n’est pas un roman d’action – aucune vache n’y est tirée à bout portant – ni un conte pour tous – il n’y a pas de Virginie qui trompe son mari avec un autre. C’est plutôt un beau récit et une série de tableaux sur la vie quotidienne d’une famille d’agriculteurs. En le lisant, vous penserez souvent à la solitude et à la santé des territoires et, immobile à votre fenêtre, vous vous demanderez…

À tout hasard, je vous en cite un extrait :

Martin [le père] s’était mis en tête de faire son ensilage en deux jours seulement. Avec l’équipement dont il disposait, il faudrait donc faire trois journées de travail en deux. Il demanda à Alexandre [son jeune fils] de l’aider, un soir après l’école.

La journée avait été longue. Il était temps de rentrer. Les deux tracteurs firent demi-tour en faisant une grande boucle au bout du champ. De face, on aurait dit quatre pupilles de lumière dans un manteau de noirceur couvrant chaleureusement cette parcelle d’existence.

À l’intérieur des cabines, il y avait ce soir-là deux êtres illuminés par un nouvel éclairage, heureux de se retrouver ensemble, à cet instant précis. Martin était profondément bouleversé par le sentiment qui l’habitait…

Arrivés dans la cour, les lumières s’éteignirent. D’abord celles des tracteurs, puis celles de la maison et, pour finir, celles du père et du fils, aussi...

Ce texte prétend au sublime tant il exprime cette fierté universelle de voir un fils, une fille, s’intéresser à l’exploitation familiale. Il est aussi lourd de sens, parce qu’il pourrait aussi bien décrire la fin d’une journée ordinaire que la fin d’une époque…

Pour des raisons professionnelles, je devrai m’absenter de cette chronique pour quelques mois. J’y reviendrai sans doute au début de l’été prochain, le temps de finir mes « labours » et mes « semences ». Pendant ce temps, d’autres, plus jeunes, plus fous, prendront la relève pour faire avec vous un Tour d’horizon!
 

Claude Lafleur, agr.
Chef de la direction
La Coop fédérée
Courriel : claude.lafleur@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 383-7027
 



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