Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Les Chinois à la rescousse
de la gestion de l’offre

Juillet-Août 2007
La puissance économique chinoise fait couler beaucoup d’encre depuis quelques années. Pensons aux problèmes du secteur manufacturier québécois et à l’omniprésence de produits chinois dans nos vies quotidiennes. Un aspect méconnu est toutefois l’importance de la croissance chinoise pour la gestion de l’offre dans le secteur laitier canadien.

Il faut d’abord comprendre que plusieurs Chinois se sont enrichis grâce à une croissance économique de 8 % à 12 % par année depuis plus de 15 ans. Or, lorsque les populations s’enrichissent, elles remplacent généralement des protéines végétales contre des protéines animales. La Chine ne fait pas exception puisque la consommation de viande par habitant est passée de 13 kg en 1980 à environ 55 kg en 2007. À l’inverse, la consommation de riz et de céréales passait de 289 kg par habitant à 176 kg de 1990 à 2001. Les produits laitiers, qui sont également une source de protéine animale, n’ont toutefois pas, du moins initialement, bénéficié de cette croissance.

Ceci s’explique du fait que le lait et les produits laitiers n’occupent pas une part importante de l’alimentation chinoise traditionnelle. Un autre facteur important est qu’en 1990, seulement 29 % des ménages chinois possédaient un frigo et que la majorité s’approvisionnait sur une base journalière dans des marchés publics dépourvus de capacité de réfrigération. Il va sans dire que tout cela n’était pas très favorable à la consommation de produits laitiers. Les choses ont par contre changé depuis. En effet, la grande distribution alimentaire connaît une croissance importante, notamment avec la présence des Wal-Mart et Carrefour de ce monde. Ainsi, de 1991 à 2005, les ventes alimentaires du secteur de détail ont augmenté de 435 %, et ce, au détriment des marchés publics.

Ce succès de la grande distribution doit être mis en parallèle avec la croissance du nombre de foyers ayant un frigo, soit plus de 90 % en 2005, et du nombre grandissant de propriétaires de voiture. À titre indicatif, en 2004, 96 000 nouveaux véhicules par semaine étaient mis sur les routes de Chine. Les grandes surfaces préfèrent s’installer en périphérie des villes, là où l’espace est disponible et moins coûteux. La voiture permet donc de se rendre aux grandes surfaces et de transporter de plus grande quantité de nourriture alors que le frigo permet la conservation de cette nourriture. Cet environnement est nettement plus favorable à la consommation de produits laitiers.

D’ailleurs, la consommation de produits laitiers connaît une croissance de l’ordre de 10 % par an depuis quelques années pour atteindre plus de 22 kg par habitant, contre une moyenne mondiale de 100 kg. Les Chinois, pour l’instant, boivent leur lait, consommant très peu de fromage et autres produits laitiers.

Le secteur de la production laitière chinoise n’est pas resté inactif face à cette demande croissante. De 2000 à 2004, le nombre de vaches laitières a été multiplié par 2 pour atteindre 5 millions de têtes. Pour la même période, la production a été multipliée par 3 pour atteindre 27 millions de tonnes. Malgré cette hausse de la production et les gains de productivité, la production chinoise n’arrive pas à suivre la consommation. Les Chinois devront donc compter sur les importations pour combler une part de plus en plus importante de leur demande croissante. D’autant plus que la production laitière est limitée par des surfaces fourragères qui sont en fortes compétitions avec la production céréalière et le développement urbain.

Quel est le lien avec la gestion de l’offre? Simple, la demande chinoise croissante pour les produits laitiers fait de ce pays un importateur de plus en plus important de produits laitiers. Cette demande a présentement comme impact de maintenir les prix mondiaux à un niveau relativement élevé, enlevant du coup beaucoup de pression sur notre système. Rappelons que plus l’écart entre notre prix domestique et le prix mondial est élevé, moins nos tarifs laitiers nous protègent. Nous avons donc intérêt à ce que les prix mondiaux soient élevés. Imaginez maintenant l’impact sur les cours mondiaux du fromage lorsque les Chinois découvriront la pizza!


Le prof Doyon

Maurice Doyon est professeur agrégé et directeur du programme de maîtrise au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. Il est également membre du Centre de Recherche en Économie agroalimentaire (CRÉA) au même département, professeur auxiliaire à l’Université du Maine, chercheur associé du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations à Montréal et chercheur associé de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels. Détenteur d’undoctorat en économie appliquée de l’Université Cornell, ainsi que d’une maîtrise de la même institution, M. Doyon a obtenu plus de quinze bourses et distinctions tout au long de son cheminement académique.



 

 


Retour



Copyright © 2006 La Coop fédérée | Tous droits réservés