Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Lignes de force
Mars 2007
Je reviens rapidement sur le dossier de Vallée-Jonction. Les hauts dirigeants de la CSN ont dénoncé la brutalité d’Olymel dans toute cette affaire. On s’avise tout à coup que Lucien Bouchard, maître négociateur, c’est gros et c’est une manière dépassée de faire les choses. Vous permettez une petite parenthèse? Dans les 15 dernières années, les négociations avec la CSN se sont faites dans un climat d’ultimatum, à coup de menaces de grèves, alors que La Coop fédérée avait un genou à terre. La puissante centrale syndicale n’a eu rien à foutre d’une négociation gentille et cordiale autour d’un café et d’un beigne. Le seul langage qu’elle respecte, c’est celui du rapport de force. Question de culture.

Cela dit, même si dans les médias les apparences ont été contre la CSN, l’un dans l’autre, elle a agi d’une façon responsable dans ce dossier. N’en doutez pas! Dans ce qui fut sans doute le dossier de relations de travail le plus médiatisé au Québec depuis fort longtemps, les choses auraient pu mal tourner. Une atteinte à la réputation de la marque Olymel – par des attaques frontales ou du sabotage dans l’usine par exemple – aurait pu être catastrophique. Heureusement, le professionnalisme des travailleurs de Vallée-Jonction et le bon sens de la CSN ont vu à protéger la réputation de l’entreprise, sa marque de commerce et ultimement les emplois de l’ensemble des syndiqués. Nous sommes tous gagnants, au bout du compte.

Droit devant!

C’est sûr, cette Commission sur l’avenir de l’agriculture sera importante et les leaders du mouvement coopératif agricole ont pris la chose très au sérieux. Au cours des dernières semaines, plus de 550 personnes – femmes, jeunes de la relève, dirigeants et premiers élus – ont participé activement aux consultations organisées par la coopération agricole.

Des recommandations les plus fortes, j’en retiens quatre. Sans surprise, les leaders demandent de résister avec toute l’énergie possible au démantèlement de la gestion de l’offre. Je l’ai toujours dit : c’est lorsqu’elle sera démantelée qu’on s’apercevra de la grande efficacité économique et sociale de ce système. Il faudra donc accoter solidement le syndicalisme agricole dans ce combat isolé qui s’annonce extrêmement difficile.

Du même souffle, très majoritairement, les coopérateurs misent sur la différentiation, le développement des chaînes de valeurs, le lien d’usage pour aller chercher de meilleurs revenus dans le marché. Cela inclut le développement prudent d’une filière agroénergétique. Or, cette idée de développer des filières coop au sein d’une mise en marché collective donne des frissons et des boutons sur le nez au syndicalisme agricole. La saga du porc coop en est une belle illustration.

Si les coopérateurs poussent plus loin cette recommandation – et je ne doute pas qu’ils vont le faire –, la table est mise pour du crêpage de chignon en règle avec le syndicalisme. Misère.

Par ailleurs, nos leaders se sont permis un coup de trompette envers leurs gouvernements. Ils se sentent concurrentiels, mais les filières agricoles étrangères disposent d’avantages injustes : subventions plus lourdes, normes environnementales beaucoup moins sévères, bureaucratie moins tatillonne, consommateurs plus compréhensifs et solidaires. Où donc est l’équité? Qu’attend le gouvernement pour corriger ce déséquilibre?

Enfin, les jeunes se sont exprimés très clairement sur l’avenir de l’agriculture. « On veut des fermes rentables, ont-ils claironné. Ensuite, si ça se peut, on aimerait bien qu’elles restent à dimension humaine et familiale. »

Tiens, c’est nouveau ça! Contrairement à leurs parents, les jeunes ne sont plus des partisans inconditionnels de la ferme familiale. Corporatif, coopératif, intégré, communautaire, biologique, peu importe, ils veulent un modèle de ferme qui génère un revenu décent et qui permet une qualité de vie comparable au reste de la société.

En lisant cette recommandation, j’en fus bêtement contrarié, moi qui défends la ferme familiale depuis si longtemps. Pas de fermes familiales? Hum… Suis-je trop romantique pour exercer ce métier?

 

Claude Lafleur
Chef de la direction
La Coop fédérée
 



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