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Accrochez-vous!
Février 2008
Je dis tout de suite en matière d’avertissement que les prévisions restent des prévisions : pas très fiables. N’empêche. Ces jours-ci, on entend des bruits de fond qui étonnent. En décembre, le prestigieux magazine britannique The Economist en a même fait sa page couverture avec ce titre accrocheur : est-ce la fin de la nourriture à rabais? Se peut-il que l’agriculture, ce secteur mature, vieillissant, abandonné par sa relève, fuie par les universitaires, sorte enfin de sa torpeur?

Il y a quelques semaines, j’ai participé, à Boston, à un séminaire agribusiness organisé par l’Université Harvard. Nous étions un groupe de 200 leaders agricoles composé de quelques consultants et professeurs, de jeunes gestionnaires talentueux, mais surtout de dirigeants de grandes d’entreprises agroalimentaires : Cargill, Bunge, McDonald, Mark & Spencer, Syngenta, Altech, Vegpro, Viterra, Mid-Missourri Energy (une coop), North Dakota Wheat Growers (une autre coop!).

Harvard. Un mot sur cette auguste institution, la plus vieille (1639) et la plus prestigieuse d’Amérique. Une dotation de 35 milliards de dollars!

La quatrième plus grande bibliothèque au monde. Seulement 9 % des candidatures sont acceptées. Frais de scolarité de 45 000 $ par année, 18 000 étudiants seulement et 2400 professeurs (plusieurs gagnent facilement plus de 500 000 $ par année). L’établissement abrite 20 prix Nobel et 15 prix Pulitzer. C’est l’équivalent d’un troupeau qui caparaçonne 35 vaches excellentes!

Donc, dans ce lieu aisé et privilégié, avec l’aide de professeurs émérites, nous avons travaillé en petits groupes, étudié et analysé des cas concrets, débattu dans la grande classe nos solutions, offert nos opinions. Je retiens six choses de cette réunion initiatique.

L’agriculture est en train de muter. Les économistes parlent de changements structurels plutôt que conjoncturels. La demande de produits agricoles est fortement en hausse. Les Chinois consomment plus, les Américains consacrent le tiers de leur production de maïs à l’éthanol, les Européens s’investissent massivement dans la production de biocarburant, même l’Afrique, qui connaît une croissance économique positive, augmente sa consommation de protéines alimentaires. Pas étonnant que le prix des céréales, du canola, du maïs, du soya soit si fortement à la hausse.

Les stocks de céréales sont très bas. À moins de 35 jours, c’est inquiétant. La moindre sécheresse, le moindre incident climatique pourrait faire exploser les prix. Mais ça, je l’ai déjà écrit dans ma chronique précédente. Je me fais vieux, je radote. Une anecdote : craignant la pénurie et l’apocalypse, les dirigeants de l’église des Mormons – dont l’un était présent à Harvard – ont demandé à leurs adhérents de stocker davantage de grains et de denrées alimentaires!

Le prix des terres augmente partout sur la planète. La terre nourricière redevient un bienprécieux qu’il ne faut surtout pas gaspiller aux mains des banlieusards!

Du coté du secteur porcin, la demande en Chine continue d’être bonne, grâce à la tenue des Olympiques en 2008 et l’enrichissement de sa population. Mais l’offre est encore très forte.

Toutefois, en raison de la forte hausse du prix des céréales, on s’attend à ce que le cheptel diminue de façon importante vers la fin de 2008, début de 2009. Les grands intégrateurs américains perdent 35 $ par porc et leur position concurrentielle n’est plus aussi bonne.

Sans subventions, la production agricole mondiale se déplacerait vers les producteurs à faible coût, notamment vers l’Amérique du Sud, surtout le Brésil. Cette dépendance alimentaire, les Américains et les Européens ne la souhaitent pas. Ils sont encore plus frileux sur leur souveraineté alimentaire que sur leur pétrole! Dans cette logique, les négociations de l’OMC ne devraient pas aboutir. Mais ne sait-on jamais avec ces négociateurs qui vivent dans leur bulle à Genève.

Enjolivements et enjolivures tout ça? Dieu sait que les chiffres sont lourds et parfois trompeurs – une récession mondiale en provenance de l’Asie est toujours possible, ce qui viendrait annuler ces grandes tendances – mais cette poésie est encourageante. Accrochez-vous! Il y a une lumière près de chez-vous.



Claude Lafleur
Chef de la direction
La Coop fédérée

 

 


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