Tous
le constatent et plusieurs
s’en réjouissent,
la population fait de plus
en plus le lien entre l’alimentation
et la santé. Cette
redécouverte peut
paraître surprenante
si nous considérons
que 400 ans av. J.-C., Hippocrate
écrivait «
Que ta nourriture soit ton
médicament…
». Bien entendu, les
avancées scientifiques
et technologiques nous permettent
de raffiner les observations
d’Hippocrate. Ainsi,
nous avons identifié
des nutriments ayant des
impacts négatifs
sur la santé lorsque
consommés en quantité
trop importante, tels les
gras saturés et le
sodium. De même, des
nutriments ayant des impacts
positifs comme les oméga-3
et les antioxydants sont
également connus.
Paradoxalement, le consommateur
occidental, particulièrement
celui d’Amérique
du Nord, semble ne plus
avoir une vue d’ensemble
de son alimentation. La
liste des ingrédients
et le tableau des valeurs
nutritionnelles remplacent
peu à peu notre capacité
de distinguer ce qui est
intrinsèquement bon
ou non pour la santé.
Il est vrai que les nombreux
logos qui peuplent les emballages
de nos aliments peuvent
porter à confusion.
Pas plus tard que la semaine
dernière, j’ai
acheté des croustilles
qui affichaient un logo
santé « bien
choisir–bien vivre
». Ces croustilles
sont-elles bénéfiques
à ma santé?
Pas vraiment.
Pour pouvoir utiliser ce
logo le fabricant a simplement
satisfait le critère
suivant : « [La collation]
constitue la suite d’une
gamme existante de collations
et contient au moins 25
% de moins de calories,
de gras, de sucre ou de
sodium que le produit de
base
1. » Dans ce cas
précis, les croustilles
contenaient 50 % moins de
sodium que les croustilles
régulières.
Malgré cela, une
portion de 100 g de ces
croustilles « santé–bien
choisir » a un apport
de 560 calories, de 50 %
de la recommandation journalière
en lipides (gras), de 14
% de celle en sodium (sel)
et de 0 % de celle en calcium.
Pas très santé
comme collation. Le problème
est qu’un yogourt
aux fruits de 100 g n’a
pas nécessairement
le logo « bien choisir–bien
vivre »
2. Pourtant,
ce yogourt a un apport de
60 calories, de 1 % des
besoins journaliers en lipides,
de 3 % de ceux en sodium
et de 10 % de ceux en calcium,
ce qui est fait une très
bonne collation santé.
Alors quel est le message
qui est envoyé au
consommateur?
Ce type d’incohérence
n’est pas unique.
Ainsi, la bien intentionnée
agence fédérale
des standards alimentaires
du Royaume-Uni a catégorisé
les aliments riches en gras,
en sucre ou en sel dans
la catégorie junk
food. Les producteurs laitiers
anglais ont toutefois eu
la mauvaise surprise de
réaliser que plusieurs
fromages se sont retrouvés
dans cette catégorie,
avec les bonbons, à
cause de leur niveau élevé
de matière grasse
3.
Cet exemple illustre le
danger des classifications
qui se concentrent sur des
nutriments sans prendre
en compte le profil nutritionnel
complet de l’aliment.
Mentionnons également
que les producteurs laitiers
français s’opposent
à un projet législatif
européen concernant
les allégations santé
qui ferait en sorte que
le lait et les produits
laitiers ne seraient pas
qualifiés pour les
allégations calcium,
alors que le jus d’orange
enrichi de calcium, lui,
le serait, selon les règles
proposées.
Le secteur agroalimentaire
québécois
devrait prendre note. Il
y a un risque à mousser
nos produits exclusivement
sous l’angle des nutriments.
Le cas des produits laitiers,
où de nombreuses
recherches indiquent que
les effets d’interactions
sont potentiellement plus
importants que ceux des
nutriments isolés,
illustre bien ce point
4.
Lorsque nous produisons
des produits entiers naturel
et sain, il est important
de le clamer haut et fort
et de rappeler leurs avantages,
tout en espérant
que le gros bon sens finira
toujours par triompher.
Le prof Doyon
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Maurice Doyon est
professeur agrégé
et directeur du
programme de maîtrise
au Département
d’économie
agroalimentaire
et des sciences
de la consommation
de l’Université
Laval. Il est également
membre du Centre
de Recherche en
Économie
agroalimentaire
(CRÉA) au
même département,
professeur auxiliaire
à l’Université
du Maine, chercheur
associé du
Centre interuniversitaire
de recherche en
analyse des organisations
à Montréal
et chercheur associé
de l’Institut
des nutraceutiques
et des aliments
fonctionnels. Détenteur
d’undoctorat
en économie
appliquée
de l’Université
Cornell, ainsi que
d’une maîtrise
de la même
institution, M.
Doyon a obtenu plus
de quinze bourses
et distinctions
tout au long de
son cheminement
académique.
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| 1 |
www.bienchoisir.ca/how_snack_criteria.php |
| 2 |
Si
le yogourt et les
croustilles portaient
le même logo,
cela augmenterait
la confusion puisque
le consommateur pourrait
les juger équivalents.
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| 3 |
Source
: Dimmick, Bill. The
Milk Producer, mai
2007. |
| 4 |
Acte
du colloque du STELA,
28 mai 2007. |