Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Made in China
février 2006
En prenant le vol de Montréal pour Vancouver, j’anticipais déjà à quel point celui de Vancouver-Hong Kong allait être long et difficile. Quinze heures, en suspension dans les airs, quel défi technologique.

Mais ce que j’appréhendais le plus finalement, c’était l’autre vol, celui de la « OMC Airline ». Le vol de la dernière chance, disaient les analystes. Celui pour lequel on nous proposait de prendre un billet, sans possibilité de retour, sans masque d’oxygène, sans bouée de sauvetage ni même de plan d’atterrissage en cas de catastrophe. Un vol au-dessus des nuages, sans aucune vision possible sur la terre, avec à son bord, du personnel qui tente de regarder l’agriculture de haut. Il y avait de quoi craindre l’attitude.

Sur place, une première observation m’interpella. Partout, on voit poindre des édifices en construction. Que des gratte-ciel. Pour chacun, une immense grue, installée au pied de l’immeuble. Tout autour, pousse jusqu’au dernier étage, un échafaudage fait uniquement de bambou. Chaque bâtisse a l’air de s’en remettre candidement à ce bois noble. Cinquante, soixante, cent étages attachés à la modernité par le lien de la tradition, voilà une image qui a de quoi surprendre.

À cette vue, je n’ai pu m’empêcher de penser que les Chinois n’ont pas eu peur d’oser leur différence. Ils ont fait fi des normes de construction établies ailleurs dans le monde, pour maintenir une façon de faire qui a fait ses preuves. Le bambou fait partie de la réussite d’une des économies les plus vigoureuses du monde.

C’est donc sur une de ces pattes en bambou, qui enjambait le trottoir, que j’ai appuyé la suite de ma réflexion. Je me suis dit que notre agriculture pouvait continuer de s’inscrire dans la modernité tout en protégeant son bambou. Elle repose sur des outils collectifs qui l’ont si bien entourée dans son évolution. Depuis plus de quatre-vingts ans, le syndicalisme et le monde coopératif permettent à chaque agriculteur de bâtir une agriculture à la hauteur de ses aspirations. Cette façon de faire chantier est peut-être archaïque aux yeux de certains mais, pourtant, le résultat est franchement moderne.

Alors, au nom de quoi devrions-nous échafauder notre agriculture autrement? Au nom d’un commerce qui, jusqu’à présent, a permis d’accroître les exportations tout en diminuant les revenus des producteurs? Au nom d’une plus grande compétitivité qui a davantage concentré la richesse plutôt que diminué les prix à la consommation? Au nom d’une circulation tous azimuts de produits, accompagnée de la multiplication des risques phytosanitaires?

En fait, je crois que ce que l’OMC s’apprêtait à nous voler, c’est notre souveraineté. Ce droit des Nations à décider de leur avenir. Et c’est à ce titre que la souveraineté alimentaire rejoint de plus en plus de monde. Soutenue par les Africains et des organisations non gouvernementales, elle a été marginalisée, pour ne pas dire ridiculisée pendant plusieurs années. Comment peut-on être moderne lorsque l’on est à contre-courant, nous disait-on? La réponse est dans le bambou. Il est possible de s’inscrire dans la modernité sans renier ses fondements, lorsqu’ils ont fait leurs preuves.

La souveraineté alimentaire n’empêche pas le commerce et les échanges mondiaux. Elle soutient la volonté de chaque pays à produire à la hauteur, soit de ses besoins, soit de sa capacité ou, encore, de sa volonté. Sur la base de ces principes, les règles du commerce international seraient inversées, car l’ouverture des frontières reposerait sur l’insuffisance plutôt que sur la concurrence. L’OMC pourrait alors jouer le rôle pour lequel elle a été créée, soit de s’assurer que les règles du commerce mondial sont respectées par tous les pays membres.

J’ai repris la direction de l’hôtel, plus convaincu que jamais qu’il fallait empêcher la « OMC Airline » de voler, pour ne pas dire errer, plus longtemps. Convaincu aussi que notre modernité repose sur la capacité de nos organisations à travailler ensemble à la production du bambou nécessaire pour supporter notre agriculture.

Chemin faisant, j’ai vu, à la porte d’un restaurant, une boîte portant l’étiquette Olymel. Et comme dirait l’autre, « c’est vraiment vrai ».
 

André Beaudoin
 



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