Voilà
bientôt 23 ans que
j’ai quitté
la verte prairie de mon
enfance. Une prairie située
dans la région de
L’Assomption. Et plus
précisément
dans le rang (au nom très
poétique) du Point-du-Jour-Sud.
Même si nous n’étions
pas des cultivateurs, mes
terrains de jeux privilégiés
étaient les granges
et les champs de nos voisins.
Que j’en ai passé
du temps à côtoyer
les vaches, moutons, poules,
oies, cailles, faisans…
alouette! J’ai même
participé aux travaux
de la ferme : faire les
foins (juste à y
penser, j’éternue
encore), aider à
faire le train, nourrir
les volailles, les moutons.
Attraper les petits agneaux.
Si petits, mais si rapides.
Bref, j’ai suffisamment
goûté le travail
de la ferme, pour savoir
que je ne voulais pas faire
ça dans la vie. D'abord,
ma fièvre des foins
ne me le permettait pas,
ni la quantité de
muscles qui composait mon
corps à cette époque
(quoique encore aujourd’hui…).
Et à part de ça,
c’est ben trop d’ouvrage,
travailler sur une terre!
Mais même si j’ai
embrassé une autre
profession, j’ai quand
même développé,
à ce moment-là,
une très grande admiration,
et surtout une très
grande reconnaissance pour
tous ceux et celles qui,
tous les jours de l’année,
du petit matin jusqu’à
souvent tard le soir, travaillent,
et travaillent très
fort, pour amener sur ma
table (mais pas seulement
la mienne) tous ces produits
qui font que manger est
un plaisir.
Un jour, il a bien fallu
quitter cette verte prairie
pour aller étudier.
Donc, adieu veaux, vaches,
cochons. Je vous quitte
et je ne sais quand je vous
reverrai.
Mais voilà que mon
métier me ramène
à nouveau sur le
plancher des vaches, car
depuis bientôt deux
ans, j’anime l’émission
Par-dessus le marché.
Et lors des premières
journées de tournage
où je me suis retrouvé
à marcher dans un
champ entouré de
vaches, je n’en revenais
pas à quel point
tout ça m’était
familier. À quel
point, même si je
n’avais pour ainsi
dire plus eu de contact
avec le monde agricole,
je n’avais rien oublié.
J’étais là
avec l’équipe
de tournage et j’avais
à nouveau sept ans.
Le bonheur!
Même si cet univers
m’était resté
familier, l’émission
m’a permis de constater
à quel point l’agriculture
a fait un pas de géant
depuis 20 ans.
À quel point elle
est entrée de plein
fouet dans la modernité.
Autant par les progrès
technologiques que par les
enjeux de notre nouveau
siècle. Car même
si elle s’est dotée
de nouveaux outils dignes
de « 2001, l’odyssée
de l’espace »,
elle fait face à
des enjeux et des réalités
qui peuvent la fragiliser
: mondialisation, dégradation
de l’environnement,
changements climatiques,
coûts d’équipements
et de productions de plus
en plus élevés.
Sans oublier une population
qui augmente et qui devient
de plus en plus exigeante,
mais qui, bien sûr,
veut payer le plus bas prix
possible. Heureusement qu’il
reste des braves qui ne
se découragent pas
et qui continuent de travailler
très fort (car ça,
ça n’a pas
changé) pour nous
nourrir.
Sachez que vous avez encore
toute mon admiration et
ma reconnaissance. Et nous,
la gang de Par-dessus le
marché, on travaille
très fort aussi à
mettre en valeur et à
faire connaître votre
travail, votre passion.
Le public a le droit d’être
exigeant. Mais il doit connaître
les implications de ses
exigences. Et il doit renouer
lui aussi avec sa verte
prairie. Car dans un passé
pas si lointain, nous étions
à peu près
tous fils ou petit-fils
d’agriculteur. Mais
nos vies folles et rapides
nous ont fait perdre contact
avec la nature. Avec notre
nature. On oublie, ou plutôt,
on ignore tout le travail
qui se cache derrière
une simple tomate. Et dans
ce temps-là, c’est
plus facile d’être
exigeant. Tout ça
pour dire que je souhaite
qu’un contact se refasse
entre les agriculteurs et
la population. Car c’est
tous ensemble que nous trouverons
des solutions pour faire
face aux enjeux de demain,
et d’aujourd’hui.
Et garder en santé
et rayonnant, un fleuron
de notre histoire et de
notre économie, que
j’ai nommé
: notre agriculture.