Le prix
du maïs a augmenté
de 70 % depuis l’été
dernier. Je ne veux pas
me vanter, mais au printemps
dernier, je l’avais
prédit. Bien plus
: dans une conversation
banale autour d’un
verre d’eau, je l’avais
même dit au directeur
général de
Profid’Or qui, lui,
l’a répété
aux membres de son conseil
d’administration qui,
eux, l’ont répété
à leurs vétérinaires
et leurs camionneurs qui,
eux, l’ont colporté
Dieu sait où. Bref,
si le marché du maïs
était resté
autour de 100 $ la tonne,
j’étais bon
pour le goudron et les plumes.
Ça m’apprendra
à me prendre pour
Jojo Savard…
Je reprends. Le prix du
maïs a augmenté
de 70 % depuis l’été
dernier. Et tout ça,
c’est la faute à
Bush. Car pour des raisons
de sécurité
nationale, il veut réduire
la dépendance de
son pays envers le pétrole
importé. Et comme
les Américains ne
font jamais les choses à
moitié, l’argent
coule à flot : un
subside de 0,51$ le gallon,
des taxes à l’importation,
des crédits d’impôt,
une obligation d’incorporer
de l’éthanol
dans l’essence, etc.
Le président américain
veut 60 milliards de gallons
d’éthanol d’ici
30 ans. Un objectif démesuré
selon plusieurs, dont les
gros éleveurs de
porcs et de poulets –
Smithfield, Tyson, Pilgrim’s
Pride – qui voient
leurs marges s’éroder
à vue d’oeil,
les environnementalistes
qui estiment que les sols
et les systèmes hydriques
ne peuvent supporter un
tel développement
et les spécialistes
du transport qui affirment
que les infrastructures
conçues au départ
pour sortir du grain par
rail et par barges seront
totalement inadéquates
pour alimenter des immenses
usines d’éthanol
plantées au cœur
de l’Amérique.
Avec la présence
de 107 usines en opération
et, d’ici cinq ans,
la construction annoncée
de 50 nouvelles usines sans
compter l’agrandissement
de 10 autres, il faudra
entamer plus de 35 % de
la production totale de
maïs. C’est considérable.
Cela se traduira par plus
de rendement par hectare,
moins de superficies en
coton et en soya, moins
de consommation animale
et une baisse substantielle
des exportations.
Bref, cette demande accrue
d’essence à
base d’éthanol
va profondément bouleverser
l’industrie du grain
aux États-Unis. Déjà,
l’équilibre
est rompu. Les inventaires
de maïs sont aussi
bas que ceux enregistrés
en 1973, ce qui n’est
pas peu dire. La moindre
mauvaise nouvelle –
sécheresse, superficie
cultivée, demande
accrue, ouragan –
risque de propulser les
prix vers des sommets inégalés.
Vous ne me croyez pas? Attendez
de voir la réaction
du département d’agriculture
américain.
Chez nous, cette embellie
fera du bien à nos
producteurs de maïs
et de céréales.
Tiens, je vous prédis
qu’il y aura une période
de grande exaltation au
cours des prochains mois.
Le producteur, heureux,
se mettra à semer
partout, même le long
des fossés, achètera
un tracteur depuis longtemps
convoité, lorgnera
avec envie la terre du voisin,
et dans certains cas extrêmes
– à cause de
sa bonne humeur –
accueillera avec bienveillance
le ministère de l’environnement.
Je ne veux pas être
un casseux de party, mais
habituellement cette phase
euphorique ne dure pas très
longtemps. Un bon matin,
notre bon producteur se
réveillera déprimé
et en sacrament! Du maïs
à 115$, bordel de
merde, et il se dira : quel
métier de fou!
Mais ne vous découragez
pas. Cette fois-ci, à
cause des inventaires très
bas et de l’obsession
du président Bush
pour la sécurité
énergétique,
deux ou trois récoltes
seront sans doute nécessaire
pour rétablir l’équilibre
avant que les prix repartent
à
la baisse.
Allez! Profitez-en pendant
que ça dure...