Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Un petit tour d’horizon
Mai-Juin 2007
Je ne vous parlerai pas de la valeur des quotas. Ce n’est pas de mes affaires. Je ne vous parlerai pas plus de « la retraite anticipée » de Jean-Luc Leclair, un producteur de lait et un militant de la première heure, que je trouve bien triste. Je vous parlerai un peu de démocratie et beaucoup des vire-capot de la mondialisation. Et un jour, si vous êtes encore capables de m’endurer, je vous parlerai des accommodements raisonnables à la cabane à sucre!

Les producteurs de lait que j’ai connus – je fus économiste principal de leur fédération au milieu des années 80 – étaient très allumés. En dépit de la fameuse guerre des deux laits, très houleuse, ils ont réussi avec un certain brio à rétablir la paix au sein de leur rang. Vingt ans plus tard, ils ont répété l’exploit.

Il y a quelques semaines, en effet, avait lieu leur assemblée annuelle. Ce fut une belle et grande messe, une réunion de délégués incroyablement disciplinée, opposant dans le calme et le respect deux points de vue bien articulés : tu contrôles ou tu ne contrôles pas le prix du quota? Un débat peut-être un brin émotif, reste que le long débat et les résultats du vote nous ont offert un bel exemple de démocratie. Encore une victoire collective avec un grand souffle, qui veille aux intérêts supérieurs du secteur laitier.

Quand un gourou du libre marché tire la sonnette d'alarme, cela mérite notre attention. Voilà que Alan Blinder, ancien vice-président de la Federal Reserve et économiste réputé de l'Université Princeton, s'inquiète de l'impact de la mondialisation sur les économistes, les comptables et les informaticiens qui pourraient perdre leur emploi à cause de la délocalisation. Il note avec horreur que la technologie de l’information qui permet aux cols blancs de l’Inde de faire le travail à salaire moindre est de plus en plus invasive. Le transfert de ces services payants vers l’Inde ou l’Indonésie pourrait toucher, affirme-t-il, plus de 40 millions de bons Américains. Bonjour l’angoisse.

Tant que cela ne touchait que les travailleurs d’usines et les agriculteurs, la mondialisation était présentée comme un grand bienfait de l’humanité. Blinder était justement ce genre d’économistes qui, avec sa miséricorde habituelle et au nom des consommateurs exploités, parlait de l’absolue nécessité de s’adapter aux nouvelles règles du commerce. C’est de la même école d’ailleurs que s’inspire Sylvain Charlebois de l’Université de la Saskatchewan qui, de sa forteresse académique, sévit régulièrement contre la gestion de l’offre.

Parlant de clown, je veux vous rassurer : le professeur Blinder n’en est pas un. Sa crédibilité dans le milieu et sa légitimité académique ne sont plus à faire. Il est l’auteur ou le co-auteur de 17 livres, incluant un livre scolaire (Introduction à l’économie), qui en est à sa 10e édition et qui fut le « livre de torture » de plus de 2 millions d’étudiants universitaires. Il a écrit quantité de publications scientifiques et de chroniques journalistiques (avec une plume acerbe), en plus d’être un commentateur recherché aux heures de grande écoute. Plus encore, il fut conseiller économique de l’ancien président Bill Clinton.

Avec le déclin du président Bush et du parti républicain, les démocrates traditionnellement plus « protectionnistes », plus proches du bon peuple et de la classe moyenne, se rapprochent lentement du pouvoir. Ils ont dévoré le livre de Blinder.

Le Français Pascal Lamy, actuel directeur général de l’OMC, s’en inquiète. Il souhaiterait conclure l’interminable cycle de Doha avant 2008 parce qu’il sait qu’avec un gouvernement américain démocrate, les choses risquent se s’embourber davantage. Un bon point pour la gestion de l’offre qui en a bien besoin ces temps-ci, elle qui est plus isolée que jamais sur la scène internationale.

Vous allez m’excuser, il se fait tard. Je m’en vais lire la dernière édition du New York Times, dans lequel on résume le dernier livre du professeur Blinder. Je sens que je vais bien dormir.

 

Claude Lafleur
Chef de la direction
La Coop fédérée
 


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