L'autre
jour, j’ai rencontré
des producteurs de porc
à une foire agricole.
Des anciennes connaissances
que j’ai toujours
admirées. Le ton
est amer et agressif, surtout
envers Olymel. Les commentaires
unanimes vont tous dans
le même sens : elle
ne paie pas suffisamment,
elle n’abat pas assez,
elle est insensible au désarroi
des producteurs. Et vous
autres à La Coop
fédérée,
qui êtes propriétaires
de cette patente-à-gosse,
vous laissez faire ça?
Misère.
Prise dans un creux de vague
sans précédent,
l’industrie porcine
québécoise
ne parvient plus à
remonter à la surface.
Les producteurs, sauf quelques
exceptions, surnagent péniblement
en puisant dans le vieux
gagné. Certains ne
paient que les intérêts
en vivant chichement et
en étirant les paiements
aux fournisseurs. D’autres
sont sur le point de lancer
la serviette, écœurés.
Pendant ce temps, fidèle
à ses engagements
et en respect de sa loi,
La Financière agricole
continue d’y engloutir
des sommes considérables
en vidant ses coffres et
en raclant ses fonds de
tiroir.
Je comprends les producteurs,
mais j’ai envie de
mettre certaines choses
à l’ordre même
si je sais que le jugement
populaire concernant Olymel
est déjà rendu
: coupable!
Primo, dans ce contexte
de crise, Olymel ne fait
par d’argent sur le
dos des producteurs. Depuis
5 ans, incluant cette année,
le porc abattage a perdu
125 M$. Une perte nette
moyenne de 6 $ pour chaque
cochon abattu et transformé.
On ne fait pas une entreprise
forte avec ça. Ces
pertes ont été
épongées en
partie par les gains générés
par d’autres secteurs
de l’entreprise comme
la surtransformation du
porc et de la volaille.
Secundo, Olymel est géré
de façon avisée,
malgré les apparences,
malgré les histoires
d’horreur du beau-frère.
L’expérience
douloureuse de Qualiporc
– qui devait faire
beaucoup mieux que nous
– et le retrait annoncé
de Maple Leaf – qui
apparemment faisait mieux
que nous – ont démontré
de façon éloquente
qu’il n’est
pas si simple de rentabiliser
le marché canadien
de l’abattage. En
demandant des sacrifices
importants à ses
employés de Vallée-Jonction
et en fermant deux usines
en Montérégie,
Olymel lance un message
clair : elle veut rester
dans ce secteur! C’est
déjà ça
de pris.
Tertio, le dollar canadien,
le grand coupable, celui
qu’on devrait traduire
devant les tribunaux et
envoyer à la potence,
affecte autant les producteurs
de porc que les abattoirs,
toute proportion gardée.
Depuis quatre ans, la marge
à la ferme a été
amputée de 25 $ par
cochon. À cause de
ce maudit dollar, c’est
100 000 $ de moins par année
pour une ferme de 4000 porcs!
C’est la faute à
Olymel, ça?
Le superintervenant, M.
Guy Coulombe, aura la délicate
tâche de vérifier
s’il est possible
de moderniser la filière
québécoise
de façon ordonnée.
Chose rassurante, ce dernier
est un habitué des
grandes causes difficiles
: la Ville de Montréal,
la Sûreté du
Québec, la forêt,
les médecins spécialistes.
Chaque fois, il a cherché
des solutions, proposé
des mesures souvent radicales
mais nécessaires
et, par-dessus tout, su
éviter de tomber
dans le piège de
trouver des coupables.
À partir d’aujourd’hui,
on devrait peut-être
penser à faire la
même chose que lui…
Claude
Lafleur
Chef
de la direction
La Coop fédérée