Je reviens
rapidement sur le dossier
de Vallée-Jonction.
Les hauts dirigeants de
la CSN ont dénoncé
la brutalité d’Olymel
dans toute cette affaire.
On s’avise tout à
coup que Lucien Bouchard,
maître négociateur,
c’est gros et c’est
une manière dépassée
de faire les choses. Vous
permettez une petite parenthèse?
Dans les 15 dernières
années, les négociations
avec la CSN se sont faites
dans un climat d’ultimatum,
à coup de menaces
de grèves, alors
que La Coop fédérée
avait un genou à
terre. La puissante centrale
syndicale n’a eu rien
à foutre d’une
négociation gentille
et cordiale autour d’un
café et d’un
beigne. Le seul langage
qu’elle respecte,
c’est celui du rapport
de force. Question de culture.
Cela dit, même si
dans les médias les
apparences ont été
contre la CSN, l’un
dans l’autre, elle
a agi d’une façon
responsable dans ce dossier.
N’en doutez pas! Dans
ce qui fut sans doute le
dossier de relations de
travail le plus médiatisé
au Québec depuis
fort longtemps, les choses
auraient pu mal tourner.
Une atteinte à la
réputation de la
marque Olymel – par
des attaques frontales ou
du sabotage dans l’usine
par exemple – aurait
pu être catastrophique.
Heureusement, le professionnalisme
des travailleurs de Vallée-Jonction
et le bon sens de la CSN
ont vu à protéger
la réputation de
l’entreprise, sa marque
de commerce et ultimement
les emplois de l’ensemble
des syndiqués. Nous
sommes tous gagnants, au
bout du compte.
Droit devant!
C’est sûr, cette
Commission sur l’avenir
de l’agriculture sera
importante et les leaders
du mouvement coopératif
agricole ont pris la chose
très au sérieux.
Au cours des dernières
semaines, plus de 550 personnes
– femmes, jeunes de
la relève, dirigeants
et premiers élus
– ont participé
activement aux consultations
organisées par la
coopération agricole.
Des recommandations les
plus fortes, j’en
retiens quatre. Sans surprise,
les leaders demandent de
résister avec toute
l’énergie possible
au démantèlement
de la gestion de l’offre.
Je l’ai toujours dit
: c’est lorsqu’elle
sera démantelée
qu’on s’apercevra
de la grande efficacité
économique et sociale
de ce système. Il
faudra donc accoter solidement
le syndicalisme agricole
dans ce combat isolé
qui s’annonce extrêmement
difficile.
Du même souffle, très
majoritairement, les coopérateurs
misent sur la différentiation,
le développement
des chaînes de valeurs,
le lien d’usage pour
aller chercher de meilleurs
revenus dans le marché.
Cela inclut le développement
prudent d’une filière
agroénergétique.
Or, cette idée de
développer des filières
coop au sein d’une
mise en marché collective
donne des frissons et des
boutons sur le nez au syndicalisme
agricole. La saga du porc
coop en est une belle illustration.
Si les coopérateurs
poussent plus loin cette
recommandation – et
je ne doute pas qu’ils
vont le faire –, la
table est mise pour du crêpage
de chignon en règle
avec le syndicalisme. Misère.
Par ailleurs, nos leaders
se sont permis un coup de
trompette envers leurs gouvernements.
Ils se sentent concurrentiels,
mais les filières
agricoles étrangères
disposent d’avantages
injustes : subventions plus
lourdes, normes environnementales
beaucoup moins sévères,
bureaucratie moins tatillonne,
consommateurs plus compréhensifs
et solidaires. Où
donc est l’équité?
Qu’attend le gouvernement
pour corriger ce déséquilibre?
Enfin, les jeunes se sont
exprimés très
clairement sur l’avenir
de l’agriculture.
« On veut des fermes
rentables, ont-ils claironné.
Ensuite, si ça se
peut, on aimerait bien qu’elles
restent à dimension
humaine et familiale. »
Tiens, c’est nouveau
ça! Contrairement
à leurs parents,
les jeunes ne sont plus
des partisans inconditionnels
de la ferme familiale. Corporatif,
coopératif, intégré,
communautaire, biologique,
peu importe, ils veulent
un modèle de ferme
qui génère
un revenu décent
et qui permet une qualité
de vie comparable au reste
de la société.
En lisant cette recommandation,
j’en fus bêtement
contrarié, moi qui
défends la ferme
familiale depuis si longtemps.
Pas de fermes familiales?
Hum… Suis-je trop
romantique pour exercer
ce métier?