Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Arrêt sur l’image
Janvier 2007
Vous savez sans doute que si vous êtes un citoyen qui encourage le bio, qui pratique le commerce équitable et qui soutient l’achat local, vous êtes du bon bord. Je veux dire du bord des personnes éthiques, responsables, conscientes de la nécessité de protéger les ressources de la planète, en n’utilisant pas de pesticides, en bannissant les OGM de l’alimentation, en respectant les cycles naturels des animaux, quitte à payer un peu plus cher s’il le faut. Et chose non négligeable, vous avez aussi la sympathie de tout le Plateau- Mont-Royal.

Saviez-vous aussi que le mois dernier, la revue The Economist, tirée à plus d’un million d’exemplaires, a jeté un méchant pavé dans la mare de cette certitude tranquille. Dans un éditorial très affirmé, avec peu de nuances, le magazine d’origine britannique prétend que la consommation de produits éthiques est plus dommageable pour la planète que celle des produits traditionnels!

Hein, pardon?
J’ai découpé ce texte. Si jamais on m’invite à Tout le monde en parle avec des écologistes portant chemise de coton biologique et bonnet péruvien, j’aurai des arguments pour me défendre.

Je résume donc les propos du magazine1. Jusqu’au début des années 60, écrit l’auteur, la forêt n’a cessé de reculer au profit de l’agriculture. Tendance alarmante, s’il en est une, mais que voulez-vous, il faut bien nourrir cette population humaine toujours plus nombreuse. Heureusement, l’utilisation de la technologie et l’application massive d’engrais chimique ont triplé la production sans pour autant augmenter sensiblement la superficie cultivée. L’éditorialiste soutient donc qu’un retour massif à la production biologique n’est pas souhaitable pour la planète puisque la remise en culture de millions d’hectares mettrait en péril les dernières forêts. Vous suivez le raisonnement?

L’auteur s’attaque ensuite au fameux – et populaire – concept du commerce équitable. L’idée est géniale : il s’agit d’échapper aux doigts crochus des multinationales en achetant directement des producteurs. Alors, qu’est-ce qui ne va pas là-dedans? Tout, affirme l’auteur. Cette idée relève d’un calcul digne d’un frère économe. Bien sûr, écrit-il, certains producteurs en profitent, mais c’est trop peu. La masse des paysans, soit 98 %, reste en plan. En outre, ce système donne aux riches consommateurs une fausse impression de générosité parce que dans les pays riches, c’est le commerçant qui fricote et qui en bout de ligne reçoit la grosse part du gâteau, pas le pauvre producteur.

Bon, y a-t-il autre chose qui ne va pas? Oui, conclut l’auteur, on se trompe lorsqu’on affirme que l’agriculture de proximité et l’achat local sont LA solution. Comment ça? Il est connu qu’un aliment voyage en moyenne 2500 km avant d’arriver sur la table des consommateurs. Si on favorise l’agriculture de proximité, on va réduire le transport, donc l’émission de gaz à effet de serre, non? Pas du tout, corrige The Economist. S’appuyant sur une étude scientifique, l’auteur affirme que l’achat local exige plus de déplacements qu’un voyage par semaine au supermarché. À grande échelle, le commerce local est plus consommateur d’énergie que la distribution traditionnelle. Wow!

Robert LaPalme, un vieil ami de 85 ans, m’a dit un jour qu’il avait complètement cessé de croire à l’église et à la religion. Toutefois, voyant venir la fin, il avait pris ses dispositions pour fait venir un prêtre. Pourquoi? « Au cas où, me disait-il, je ne veux pas prendre pas de chance! »

J’aime bien The Economist : il fait réfléchir, pose des bonnes questions, avance des opinions qui valent bien celles proposées par les altermondialistes et les granolas. Mais où est la vérité?

Je ne sais pas.
Mais je ne prendrai pas de chance. Je veux dire que je vais continuer à imaginer que l’agriculture d’ici – majoritairement familiale et traditionnelle – ne tombe jamais dans les excès de l’agriculture américaine et qu’elle continue, dans les limites de sa capacité à faire vivre son monde, de s’inspirer des principes de la production biologique, du commerce équitable et de l’achat local.
 

Claude Lafleur
 



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