Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Le grand bouleversement
Février 2007
Le prix du maïs a augmenté de 70 % depuis l’été dernier. Je ne veux pas me vanter, mais au printemps dernier, je l’avais prédit. Bien plus : dans une conversation banale autour d’un verre d’eau, je l’avais même dit au directeur général de Profid’Or qui, lui, l’a répété aux membres de son conseil d’administration qui, eux, l’ont répété à leurs vétérinaires et leurs camionneurs qui, eux, l’ont colporté Dieu sait où. Bref, si le marché du maïs était resté autour de 100 $ la tonne, j’étais bon pour le goudron et les plumes. Ça m’apprendra à me prendre pour Jojo Savard…

Je reprends. Le prix du maïs a augmenté de 70 % depuis l’été dernier. Et tout ça, c’est la faute à Bush. Car pour des raisons de sécurité nationale, il veut réduire la dépendance de son pays envers le pétrole importé. Et comme les Américains ne font jamais les choses à moitié, l’argent coule à flot : un subside de 0,51$ le gallon, des taxes à l’importation, des crédits d’impôt, une obligation d’incorporer de l’éthanol dans l’essence, etc.

Le président américain veut 60 milliards de gallons d’éthanol d’ici 30 ans. Un objectif démesuré selon plusieurs, dont les gros éleveurs de porcs et de poulets – Smithfield, Tyson, Pilgrim’s Pride – qui voient leurs marges s’éroder à vue d’oeil, les environnementalistes qui estiment que les sols et les systèmes hydriques ne peuvent supporter un tel développement et les spécialistes du transport qui affirment que les infrastructures conçues au départ pour sortir du grain par rail et par barges seront totalement inadéquates pour alimenter des immenses usines d’éthanol plantées au cœur de l’Amérique.

Avec la présence de 107 usines en opération et, d’ici cinq ans, la construction annoncée de 50 nouvelles usines sans compter l’agrandissement de 10 autres, il faudra entamer plus de 35 % de la production totale de maïs. C’est considérable. Cela se traduira par plus de rendement par hectare, moins de superficies en coton et en soya, moins de consommation animale et une baisse substantielle des exportations.

Bref, cette demande accrue d’essence à base d’éthanol va profondément bouleverser l’industrie du grain aux États-Unis. Déjà, l’équilibre est rompu. Les inventaires de maïs sont aussi bas que ceux enregistrés en 1973, ce qui n’est pas peu dire. La moindre mauvaise nouvelle – sécheresse, superficie cultivée, demande accrue, ouragan – risque de propulser les prix vers des sommets inégalés. Vous ne me croyez pas? Attendez de voir la réaction du département d’agriculture américain.

Chez nous, cette embellie fera du bien à nos producteurs de maïs et de céréales. Tiens, je vous prédis qu’il y aura une période de grande exaltation au cours des prochains mois. Le producteur, heureux, se mettra à semer partout, même le long des fossés, achètera un tracteur depuis longtemps convoité, lorgnera avec envie la terre du voisin, et dans certains cas extrêmes – à cause de sa bonne humeur – accueillera avec bienveillance le ministère de l’environnement.

Je ne veux pas être un casseux de party, mais habituellement cette phase euphorique ne dure pas très longtemps. Un bon matin, notre bon producteur se réveillera déprimé et en sacrament! Du maïs à 115$, bordel de merde, et il se dira : quel métier de fou!

Mais ne vous découragez pas. Cette fois-ci, à cause des inventaires très bas et de l’obsession du président Bush pour la sécurité énergétique, deux ou trois récoltes seront sans doute nécessaire pour rétablir l’équilibre avant que les prix repartent à
la baisse.

Allez! Profitez-en pendant que ça dure...
 

Claude Lafleur
Chef de la direction
La Coop fédérée
 



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