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Notre dépendance envers les Américains
Décembre 2007
Tévolution rapide de certaines variables macroéconomiques (hausse du dollar canadien, éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, hausse du prix du pétrole) qui se répercutent sur l’agriculture québécoise nous rappelle notre interdépendance envers l’économie mondiale.

Historiquement, le Canada s’est tourné vers les États-Unis pour une très forte proportion de ses échanges commerciaux. Notre voisin du sud offre l’avantage de sa relative proximité, sans compter qu’il s’agit d’un des plus importants bassins de consommateurs solvables de la planète. Toutefois, la récente montée en puissance de pays telles la Chine et l’Inde présage une plus grande diversification de l’économie mondiale. Ce contexte permettrait, en théorie, au Canada de réduire sa dépendance économique envers les Américains.

De fait, l’internationalisation, favorisée par d’importants gains technologiques au chapitre des communications et des transports, favorise la création de nouveaux liens économiques entre pays.

Or, par le jeu des interdépendances, il est possible que l’internationalisation des échanges ait au contraire concentré davantage notre lien économique avec les États-Unis, ce qui n’est pas nécessairement une bonne chose dans le contexte américain actuel.

Voyons cette situation de plus près.

Le schéma illustre les liens économiques qui lient le Canada, la Chine et les États-Unis. La largeur des flèches reflète l’importance relative du lien (interdépendance) pour le pays de départ, alors que le chiffre est le niveau d’exportation en 2006, en milliard de dollars. Ainsi, les Chinois exportent pour 287 milliards de dollars vers les États-Unis, alors que les Américains exportent pour 42 milliards vers la Chine. Quant à la largeur des flèches, le lien qui part des Américains vers la Chine est mince, puisque si la Chine cessait d’importer des Américains, ceux-ci s’en apercevraient à peine. À l’inverse, si les Américains cessaient d’importer de la Chine, cette dernière s’en ressentirait, comme l’indique la largeur du lien. Veuillez noter que bien que les Chinois exportent davantage au Canada (22 milliards $) que nous exportons en Chine (8 milliards $), notre interdépendance est plus grande que la leur. Ceci s’explique du fait que les Chinois achètent beaucoup de matière première sur les marchés internationaux, ce qui influence directement le prix et la demande des matières premières canadiennes.

Le schéma nous indique également que les Chinois sont sur le point de nous surpasser comme premier exportateur vers les États-Unis. En fait, l’interdépendance économique entre la Chine et les États-Unis croît en importance. En plus d’un surplus commercial de 245 milliards de dollars avec les Américains, les Chinois sont les deuxièmes plus importants détenteurs de la dette américaine externe et ont des réserves d’un milliard de milliards de dollars US. Ce qui nous amène à l’hypothèse de la « double claque ».

Ainsi, comme notre schéma l’indique, une récession américaine frappe l’économie canadienne de plein fouet (claque au visage) comme le dit le dicton populaire « lorsque les Américains éternuent, le Canada attrape la grippe ». Ce qui est nouveau, c’est qu’une récession américaine pourrait également sérieusement influer sur l’économie chinoise. Une économie chinoise plus faible signifie une baisse de la demande de matières premières, ce qui influerait à son tour sur l’économie canadienne (claque derrière la tête). Or, l’économie américaine est présentement en difficulté et les probabilités d’une récession américaine sont élevées. L’agroalimentaire québécois doit donc rapidement s’assurer d’avoir les coudées franches pour être en mesure d’affronter une éventuelle « double claque ».
 



Le prof Doyon

Maurice Doyon est professeur agrégé et directeur du programme de maîtrise au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. Il est également membre du Centre de Recherche en Économie agroalimentaire (CRÉA) au même département, professeur auxiliaire à l’Université du Maine, chercheur associé du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations à Montréal et chercheur associé de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels. Détenteur d’un doctorat en économie appliquée de l’Université Cornell, ainsi que d’une maîtrise de la même institution, M. Doyon a obtenu plus de quinze bourses et distinctions tout au long de son cheminement académique.




 

 


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