Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
L’essentiel retour aux sources
mars 2006
Voilà bientôt 23 ans que j’ai quitté la verte prairie de mon enfance. Une prairie située dans la région de L’Assomption. Et plus précisément dans le rang (au nom très poétique) du Point-du-Jour-Sud. Même si nous n’étions pas des cultivateurs, mes terrains de jeux privilégiés étaient les granges et les champs de nos voisins. Que j’en ai passé du temps à côtoyer les vaches, moutons, poules, oies, cailles, faisans… alouette! J’ai même participé aux travaux de la ferme : faire les foins (juste à y penser, j’éternue encore), aider à faire le train, nourrir les volailles, les moutons. Attraper les petits agneaux. Si petits, mais si rapides. Bref, j’ai suffisamment goûté le travail de la ferme, pour savoir que je ne voulais pas faire ça dans la vie. D'abord, ma fièvre des foins ne me le permettait pas, ni la quantité de muscles qui composait mon corps à cette époque (quoique encore aujourd’hui…). Et à part de ça, c’est ben trop d’ouvrage, travailler sur une terre! Mais même si j’ai embrassé une autre profession, j’ai quand même développé, à ce moment-là, une très grande admiration, et surtout une très grande reconnaissance pour tous ceux et celles qui, tous les jours de l’année, du petit matin jusqu’à souvent tard le soir, travaillent, et travaillent très fort, pour amener sur ma table (mais pas seulement la mienne) tous ces produits qui font que manger est un plaisir.

Un jour, il a bien fallu quitter cette verte prairie pour aller étudier. Donc, adieu veaux, vaches, cochons. Je vous quitte et je ne sais quand je vous reverrai.

Mais voilà que mon métier me ramène à nouveau sur le plancher des vaches, car depuis bientôt deux ans, j’anime l’émission Par-dessus le marché.

Et lors des premières journées de tournage où je me suis retrouvé à marcher dans un champ entouré de vaches, je n’en revenais pas à quel point tout ça m’était familier. À quel point, même si je n’avais pour ainsi dire plus eu de contact avec le monde agricole, je n’avais rien oublié. J’étais là avec l’équipe de tournage et j’avais à nouveau sept ans. Le bonheur!

Même si cet univers m’était resté familier, l’émission m’a permis de constater à quel point l’agriculture a fait un pas de géant depuis 20 ans.

À quel point elle est entrée de plein fouet dans la modernité. Autant par les progrès technologiques que par les enjeux de notre nouveau siècle. Car même si elle s’est dotée de nouveaux outils dignes de « 2001, l’odyssée de l’espace », elle fait face à des enjeux et des réalités qui peuvent la fragiliser : mondialisation, dégradation de l’environnement, changements climatiques, coûts d’équipements et de productions de plus en plus élevés. Sans oublier une population qui augmente et qui devient de plus en plus exigeante, mais qui, bien sûr, veut payer le plus bas prix possible. Heureusement qu’il reste des braves qui ne se découragent pas et qui continuent de travailler très fort (car ça, ça n’a pas changé) pour nous nourrir.

Sachez que vous avez encore toute mon admiration et ma reconnaissance. Et nous, la gang de Par-dessus le marché, on travaille très fort aussi à mettre en valeur et à faire connaître votre travail, votre passion. Le public a le droit d’être exigeant. Mais il doit connaître les implications de ses exigences. Et il doit renouer lui aussi avec sa verte prairie. Car dans un passé pas si lointain, nous étions à peu près tous fils ou petit-fils d’agriculteur. Mais nos vies folles et rapides nous ont fait perdre contact avec la nature. Avec notre nature. On oublie, ou plutôt, on ignore tout le travail qui se cache derrière une simple tomate. Et dans ce temps-là, c’est plus facile d’être exigeant. Tout ça pour dire que je souhaite qu’un contact se refasse entre les agriculteurs et la population. Car c’est tous ensemble que nous trouverons des solutions pour faire face aux enjeux de demain, et d’aujourd’hui. Et garder en santé et rayonnant, un fleuron de notre histoire et de notre économie, que j’ai nommé : notre agriculture.
 

Martin Drainville
 



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