Je dis
tout de suite en matière
d’avertissement que
les prévisions restent
des prévisions :
pas très fiables.
N’empêche. Ces
jours-ci, on entend des
bruits de fond qui étonnent.
En décembre, le prestigieux
magazine britannique The
Economist en a même
fait sa page couverture
avec ce titre accrocheur
: est-ce la fin de la nourriture
à rabais? Se peut-il
que l’agriculture,
ce secteur mature, vieillissant,
abandonné par sa
relève, fuie par
les universitaires, sorte
enfin de sa torpeur?
Il y a quelques semaines,
j’ai participé,
à Boston, à
un séminaire agribusiness
organisé par l’Université
Harvard. Nous étions
un groupe de 200 leaders
agricoles composé
de quelques consultants
et professeurs, de jeunes
gestionnaires talentueux,
mais surtout de dirigeants
de grandes d’entreprises
agroalimentaires : Cargill,
Bunge, McDonald, Mark &
Spencer, Syngenta, Altech,
Vegpro, Viterra, Mid-Missourri
Energy (une coop), North
Dakota Wheat Growers (une
autre coop!).
Harvard. Un mot sur cette
auguste institution, la
plus vieille (1639) et la
plus prestigieuse d’Amérique.
Une dotation de 35 milliards
de dollars!
La quatrième plus
grande bibliothèque
au monde. Seulement 9 %
des candidatures sont acceptées.
Frais de scolarité
de 45 000 $ par année,
18 000 étudiants
seulement et 2400 professeurs
(plusieurs gagnent facilement
plus de 500 000 $ par année).
L’établissement
abrite 20 prix Nobel et
15 prix Pulitzer. C’est
l’équivalent
d’un troupeau qui
caparaçonne 35 vaches
excellentes!
Donc, dans ce lieu aisé
et privilégié,
avec l’aide de professeurs
émérites,
nous avons travaillé
en petits groupes, étudié
et analysé des cas
concrets, débattu
dans la grande classe nos
solutions, offert nos opinions.
Je retiens six choses de
cette réunion initiatique.
L’agriculture est
en train de muter. Les économistes
parlent de changements structurels
plutôt que conjoncturels.
La demande de produits agricoles
est fortement en hausse.
Les Chinois consomment plus,
les Américains consacrent
le tiers de leur production
de maïs à l’éthanol,
les Européens s’investissent
massivement dans la production
de biocarburant, même
l’Afrique, qui connaît
une croissance économique
positive, augmente sa consommation
de protéines alimentaires.
Pas étonnant que
le prix des céréales,
du canola, du maïs,
du soya soit si fortement
à la hausse.
Les stocks de céréales
sont très bas. À
moins de 35 jours, c’est
inquiétant. La moindre
sécheresse, le moindre
incident climatique pourrait
faire exploser les prix.
Mais ça, je l’ai
déjà écrit
dans ma chronique précédente.
Je me fais vieux, je radote.
Une anecdote : craignant
la pénurie et l’apocalypse,
les dirigeants de l’église
des Mormons – dont
l’un était
présent à
Harvard – ont demandé
à leurs adhérents
de stocker davantage de
grains et de denrées
alimentaires!
Le prix des terres augmente
partout sur la planète.
La terre nourricière
redevient un bienprécieux
qu’il ne faut surtout
pas gaspiller aux mains
des banlieusards!
Du coté du secteur
porcin, la demande en Chine
continue d’être
bonne, grâce à
la tenue des Olympiques
en 2008 et l’enrichissement
de sa population. Mais l’offre
est encore très forte.
Toutefois, en raison de
la forte hausse du prix
des céréales,
on s’attend à
ce que le cheptel diminue
de façon importante
vers la fin de 2008, début
de 2009. Les grands intégrateurs
américains perdent
35 $ par porc et leur position
concurrentielle n’est
plus aussi bonne.
Sans subventions, la production
agricole mondiale se déplacerait
vers les producteurs à
faible coût, notamment
vers l’Amérique
du Sud, surtout le Brésil.
Cette dépendance
alimentaire, les Américains
et les Européens
ne la souhaitent pas. Ils
sont encore plus frileux
sur leur souveraineté
alimentaire que sur leur
pétrole! Dans cette
logique, les négociations
de l’OMC ne devraient
pas aboutir. Mais ne sait-on
jamais avec ces négociateurs
qui vivent dans leur bulle
à Genève.
Enjolivements et enjolivures
tout ça? Dieu sait
que les chiffres sont lourds
et parfois trompeurs –
une récession mondiale
en provenance de l’Asie
est toujours possible, ce
qui viendrait annuler ces
grandes tendances –
mais cette poésie
est encourageante. Accrochez-vous!
Il y a une lumière
près de chez-vous.
Claude
Lafleur
Chef
de la direction
La Coop fédérée