Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Le début d’un temps nouveau?
Janvier 2008
Je vous donne quelques chiffres pour bien vous pénétrer de la situation. À 400 $ la tonne de blé, le prix des céréales a atteint des sommets jamais vus depuis que la profession d’économistes existe. Ce n’est pas peu dire. Les stocks de céréales sont à leur plus bas jamais enregistrés. Faudrait pas une grosse sécheresse à deux ou trois endroits stratégiques pour lancer toutes les bourses de la planète dans la stratosphère!

Plus spectaculaire encore, c’est le renversement de la longue tendance à la baisse des prix agricoles. Sur la scène mondiale, en effet, la demande de denrées agricoles surpasse l’offre. Les Chinois, plus riches que jamais, sont tannés de manger du riz 365 jours par année. Les Américains ne jurent plus que par l’éthanol-maïs. Résultat : c’est la première fois en 30 ans que la demande devance l’offre et que les prix agricoles augmentent réellement.

S’agit-il d’un feu de paille ou d’une nouvelle vague de fonds? La question se pose car, historiquement, les producteurs ont la fâcheuse habitude de réagir avec l’exaltation d’un jésuite lorsque les prix augmentent. Ils ne se possèdent plus : en plus d’enlever les plans de pot qui traînent ici et là sur leur terre, ils sèment partout : sur les terres de roche de Charlevoix (!), dans les fossés, sur les terres louées… Malgré cet excès de zèle, il semble que cette fois-ci le cycle à la hausse soit lourd et profond.

Oui, me direz-vous, mais le Brésil? Que voulez-vous que je vous dise sur le Brésil? Puissance agricole, certes, mais incapable d’exploiter son immense potentiel : manque de routes carrossables, pas d’infrastructure, trop d’équipements déglinguées, fonctionnaires corrompus, villes violentes. Bref, ça prendra plusieurs décennies avant que ce pays accède au statut de grande puissance agricole.

Les États-Unis? Bien sûr, ils sont gros et productifs, ils sont intimidants. Mais les terres qu’ils remettent en culture présentement offrent des rendements moins élevés et elles sont plus sensibles aux variations climatiques. En plus, l’engrais fabriqué à base de pétrole est devenu dispendieux, ce qui freine les ardeurs. Même constatation du côté de l’Europe, où leur surprenante productivité prend du retard en raison de leur opposition viscérale aux OGM.

Et en ce qui concerne la science et les biotechnologies? Rien de très spectaculaire là non plus. Je me suis rendu à St-Louis récemment pour visiter les installations de Monsanto. Vraiment impressionnant. Faut dire qu’avec un budget annuel de 715 M$ consacré à la recherche, ils ont les moyens de changer le monde. Sauf que les chercheurs n’ont pas beaucoup de lapins cachés dans leur chapeau : des variétés qui exigent moins de pesticides – ce qui est une bonne chose – d’autres qui offrent une meilleure résistance à la sécheresse, mais rien qui va vraiment révolutionner le rendement de la production agricole dans les prochains dix ans.

Bref, à cause de cette demande accrue et de cette offre timide, on estime que le prix reçu par les agriculteurs américains cette année augmentera de 50 % par rapport à la moyenne des dix dernières années. Bonne nouvelle pour les producteurs du Québec dont les revenus ont tendance à suivre ceux des Américains, taux de change en moins. Nos producteurs de céréales voient déjà les effets bénéfiques de cette conjoncture; ceux du porc devraient finir par voir la lumière au bout du tunnel, une fois les ajustements cycliques terminés.

Les consommateurs à l’échelle mondiale commencent à ressentir les inconvénients de la flambée des prix. En Afrique et dans certains endroits les plus miséreux du monde, où 80 % du revenu est dédié à l’achat de nourriture, cette inflation va avoir un impact dévastateur. Bonjour l’angoisse. Par contre, dans les pays riches, cette augmentation aura des effets très limités parce que le prix payé aux producteurs ne représente en moyenne que 20 % de la facture totale et que le revenu disponible consacré à l’alimentation est faible – à peine 14 %.

N’empêche qu’on commence à entendre ici et là quelques plaintes de la rue. Radotage de citoyens riches qui n’ont jamais souffert de pénurie alimentaire. Après avoir joui pendant si longtemps des gains de productivité et du dur labeur des producteurs agricoles, le rapport des forces semble changer de côté. Pas de pitié. Pour un certain temps du moins, il semble que celui qui nourrit le monde sera désormais mieux payé. Ce n’est qu’un juste retour des choses.




Claude Lafleur
Chef de la direction
La Coop fédérée

 

 


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