Dans
les pays les moins développés,
environ 80 % de la population
travaille en agriculture.
Aujourd’hui, encore
près de la moitié
des personnes actives sur
la planète le sont
dans ce secteur. En Amérique
du Nord, région exportatrice
de nourriture, l’agriculture
occupe moins de deux pour
cent de la population. On
a calculé qu’aux
États-Unis, une personne
active en agriculture en
nourrit 125 autres. Ces
données illustrent
la croissance de la productivité
du travail qui a été
rendu possible par l’application
de la science et de la technologie
en agriculture.
Dans le rapport de l’an
2000, l’Organisation
des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO)
présente une rétrospective
de l’évolution
de l’agriculture au
cours des 50 années
précédentes.
Pour illustrer la croissance
de la productivité
du travail, il y est fait
mention qu’une personne,
à l’époque
de l’agriculture manuelle,
pouvait produire une tonne
de céréales
par année, en 1950,
trente tonnes et en 2000,
500 tonnes. Une évolution
similaire est intervenue
dans les autres secteurs
de l’agriculture et
de l’élevage.
Ces gains de productivité
ont été rendus
possibles grâce à
une longue évolution
des pratiques agricoles
survenues depuis la naissance
de l’agriculture il
y a 10 000 ans. Si cette
évolution a été
ininterrompue, elle s’est
considérablement
accélérée
à l’époque
contemporaine. Le travail
agricole, exclusivement
manuel à l’origine,
a été en partie
remplacé par la traction
animale et ensuite par la
traction mécanique.
Les outils se sont incroyablement
perfectionnés depuis
la faucille jusqu'à
la moissonneuse-batteuse
pour ne citer que cet exemple.
La sélection des
plantes et des animaux,
pratiquée sur une
base d’essai et d’erreur
à l’origine,
a fait un bond gigantesque
avec les découvertes
des lois fondamentales de
la génétique
par le grand botaniste Mendel.
De même, il a fallu
des millénaires de
pratiques de l’agriculture
avant de découvrir
que les plantes, pour croître,
tiraient des substances
du sol qu’il fallait
lui restituer si on voulait
maintenir sa fertilité.
La spécialisation
du travail, qui se concrétise
à travers la spécialisation
des exploitations, est un
autre facteur primordial
de l’accroissement
de sa productivité.
À partir du moment
où l’agriculture
a commencé à
écouler ses produits
sur des marchés,
les agriculteurs ont dû,
pour survivre et dans certains
cas prospérer, être
continuellement à
l’affût des
dernières découvertes
technologiques s’appliquant
à leur production.
Par expérience, ils
se rendirent vite compte
que celui qui utilisait
une technologie moins productive
ne pourrait survivre à
long terme et que celui
qui l’introduisait
avant les autres bénéficiait,
durant un certain temps,
de son avance technologique
par des profits accrus.
Par contre, à mesure
qu’une nouvelle technologie
se diffuse au sein du secteur,
le prix reçu s’ajuste
en conséquence, c’est-à-dire
qu’il baisse en proportion
de la baisse du coût
de production. C’est
ainsi que le prix réel
des produits agricoles a
diminué au cours
du dernier demi-siècle
en dépit de la demande
incroyablement accrue de
nourriture provoquée
par l’augmentation
de quatre milliards de la
population mondiale au cours
des 55 dernières
années.
Plusieurs personnes condamnent
l’agriculture des
pays développés
en la qualifiant de productiviste.
Cette étiquette attribue
à cette agriculture
le défaut de n’avoir
de préoccupations
que pour la productivité
en oubliant ses impacts
environnementaux. Ce type
de critique méconnaît
le fait que des agricultures
préindustrielles,
encore pratiquées
aujourd’hui sur une
vaste échelle dans
le monde, sont infiniment
plus dommageables à
l’environnement que
l’agriculture moderne.
Mentionnons, à titre
d’exemple, celle qui
brûle un boisé,
y cultive quatre ou cinq
ans, jusqu’à
épuisement du sol
qui ne reçoit aucune
fertilisation, pour aller
ensuite recommencer ailleurs.
Par contraste, les technologies
de l’agriculture moderne
ne contribuent pas seulement
à accroître
la productivité du
sol et du travail, mais
également à
protéger l’environnement.
La productivité de
l’agriculture moderne
rend également la
nourriture plus accessible
aux plus démunis.
Pour ces raisons, elle ne
sera pas, heureusement,
remplacée par une
agriculture moins productive.